Secouée par plusieurs scandales depuis 2010, la compagnie pétrolière nationale Sonatrach connaît actuellement une période difficile. Dans cet entretien, l'expert en énergie, Chems Eddine Chitour, défend la compagnie et considère que les affaires de corruption ne concerneraient que quelques individus. Il a recommandé, par ailleurs, de mettre en 'uvre un modèle de consommation énergétique propre à l'Algérie afin de préserver la ressource du pays, en déclin.
Le Temps d'Algérie : Plusieurs scandales impliquant Sonatrach dans des affaires de corruption ont été révélés dernièrement. Quel serait à votre avis l'impact de ces affaires sur la compagnie '
Chitour : En fait, Sonatrach est une compagnie qui a été au-devant du développement de l'Algérie pendant 50 ans. Il faut reconnaître cet effort.
Ce que les gens ont fait à titre individuel et qui sont peut-être coupables ne doit pas déteindre sur la réputation de notre compagnie. C'est la compagnie de chaque Algérien parce que c'est notre dernière défense immunitaire. C'est elle qui nous protège de l'extérieur, nous n'avons pas intérêt à la déstabiliser. Je lance un appel aux journalistes qui font des articles sur la corruption d'éviter de mettre tout le monde dans le même sac. Il y a des gens qui ont fauté (peut-être) mais l'immense majorité des agents de Sonatrach sont honnêtes.
En cette occasion de commémoration du 24 Février, nous avons rencontré d'anciens travailleurs qui ont vieilli au sein de la compagnie. Il fut une époque où nous avions la foi dans le développement de notre pays. Il ne faut pas que cette foi disparaisse, donc il faut conforter Sonatrach et respecter l'immense majorité de ses travailleurs. Il faut protéger Sonatrach en exigeant aux individus qui auront des responsabilités d'être intègres. C'est aussi un problème d'éthique, c'est-à-dire il faut expliquer aux gens qu'il ne faut pas s'amuser avec l'avenir du pays et jouer à la roulette russe car Sonatrach est l'outil du pays.
Quel impact pourraient avoir ces affaires sur les investissements étrangers '
Les investisseurs étrangers ont l'habitude de voir ce type de comportement. La corruption existe partout. Il ne faut pas l'instrumentaliser. Jusqu'à présent, nous n'avons pas encore de preuves que les individus cités dans les affaires de corruption ont fauté, tant que la justice n'a pas encore rendu son verdict.
Les malversations qui ont eu lieu sont-elles engendrées par de probables failles dans le code des marchés publics '
Vous pouvez faire n'importe quel code aussi verrouillé que possible mais vous ne pouvez pas jouer sur les sentiments humains. Si quelqu'un décide de faire une malversation, il trouvera toujours le moyen de le faire. Il faut laisser la justice suivre son cours. Je saisis l'occasion pour dire que le moment est venu pour compter chaque calorie qu'on dépense parce que les réserves en ressources énergétiques sont en déclin alors que la population est en hausse et espère un niveau de vie meilleur, donc une consommation d'énergie élevée. Comment faire ! Les gaz de schiste ne sont pas une solution. C'est à l'avenir peut-être, dans dix à quinze ans.
Mais pour savoir où aller, il faut mettre en place une stratégie énergétique. D'ici 2030, nous serons 50 millions d'habitants, donc comment allons-nous faire pour satisfaire les besoins énergétiques. Les prévisions des besoins doivent être revues chaque année pour prévoir les investissements nécessaires. Il est temps de changer de mentalité, c'est-à-dire passer à l'investissement dans l'aval pétrolier. L'Algérie n'est connue actuellement que pour l'amont.
Il faut demander à chaque acheteur de réinvestir chez nous dans le domaine des énergies renouvelables pour compenser le gaz naturel qu'on leur vent. Il faudra associer la société civile dans la mise en place de la stratégie énergétique.
Le problème de l'énergie n'est pas de la seule responsabilité du ministère de l'Energie, tous les départements ministériels doivent être associés. Le ministère du Commerce, par exemple, doit intervenir car tous les appareils énergivores sont importés par l'Algérie. Plus grave encore, en Europe, les véhicules commercialisés émettent 120 grammes de CO2 par kilomètre.
Ceux qui émettent plus sont interdits à la circulation alors que dans notre pays les véhicules émettent jusqu'à 200 grammes de CO2, ce qui veut dire que nous consommons 30 à 40% d'énergie de plus en termes d'essence pour chaque kilomètre. 100 km en France, par exemple, c'est une consommation de six litres alors que chez nous c'est neuf litres, soit trois litres de plus pour rien. Donc, il faut une rigueur et imposer des normes d'importation. Il faudra favoriser aussi la double carburation en encourageant l'utilisation des véhicules roulant au gaz.
Il faudra aussi arriver à une réalité des prix en prévoyant une hausse graduelle. Les prix doivent être indexés sur le niveau de vie. A titre d'exemple, le prix de la vignette automobile pour un véhicule de luxe doit être plus cher et fixée à 10% du prix du véhicule afin de pouvoir aider les classes qui n'ont pas les moyens. De la même façon pour l'électricité, le soutien du prix du kilowatt-heure (KWT) doit se limiter au niveau de 500 KWT. Au-delà de ce niveau, les prix doivent être révisés afin de moraliser l'utilisation de l'énergie. Il est indispensable de pratiquer la vérité des prix, mais sans que les classes défavorisées ne soient atteintes.
Faudra-t-il revoir les systèmes de contrôle de gestion de Sonatrach '
Il y a déjà de la rigueur au sein de la compagnie. Peut-être qu'il faut introduire un peu plus de rigueur mais laissons à Sonatrach de faire son autocritique pour mieux verrouiller. Ceci étant dit, il faut faire confiance aux dirigeants, car ce sont des individus qui ont fauté et pas l'ensemble des travailleurs. Sonatrach n'est qu'un outil de la stratégie énergétique qu'il faudra mettre en place.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K S
Source : www.letempsdz.com