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Sortir' à la Foire



Sortir' à la Foire
En cet après-midi chaud et humide, il fallait avoir de bonnes raisons pour sortir et se rendre dans l'enclave de la Safex, plus connue sous la désignation passée, dans le langage commun, 'la foire'. Justement, il s'y déroulait la rituelle 'Foire internationale d'Alger' inaugurée l'avant-veille. Une fois sur les lieux, on est frappé par l'affluence que suscite la manifestation. La file compacte de véhicules donne du fil à retordre au service d'ordre chargé de maîtriser la pression sur les parkings, visiblement insuffisants pour accueillir la masse de voitures qui se pressent à l'entrée du site.
En pénétrant dans l'enceinte de cette espèce de village de hangars, on est encore surpris par la multitude de gens qui y fourmillent. Des bandes de compères, des familles avec enfants déambulent dans les allées, entre les pavillons et les espaces d'exposition ; d'autres sont installés autour de tables en plastique devant des bouteilles et des gobelets, en plastique aussi. D'autres encore sont assis côte à côte, tout le long des trottoirs, pour un répit, là où l'ombre les préserve de l'agression du soleil.
Cette foule occupée à mordre dans le casse-croûte, à plaisanter ou à bavarder en famille ou en groupe semble indifférente à ces parcs de machines et d'engins roulants qui occupent les espaces autour d'elle. Quelques enfants serrent consciencieusement des sachets de prospectus dans leurs mains, preuve d'une visite familiale à quelques stands. Mais, en gros, on observe que la balade constitue, pour ces familles, le réel motif de déplacement vers cette manifestation, somme toute professionnelle. Cela donne un rendez-vous d'entrepreneurs et de techniciens encombrés par un afflux de badauds. Dans les stands, ceux-ci tournoient entre des machines, des tableaux exposant des process et autres supports promotionnels et échantillons, avant de sortir traîner encore un peu leur spleen entre des amoncellements d'appareils et de mécaniques qu'ils regardent à peine, pour enfin rejoindre leurs véhicules parqués sur une aire, toujours un peu trop éloignée à la fin.
Cet engouement pour les salons et foires fait peut-être le bonheur des organisateurs quand ils mesurent le succès de l'événement par l'affluence populaire qu'il engendre, mais sûrement pas celui des exposants, qui doivent discerner, parmi la foule de visiteurs, le professionnel auquel ils doivent s'intéresser, du simple curieux qui a trouvé en cet événement un prétexte, et surtout une destination de sortie. Car sinon' où aller '
La frénésie que suscitent les expositions et salons, même quand ils sont à vocation strictement professionnelle, est en fait le signe d'un désert national en matière de loisirs et de lieux de sortie. À la quasi-inexistence de lieux de divertissement, s'ajoute l'absence d'espaces de détente. Et quand des aires pouvant prêter à la promenade ou au repos existent, il y règne une dissuasive insécurité. Il n'y a qu'à observer le calvaire des filles qui empruntent les grandes artères de la ville, derniers espaces où le machisme national souffre encore la présence féminine, pour voir que les familles sont littéralement séquestrées dans leur chez soi. Claquemurés à longueur de temps, femmes et enfants, même ceux d'entre eux qui vont au travail ou à l'école, prendraient prétexte de n'importe quoi pour légitimer une escapade. Les hommes aussi n'ont que leurs ghettos rituels faits de mosquées, de cafés maures, de réunions de bas d'immeubles et de bars. Et ces espaces-là se rétrécissent sous divers prétextes. Même les places publiques sont désertées au profit des SDF et des petits trafics.
Alors tout ce beau monde est réduit à aller regarder des bétonnières et des procédés de goudronnage pour se donner l'illusion d'une sortie.
M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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