Pour la majorité des Oranais, les soirées du mois de Ramadhan se passentexclusivement dans les cafés, dans les cybers ou, plus simplement, devant lamaison autour... d'une tasse de café: «Pourquoi se rendre au centre-ville quandtu n'as ni cinéma, ni théâtre, ni aucune autre activité culturelle qui vaillele déplacement ?», interroge un jeune habitant du quartier de Gambetta. Lacinémathèque ? «Je n'y vais jamais parce que je possède une parabole et unlecteur DVD». Le théâtre ? «Citez-moi une seule pièce intéressante que l'onn'ait déjà vue». Lapidaire, le jeune étudiant universitaire ne montre aucunepitié pour des structures qui, quoi qu'on pense, ont fourni un effort pourmettre sur pied des programmes avec des moyens dérisoires, presque à la forcedes bras: «Peut-être, mais je persiste à penser que ça n'en vaut pas la peine». Pour passer sa soirée, cetétudiant préfère d'abord, c'est-à-dire dès la fin du f'tour, se rendre dans uncafé du quartier pour prendre son incontournable café serré avec un grouped'amis, et discuter de politique, football mais surtout cinéma. «Après, je vaisdirectement au cyber du coin où je passe facilement trois heures soit à chatteravec des correspondants, écouter de la musique ou jouer au billard sur le net.Après, je rentre chez moi me restaurer et m'installer confortablement devant matélévision». Ses amis, en revanche, se retrouvent dans une «mahchacha» (garagetransformé pour la circonstance) pour d'interminables parties de rami ou debelote avec, évidemment, du thé, de la chemia: »Y a pas mieux pour une agréablesoirée», confirme l'un de ses potes. Ailleurs, près de la grouillanteplace du 1er Novembre, où retraités, groupes de femmes et enfants viennentprendre un bol d'air, quelques personnes s'impatientent devant le théâtreAbdelkader Alloula qui programme pour cette soirée du vendredi un concertintitulé «Ghiwan», de l'ensemble musical Sarrab. Sur les marches du théâtre,des enfants du quartier font un chahut de tous les diables, sous le regardagacé d'un vieil homme: «Allez jouer plus loin, sur la place !», jette-t-ilsans que les garnements n'en soient pour autant impressionnés. «Drari taadarwek ! ilikelhoum el matrag», tempête-t-il encore. Ici, comme à Gambetta et partoutdans la ville d'Oran, à quelques rares exceptions (il y en a qui, de temps àautre, vont passer leurs soirées dans les hôtels où se produisent deschanteurs), les soirées se déroulent dans les cafés pour la grande majorité desgens: «Il n'y a que le théâtre qui, comme aujourd'hui, nous permet de casser laroutine, confirme un habitant du boulevard Maâta. Et encore, c'est uniquementparce qu'il s'agit d'une soirée musicale. Autrement, je ne suis pas trèsthéâtre, et ma connaissance de cet art ne va pas plus loin que Alloula ou SiratBoumediene, Allah yarhamhoum». Lui aussi estime que le théâtre algérien n'offreplus rien qui vaille le déplacement, encore moins un quelconque engouement. Le centre-ville, un espacecommercialLe centre-ville est ainsi devenu un espace commercial presque dépourvu detoute activité culturelle à même de divertir les Oranais. De Miramar à la placedu Premier Novembre, toute la foule qui s'y presse à travers les grandesartères en ces soirées ne s'y trouve que pour faire les achats de l'Aïd.Exception faite, évidemment, de ces groupes de jeunes que ni le Ramadhan ni laprésence de parents et de personnes âgées n'empêche de draguer ouvertement enproférant parfois des grossièretés: «Difficile de sortir en famille. Il n'y aplus de respect ni pour les femmes ni pour les gens âgés. C'est dramatique», déplore-t-onun peu partout. »N'était-ce l'obligation d'acheter les vêtements pour lesenfants, je crois que je ne serais jamais sorti en ville. On ne dirait pas quenous vivons dans une société musulmane», dénonce un père de famille rencontrédans l'un des magasins de la rue d'Arzew. Un avis que beaucoup d'Oranaispartagent depuis bien longtemps déjà... Loin de l'agitation de la ville,dans les quartiers périphériques, beaucoup de jeunes préfèrent se rencontrer,dans un coin de rue, autour d'une table de dominos pour de longues parties quiles mènent jusque tard dans la nuit. Eux aussi évitent de se rendre en ville où«il n'y a rien à faire»: «Nous sommes là jusqu'à deux ou trois heures du matinà faire tourner les joints et les dominos». Pour eux comme pour les amis del'étudiant universitaire, rien ne vaut les cartes ou les dominos pour passerune agréable soirée.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohamed Redouane
Source : www.lequotidien-oran.com