Le nombre d'enfants maltraités enregistre une hausse inquiétante. Des chiffres affolants nous ont été communiqués hier par le réseau Nada spécialisé dans la protection de l'enfance. Aux 25 000 cas enregistrés durant la période de 2016 à 2017, viennent s'ajouter 6 250 affaires répertoriées uniquement durant les trois derniers mois. Soit une augmentation de 25% sur le bilan précédent. A l'origine de ce drame, la détérioration des conditions sociales des Algériens”'abla Cherif - Alger (Le Soir) - Globalement, le bilan s'arrête actuellement à 8 750 cas. Un chiffre encore incomplet, avoue le président du réseau NADA. «Nous croulons sous les plaintes, nous n'avons même plus le temps de faire l'addition des cas qui nous saisissent». Au moment où se déroule la conversation, le numéro vert mis à la disposition du public explose.
Le standard (composé de quatre lignes) est carrément saturé. Il n'est que 10h30 et des appels de détresse en provenance de Biskra, Chlef, Blida et Alger signalent déjà des violences faites à de jeunes victimes. Des enfants, battus, sévèrement maltraités, et parfois même atteints de graves blessures provoquées par des objets tranchants. Les drames se déroulent le plus souvent au sein des familles. Soumis à des conditions de vie difficiles, des parents déversent leur désarroi sur leurs petits.
La SG du réseau NADA explique : «La situation socio-économique d'une large frange de la société se détériore à vue d'œil. Certains ont déjà atteint des conditions extrêmes. Tout ceci génère des conflits terribles dans les milieux familiaux et les enfants en font principalement les frais.»
Mme Kheiret Hamida est marquée par un cas. Celui d'un jeune garcon de six ans au corps lacéré par un morceau de verre”? Le drame s'est déroulé il y a quelques mois à Zéralda. Divorcée, la mère qui s'était retrouvée sans ressources, a sombré dans une dépression profonde. Incapable de subvenir aux besoins de son enfant, elle projette de se suicider. Un soir, elle s'empare d'un morceau de verre et provoque de profondes entailles sur le corps du petit. Le lendemain, la directrice de l'école remarque les bras de l'élève et alerte immédiatement le réseau. Immédiatement, ces responsables saisissent la justice qui décide de retirer la victime à sa mère.
Ce cas est considéré comme l'une des réussites de NADA. Mais l'entreprise n'est pas toujours aisée. «Nous faisons face à des situations extrêmement compliquées. Le plus souvent, la violence est enregistrée dans le milieu familial. Malheureusement, il ne se trouve personne pour interpeller l'auteur de ces violences. Entre temps, les victimes restent soumises à son diktat ou à des situations terribles». Deux cas de ce genre ont été signalés au cours de ces derniers jours. Le premier concerne deux petites filles jetées à la rue avec leur mère par un violent mari qui battait quotidiennement son épouse et ses enfants. «Elles sont dehors et sans scolarité», insiste le président de NADA. «Le père vit dans des conditions socio-économiques extrêmement difficiles. Il fait partie de ceux qui sont dans l'incapacité d'acheter des fournitures scolaires. Les enfants eux sont tarabustés par les enseignants qui réclament les livres, les cahiers”? qu'ils ne peuvent pas fournir. Ces enfants viennent ensuite faire pression sur le père ou la mère déjà éprouvés par les difficultés, et qui déversent leur colère sur les petits, c'est un cercle vicieux.»
Le second cas concerne trois autres filles qui se retrouvent elles aussi à la rue avec leur mère suite à une violente dispute parentale. L'aînée a 14 ans. «La rue est porteuse de tous les dangers pour ces filles, et il ne se trouve malheureusement personne pour interpeller le père et faire cesser les violences contre ses filles et leur mère. La voie judiciaire existe, mais elle est lente, entretemps, cette fille de 14 ans est soumise à tous les risques dans la rue». «Depuis la rentrée sociale, le nombre de cas d'enfants battus, maltraités, a augmenté de manière sensible, nous avons près de 50 appels par jour. Ils émanent de tout le territoire national. Il faut écouter ce qu'ont à dire ces personnes». Une mère de quatre enfants témoigne : «J'habite Zéralda. Auparavant, nous logions avec ma belle-famille, mais ils ont décidé de nous mettre dehors. Mon mari était employé dans le secteur du bâtiment, mais avec tous les problèmes que traverse le pays, il a fini par se retrouver sans emploi. Un ami lui a débrouillé un travail de chauffeur dans une société spécialisée dans l'importation, mais cette dernière a également gelé ses activités avec les nouvelles lois introduites. Nous sommes devenus une charge pour mes beaux-parents. Heureusement, des proches nous ont trouvé une baraque, mais sans emploi, la vie est impossible. Lorsque je demande à mon mari ce que nous allons offrir aux enfants au dîner, il lève les bras en l'air. Petit à petit, il s'est mis à être violent. Moi aussi, je suis devenue impatiente avec les enfants. Parfois, il arrivait que nous les battions à deux. La plus jeune se cachait sous le lit et s'endormait jusqu'au matin. Il était devenu impossible de les envoyer à l'école. Des voisins ont contacté la directrice d'un établissement, elle a pris en charge toutes les fournitures scolaires et a permis aux enfants de rejoindre leurs classes, mais le plus dur c'est quand ils rentrent à la maison, il n'y a rien. «Rien d'autre qu'un père qui nous bat, et une mère à bout de nerfs»”?
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A C
Source : www.lesoirdalgerie.com