Nous nous proposons, dans cette réflexion, d?examiner la façon dont le concept de la société de l?information a émergé dans l?espace scientifique et institutionnel.Nous exposerons dans les grandes lignes les principaux travaux qui sont disponibles. Même s?ils ne sont pas complets, ces travaux peuvent jeter un éclairage précieux sur son évolution théorique. Nous ferons appel aux principaux théoriciens de la sociologie et des sciences de la communication, non seulement pour relever les différences conceptuelles, mais pour montrer que ces conceptions font apparaître la société de l?information comme un phénomène à la fois homogène et complexe.Nous serons amené à constater que la «société de l?information» a une histoire. En revanche, les études qui se réfèrent au caractère cybernétique du phénomène montrent que le projet qui s?est incarné dans l?ère informatique lui est bien antérieur.Il s?agit là entre autres du retour en force d?une idée avancée par Jean d?Arcy, alors directeur de la division de la radio et des services visuels au département de l?information de l?Organisation des nations unies (ONU). Dans une contribution publiée dans la revue de l?Union européenne de radiodiffusion, d?Arcy affirme : La Déclaration universelle des droits de l?homme qui, il y a vingt et un ans, pour la première fois établissait en son article 19 le droit de l?homme à l?information aura un jour à reconnaître un droit plus large : le droit de l?homme à la communication... Car, aujourd?hui, les peuples savent, et s?ils sont plus difficiles à gouverner, c?est peut-être que l?instrument d?information et de participation qu?on leur offre ne correspond plus au monde actuel et à l?avance de sa technique.»Pour beaucoup d?auteurs, à l?instar d?Armand Mattelard , «c?est l?histoire du concept qui permet de saisir les croyances dont cette société est porteuse».Bien que l?analyse détaillée de ce phénomène dépasse le cadre de cette réflexion, nous pouvons néanmoins mentionner quelques uns des principaux points qui se posent à la question de la perception de la société de l?information.Le premier est celui du courant sectoriel, qui considère la révolution communicationnelle et toutes les autres innovations technologiques, comme une interprétation qui maximalise le rôle de l?information et qui définit les bouleversements et les mutations, à partir du domaine des communications.Le deuxième est celui de la tendance structurelle, vue comme une démarche dans le cadre de la vision d?une nouvelle révolution industrielle », qui définit la nature des mutations dans cette perspective. A cet effet, le travail humain est pris dans le mouvement de changement au sein des organisations, qui touche non seulement l?homme mais aussi la technique, d?où l?émergence des nouvelles technologies, comme une sorte de machines informationnelles intelligentes, amplifiantes et diversifiantes.Il y? a, enfin, une troisième tendance qui peut être également mise en avant. Elle tient à l?histoire de l?invention de l?alphabet phonétique ou de celle de l?imprimerie. G, Pask et S, Curran nous avouent clairement que nous serions à l?orée d?une ère de transformations profondes, qui ne manqueront pas de créer une nouvelle synergie entre l?homme et la technologie.Toutes ces perceptions nous fournissent un ensemble de notions qui donnent le sentiment de la nécessaire complémentarité des dimensions communicationnelle, structurelle et civilisationnelle, et jettent les bases théoriques de l?orientation que nous avons esquissée précédemment.Si nous considérons maintenant notre champ d?intérêt, celui de la société de l?information, nous voyons que depuis quelques années certains sociologues de la communication présentent « le projet d?une société régie par l?information» comme un héritage de la pensée des XVIIe et XVIIIe siècles, «qui fait des mathématiques un modèle du raisonnement et de l?action utile ».C?est ainsi qu?aux débuts du XIXe siècle, l?alliance des industriels et des savants positifs a donné naissance à un mode inédit de gestion, orienté vers «l?administration des choses» et non plus vers le «gouvernement des hommes». Dans ce cadre, il est utile de noter que c?est à Armand Mattelard que nous devons la remarque subtile des multiples tentatives d?organisation de la documentation du XIXe siècle. Cet auteur nous explique aussi comment la communication a pu être liée à ce développement. En ce qui concerne l?histoire des techniques de transmission, cette évolution a déterminé celle des formes institutionnelles.La prolifération des travaux, directement en relation avec les techniques de transmission, est plus récente, puisque c?est le livre de Harold. Lasswell, intitulé : «Propaganda technics in the world war», qui tire les leçons... de la première guerre mondiale . «Les moyens de diffusion sont apparus comme des instruments indispensables à la gestion gouvernementale des opinions...et, de manière plus générale, les techniques de communication... ont fait un bond considérable».A l?approche de la deuxième guerre mondiale, de nombreuses études nous montrent les pouvoirs des moyens d?information comme des mobilisateurs de relais sociaux. Là encore, la littérature ayant trait à l?impact de la propagande, notamment dans le cadre de l?étude des médias, n?a jamais cessé de souligner les enjeux de l?information . Pour donner des exemples, Armand et Michèle Mattelard ont cité le travail de serge Tchakhotive, dont le titre illustre bien l?horizon mental d?une époque : le viol des foules par la propagande ». Puis, vinrent les travaux relevant de la théorie de l?information, qui ont été publiés en 1949, par Shannon et Weaver , ainsi que les applications empiriques en sociologie fonctionnaliste des moyens d?information.Après la Seconde Guerre mondiale, l?idée caractéristique de progression vers ce modèle a donné naissance à des enjeux géopolitiques d?un type nouveau, et par là même à des investissements massifs dans les recherches sur l?information.C?est cette conception historique qui domine aujourd?hui les études sur les systèmes, l?information et le contrôle. Elle procède aussi du contexte de la guerre qui a pour origine les travaux de réflexion des think tanks : ces cellules de réflexion instituées pendant le conflit mondial , reconduites ensuite dans les grandes organisations et les institutions gouvernementales.Après la deuxième guerre mondiale, ces technologies se convertissent dans le secteur civil et la «révolution des communications» fait son apparition, dans un contexte où les publications de recherches des laboratoires Bell system, filiale de l?entreprise de télécommunications, american telegraph & telephone (ATT) », profilèrent et où Claude Elwood Shannon publie en 1948 son ouvrage intitulé : The mathematical theory of communication ».La communication devient alors importante, parce qu?elle est reliée à l?économie. Avec le développement de l?économie des services, elle devient le fondement de la vie sociale. »Cette assertion de Jean Pierre Hogue montre que la communication a beaucoup évolué à travers les temps... au fil des époques, les hommes se sont dotés de moyens de communication permettant d?accroître la rapidité de transmission des messages», écrit ce dernier.A l?ère de la troisième vague », nos sociétés sont bombardées de stimuli et d?informations de toute sorte, véhiculées par des outils de plus en plus sophistiqués, tels la télévision, le téléphone, les satellites, l?informatique... Dans le village global où nous vivons, la communication devient un phénomène très complexe. »Â La tentation déterministe, voulant que chaque médium soit porteur d?une nouvelle civilisation (et qui aboutit à «the medium is the message» de McLuhan) fait alors florès. Pour ce courant, la technologie informationnelle est un élément à prendre en compte, lorsqu?on veut appréhender les mécanismes informationnels et les formes communicationnelles. Marshall MC Luhan considère que le médium doit être considéré comme un moyen qui permet de penser et d?organiser l?information, où aspects socioculturels et aspects techniques sont interdépendants.Il ne faut pas oublier pour autant que les moyens d?information sont un phénomène, socialement construit, qui dépend d?un environnement changeant et complexe, en mettant ainsi en relief les éléments devenus obsolètes, du fait de la fin de la Galaxie Gutenberg », marquée par le système typographique et alphabétique.Indéniablement, la pensée et la vision de Marshall Mc Luhan permettent une perception plus large, une perception plus importante des médias auxquels la participation des individus et leurs attitudes à l?égard du médium présentent le même degré de rupture avec l?ordre typographique, d?où l?intérêt à bien cerner la vérité proposée par Marshall Mc Luhan, qui va jusqu?à déclarer que le média est le message ».A l?heure actuelle, et au - delà de cette «vérité» , lancée par Mc Luhan, et bien qu?une vision systémique permet de mieux comprendre l?explosion des communications dans le monde et le déferlement des messages télévisuels et publicitaires, on peut également penser avec Newmann (1991), qu?en conclusion de leurs récents travaux, certains chercheurs montrent que «les conclusions répétées de cinquante années de recherches systématiques des sciences sociales révèlent que le public des mass - média, jeune ou non, n?est pas abandonné à lui - même et que les médias ne sont pas tout puissants». La théorie qui découle de ces observations et selon laquelle les médias ont des effets modestes et conditionnels permet de mettre en perspective le cycle historique de panique morale que suscitent les nouveaux médias » Cela laisse à penser qu?il est inutile de prétendre avoir une influence tous azimuts des NTIC.La communication en général et les nouvelles techniques de l?information en particulier n?ont pas échappé aux débats autour du «free flow of information». Un tel éclatement de la connaissance sur le thème de la «société de l?information» (repris par l?OCDE en 1975) a aussi été marqué, durant les années 1970, par le développement de la «diplomatie des réseaux» et la place nouvelle accordée à l?information par les managers d?entreprises.Il n?est pas difficile de constater que cette conception de la «société de l?information» est encore plus récente dans la terminologie scientifique.Après la publication de ses ouvrages récents, notamment sur l?explosion de la communication et sur l?informatique, Philippe Breton formalise, dans sa nouvelle perspective, une problématique qui consiste en l?émergence de la société de l?information et l?intégration d?un homme nouveau.Sa démarche s?appuie, dans ce cadre, sur une forte analyse qui traduit la genèse de ce qu?il appelle la « nouvelle utopie», particulièrement, à partir des difficultés incontournables, dues aux conflits mondiaux, d?où l?impérieuse nécessité de se doter d?un ensemble de moyens d?information, dirigé vers un effort de Communication Générale ».Avec Philippe Breton, le terme communication est tantôt identifié exclusivement aux médias, tantôt il permet de nommer, tout aussi exclusivement, le secteur des nouvelles technologies de communication.Ainsi, une attitude nouvelle tend à se dégager sur l?influence des techniques de l?information et des médias où la communication a atteint un certain degré d?évolution, qui peut être le lien privilégié pour capitaliser l?information et le savoir, permettant de décoder les différents univers dans lesquels nous évoluons... l?impact des médias est donc relatif à la nature du lien social dans lequel ils interviennent. »A vrai dire, il faudrait analyser soigneusement un grand nombre de variantes sémantiques importantes qui dérivent d?une conception de la société de l?information totalement contrastées.Pour Krishan Kumar, «la véritable révolution est dans ce qu?elle participe à la post-modernité». Il souhaite que la société de l?information soit une «fondamentale continuité» des progrès technologiques.D?autres, à l?instar de Charles Jonscher , soutiennent que « le caractère révolutionnaire de l?information s?inscrit dans le passage à une société où l?information est la matière essentielle comme l?agriculture et l?industrie l?ont été en leur temps».L?étude d? Armand Mattelart montre cependant l?histoire des utopies de la «cosmopolis» à la «technopolis». Pour lui, « l?utopie néo-libérale a fixé au devenir du globe un horizon indépassable d?où a été banni l?idéal d?égalité et de justice dont la matrice utopienne s?est longtemps nourrie».Avec Daniel Bell, la société de l?information apparaît comme une réalité beaucoup plus claire et riche que ne le suppose le courant dominant dans les écrits de Dominique Wolton et Armand Mattelart. Les principales idées de Daniel Bell sont pour l?essentiel à chercher dans la «théorie de la société post-industrielle» décrite dès le début des années 1970, qui appréhendent la signification de l?émergence de tendances liées aux NTIC. Celles-ci se structurent entre autres autour de la connaissance théorique comme base systématique à l?innovation technologique, la création de nouvelles technologies, le développement d?une classe sociale de professionnels et techniciens, l?évolution des biens vers les services, le changement dans la nature du travail qui devient ludique, l?augmentation de la participation des femmes dans le travail, la science devient étroitement liée à la technologie, au pouvoir militaire et aux besoins sociaux, la possibilité de voir émerger une nouvelle classe sociale professionnelle, une nouvelle forme de méritocratie basée sur les compétences et l?éducation, la nécessité d?établir une économie de l?information qui permette de définir une stratégie collective visant à augmenter la diffusion de la connaissance au sein de la société.Il est important de remarquer, pour terminer ce point, que «la meilleure façon d?appréhender le futur reste de le construire». «Regarder loin devant soi permet d?anticiper ses actions et de donner du temps à sa réflexion ». (sic)Pour élaborer une véritable analyse de la société de l?information, telle que décrite par Daniel Bell, il faut par conséquent , nous semble-t-il, prendre en compte le rôle de la technologie en tant que «source stratégique de changement» et se tourner vers d?autres conceptions de l?information qui analysent le phénomène en termes qualitatifs , c?est-à-dire en tant que générateur de connaissance et non mode de développement.Dans beaucoup de domaines, selon Daniel Bell, «l?intégration se fait au niveau économique tandis que la fragmentation grandit au niveau politique».On peut donc se demander dans quelle mesure la transition des économies de la force brute, typiques de la Deuxième Vague, peut s?appliquer aux économies de la Troisième Vague, fondées sur la force cérébrale, alors que de nombreux auteurs , principalement à la suite de la publication de «Créer une nouvelle civilisation» de Alvin et Heidi Toffler, soulignent qu? elle « n?est pas encore nulle part achevée».L?histoire de l?économie humaine est au cur de ce paradigme. Celle de l?évolution d?une économie industrielle à une économie fondée sur l?information et le savoir présente à cet égard un intérêt particulier , puisque c?est à cette capacité d?évolution , qualifiée de décisive , que l?Algérie joue son avenir et donc la place qu?elle tiendra dans le concert des nations.Ce que l?on sait aujourd?hui permet de contextualiser les origines et les premières recherches académiques sur la «société de l?information». Cette démarche a mis longtemps à s?imposer, mais elle est dorénavant très généralement partagée par les spécialistes, au même moment où le développement des techniques modernes de l?information notamment les réseaux, tend à anticiper le changement de la société, des entreprises et des individus , afin de mieux préparer les acteurs à ce défi.Dans ses écrits qui ont beaucoup d?influence , notamment en 1970, Alvin Toffler, explique dans son livre «Le choc du futur», comment sous la pression de la «crise générale du système industriel», les organisations furent soumises à des changements qui ont touché la «vie familiale, les affaires, la technologie, la culture et les valeurs».Parti de cette analyse , Alvin Toffler en est arrivé à voir une nouvelle approche du XXIème siècle, qu?il nomme «une nouvelle civilisation», et dont ses idées structurantes , ont été puisées de ses trois autres livres « La troisième vague », « Nouveaux pouvoirs » et « Guerre et contre guerre».» Cette civilisation nouvelle entraîne dans son sillage de nouveaux modèles de structure familiale, elle modifie nos façons de travailler, d?aimer et de vivre, elle instaure un nouvel ordre économique, fait surgir de nouveau conflits politiques et aussi et surtout annonce l?avènement d?une nouvelle conscience», écrit-il.De même, à ses yeux, cette nouvelle civilisation procédera à une répartition précise de son capital temporel et possédera « ses propres notions d?espace, de logique et de causalité».Etant donné l?orientation qui domine sa conception de la nouvelle civilisation, il croit que l?économie de la nouvelle ère se caractérise par la démassification de la production, de la distribution et de la communication. Le travail est lui-même bouleversé et implique de nouvelles qualifications.L?information devient alors potentiellement infinie et règle entre autres les besoins de l?homme , sa vie et les exigences de son travail.Des auteurs comme Michel Saloff-Coste, et au-delà de l?aspect visionnaire, ont pu écrire que «l?homme serait parvenu au dernier stade de l?Homo Faber et l?enjeu du XXI siècle serait de devenir l?Homo Sapiens Ludens, une espèce régulée par sa sagesse et sa prévoyance dans tous ces comportements essentiels : reproduction, santé, harmonie avec la Na»ure, respect de la vie, connaissance de soi et du monde ».Ces travaux , que nous venons de citer , ont marqué l?histoire des sciences humaines et montrent comment bâtir l?avenir.Il est important de remarquer, pour terminer ce point, que «la meilleure façon d?appréhender le futur reste de le construire». «Regarder loin devant soi permet d?anticiper ses actions et de donner du temps à sa réflexion ». (sic)Ces études sont importantes dans la mesure où elles constituent quelques uns des rares essais d?analyse de la nouvelle ère. A cet égard, elles offrent les principaux éléments d?une nouvelle logique pour l?étude de la société de l?information , avec tout ce qu?elle implique comme représentations du monde. L?enjeu pour l?Algérie est de bien gérer cette «complexité des représentations ».Pour l?Algérie, une réflexion sur le sujet appelle quelques précisions sur le sens et la portée de la société de l?information. De ce point de vue, une analyse des évolutions et des changements à prévoir permet de définir le modèle de société à construire. De ce constat, apparaîtra une ambition d?ouverture sur le monde. Comme nous l?avons vu, ce projet est porteur de contraintes, mais il est principalement l?une des sources de rayonnement. Ajoutons qu?il s?agit bien là d?un projet qui débouche sur une rupture épistémologique qui va servir de fondement à l?organisation et au fonctionnement des institutions sociales. Ces quelques précisions nous guident mieux dans notre tentative de déterminer les valeurs de cette société. C?est dans ce cadre qu?il faut situer sa plus value.Il est donc inconcevable que l?on puisse ajourner ce projet, ruiner ses perspectives de développement, parce que l?Algérie a les potentialités nécessaires et peut occuper , compte tenu de son héritage civilisationnel, une place de choix dans le concert des nations.Cette vision globale et éclairée des différences sous-jacentes à chaque type de sociétés va se répercuter dans l?amélioration des processus d?intégration , en particulier celles liées à l?évolution vers la société de l?information.D?un point de vue critique, on peut à juste titre s?interroger sur le contenu du projet et sur sa conception. En d?autres termes, la société de l?information n?est-elle pas de nature à favoriser les changements technologiques, économiques, sociaux, psychologiques et politiques. Une des réponses à ce questionnement consiste justement dans le fait que cette construction implique une ouverture , voire une interdépendance avec le reste du monde. On comprend dés lors que ce projet , de par sa logique et son essence, ne peut voir le jour en Intra Muros.Se fondant sur trois dimensions, l?organique, le réticulaire et le culturel, ce modèle social et organisationnel importe de s?interroger aussi sur les conséquences qui peuvent en résulter dans ses implications, en particulier en ce qui concerne la lutte contre les nouvelles formes d?inégalités , qu?on appelle communément « fracture numérique», et le choix d?un mode de gouvernance en osmose avec la complexité de la nouvelle ère et ses enjeux.En tout état de cause, Breton exige que le fossé entre l?exclusion et le mythe soit levé, afin de pouvoir remettre en question la valeur de la communication, par rapport à la double représentation de l?homme et de la société.De nos jours, les connaissances accumulées tant dans le domaine de l?information (transmise par les nouvelles technologies) que dans celui de l?histoire du développement des sociétés modernes devraient nous rendre plus conscients des implications de ce projet de grande envergure.Al Gore, l?ancien vice président américain, qui a lancé le concept des «autoroutes de l?information» a évoqué, lors du sommet du G7 de Bruxelles en 1995, les «promesses d?un nouvel ordre mondial de l?information». En ce qui nous concerne, cet impératif s?impose d?autant plus que les visions en question ne sont jamais neutres et qu?elles nous poussent à ne pas faire l?impasse sur les défis sociaux posés par cette société de l?information.Si dans les dernières années, la société de l?information s?est développée avant tout avec des soubassements d?enjeux géopolitiques et la volonté d?améliorer le partage des connaissances en vue de construire une société juste et solidaire et les réseaux sont utilisés pour de nouvelles mobilisations, cette contamination n?a pas pour effet de développer, comme nous l?avons déjà dit, une conception de l?idéal humain ; elle a aussi, fréquemment, débouché sur des «perspectives piégées». Le moment est en effet venu de tenter de refonder une véritable société de l?information qui, tout en restituant sa spécificité, en apporte aussi une fort utile mise en perspective de ses divers niveaux d?analyse.A l?instar de certains auteurs qui voient «le cerveau humain» comme « une force de production directe», Manuel Castells nous montre bel et bien dans son premier tome «la Société en réseaux» l?influence des réseaux sur l?ensemble des structures économiques, sociales et politiques. Pour lui, «c?est l?individualisation des moyens de production qui constitue le levier le plus puissant sur nos économies».Pour ce sociologue, le véritable enjeu réside dans la maîtrise des informations, et lorsqu?il conseillait la Commission Européenne, il préconisait déjà une vaste campagne d?alphabétisation pour combattre l?«illectronisme». Selon lui, les nouveaux médias participent aussi au changement du rapport à la chose politique, en nous montrant que le principal lieu du politique devient le media lui-même et qu?on ne peut «répondre politiquement à un media».Sa description des conséquences des NTIC sur les pays du Sud montre qu?elles ne leur seront utiles que si une véritable volonté politique se manifeste. En l?absence de cette prise de conscience, le sociologue nous dépeint «un tableau où l?on verra des entreprises indifférentes diffuser ces technologies auprès des seules élites des pays en voie de développement et conduire ainsi à des écarts inquiétants», dont nous venons de parler brièvement, comme «l?écart croissant entre notre sur-développement technologique et notre sous-développement social».Voici donc quelques exemples de repères historiques, scientifiques et institutionnels , parmi beaucoup d?autres, qui montrent que la construction de la société de l?information et les actions que peut entreprendre l?Algérie, en matière d?accès à l?information, ne se conçoivent pas sans avoir recours au rôle fondamental joué par les pouvoirs publics .Trouver des solutions idoines qui correspondent à notre point de situation, rassembler les forces existantes, mettre les moyens en commun, faire comprendre l?importance et les enjeux de la nouvelle société , concrétiser l?appropriation des NTIC sont autant de possibilités à mettre en uvre. C?est grâce à cette volonté pédagogique et politique que l?on peut accéder à l?esprit de la société de l?information pour avancer et surmonter les obstacles.Â
* Docteur d?Etat en sciences de la communication
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohamed Meziane *
Source : www.lequotidien-oran.com