Alger - Revue de Presse

Sidi Bel-Abbès : Retour des petits métiers



Début juin 2008. C'est le rapide retour des petits métiers exercés par des dizaines d'enfants en bas-âge et ce, dans plusieurs coins des quartiers de la ville, principalement ceux où l'activité commerciale est prépondérante tel l'axe de la célèbre «Trig l'article», à l'entrée du quartier d'El-Graba et au sein des venelles qui le composent. C'est la reproduction d'un même constat qui est presque entré dans les moeurs des passants, voire des citoyens en général. Mais toute cette pratique «illicite» pour cette enfance interpelle mais n'a pas, officiellement, fait réagir qui de droit. L'amère réalité de ces nuées de bambins, promus «marchands» aide-mendiants professionnels.. est là à Sidi Bel-Abbès/ville. Ceci est bien visible, vécu, mais énormément têtu. Que faire sinon, peut-être répéter, insister pour un souhaitable écho... devant «le miroir brisé» pour reprendre l'expression d'un riverain. Officiellement parlant, l'année scolaire n'est pas achevée pour ces enfants qui viennent des populeux quartiers de la périphérie belabbesienne mais les cours achevés ont cédé la place aux différents examens de fin d'année. Les exigences sociales, les besoins sont plus grands, nous explique-t-on. Pourtant à bien constater et à plus s'intéresser, c'est parfois une exploitation éhontée de cette marmaille qui est maîtresse des lieux depuis quelques jours, sans repos... investissant les grouillantes artères de l'activité informelle érigée en pratique courante, en plus d'un site, au moment où certains espaces communaux demeurent, inexplicablement, sous-utilisés. Ceci est peut-être un autre dossier pour leurs aînés, plus âgés, que cette nuée d'enfants qui sue beaucoup et se débrouille bien. Vendeurs de sachets bleus, marrons à 2 ou 5 DA la pièce, vendeurs de petit linge, de parfums, de chaussures, de chaussettes... de fruits de saisons. Ils ne cessent de s'égosiller en vantant leurs produits de 2e ou 3e main... tous exposés à même le sol ou sur des étals de fortune. Là où le moindre petit carré est rationnellement utilisé sans aucune concession aux autres indus occupants même plus âgés et ce, au vu et au vu de tous. Même si sporadiquement des traques sans effet salvateur sont menées en ces lieux où Sidi Bel-Abbès semble faire ressortir ses plus grands paradoxes faits de douleurs et stigmates qu'on lui a fait subir. Petits boulots de misère pour la plupart, dans un quartier rendu difficile par les dures conditions de vie et les effets directs des grandes inconséquences des affres de la barbarie sanglante qui a sévi dans la région, poussant des centaines de familles à rentrer en ville, jugée plus sécurisante. Mais hélas tout n'est pas aussi rose que sur les cartes postales et les récits des uns et des autres qui ont fait miroiter des illusions, au point où vendre des cigarettes au coin d'une rue ou un autre stratagème pour survivre est devenu légion... D'autres méthodes sont également utilisées qui consistent à brandir une ordonnance, un acte de décès, ou bien tenir sur les bras un bébé en s'adonnant à la mendicité devant les mosquées ou sur les grands boulevards fortement fréquentés ou en faisant le tour des cafés, des pizzerias, des crémeries... Les dures conditions de l'été ne sont nullement un handicap devant la témérité, la débrouillardise de ces enfants-marchands déterminés à gagner leur vie en assistant leurs familles. C'est là un des rares consensus tirés lors de notre pérégrination... où l'on découvrira la reconversion de certains étalages de fortune du quartier d'El-Graba, en panneaux d'inscription pour un déplacement vers la «bleue» et où on a affaire à une véritable organisation qui quadrille plusieurs sites permettant rémunération hebdomadaire à ceux qui vendent des billets d'autocars pour, généralement, la corniche témouchentoise et éventuellement celle d'Oran, lit-on sur les pancartes exhibées ces jours-ci. Toute cette flopée d'enfants, adultes avant l'âge, savent réprimer leurs tentations même légitimes ne pensant qu'au gain qu'ils doivent impérativement rapporter aux siens à l'image de ces jeunes revendeurs d'illustrés qu'ils vendent à d'autres nantis de leur âge sans qu'ils n'osent en prendre connaissance par manque d'intérêt, de concentration. Les héros de ces manuels et livres illustrés qu'ils vendent ne les font pas palpiter. Leurs coeurs sont comme endurcis par cet impact social pressant. A quelques jours passés de la fête internationale de l'enfance qui coïncide avec le 1er juin de chaque année et du lot de droits et tout l'arsenal juridique et constitutionnel qui en découlent, cette main-d'oeuvre au noir ne manifeste pas de façon ostentatoire beaucoup de différence et de mépris à certaines valeurs... Il y a quelques jours, lors de notre passage qui coïncidait avec le premier match livré par l'Algérie face au Sénégal à Dakar... les détails sur l'équipe nationale étaient sur les langues... piaffant d'impatience de voir notre «onze» retrouver son lustre d'antan suivait-on... Certains d'entre eux n'hésitèrent pas à dénoncer les violences d'où elles émanent... et même les expressions festives sont frappées ici, en ces lieux de la débrouille, d'apostat et l'exubérance juvénile d'un certain chichi dans certains lycées huppés est dénoncée. Leur activité c'est du «hallal»... même le lexique emprunté est marqué de sérénité, d'espoir d'un jour meilleur... C'est le refus de garder les murs du quartier où sont évoqués en d'autres endroits le triptyque: «hogra» «rachoua» (corruption) «dawla»... et autres consonances déstabilisatrices ou manipulatrices. Parallèlement à ce constat qui interpelle, fait de sueur, de courage et d'honneur... l'on n'est pas encore sorti de l'auberge lorsque les petites créatures, sans défense, alimentent certaines statistiques où 192 jeunes en bas-âge ont été traduits, l'an dernier, en justice dans la wilaya de Sidi Bel-Abbès pour avoir commis différents délits. 14 ont été écroués et 64 placés dans des centres de rééducation pour mineurs. Par contre les 114 restants ont, selon notre source, été relaxés et pour certains, dit-on, en tant que délinquants primaires. D'autres phénomènes sociaux guettent l'enfance qui nécessite un traitement de choc très particulier car il est reconnu une consommation répandue de plusieurs drogues notamment dans les milieux précaires au-delà des vitrines révélatrices d'un pseudo confort.
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