C'est au pied des monts de Moksi où d'âpres
batailles rurales s'y déroulèrent pendant la lutte armée que s'ouvre la 9ème
édition du festival du film amazigh au sein de l'ex-cinéma Rio baptisé, pour
pérenniser les actes de bravoure de cette période sus-citée, cinéma «Moksi»
pour laisser place à un bel édifice culturel, à savoir une cinémathèque
inaugurée officiellement il y a moins d'un an.
Et c'est en me trouvant tout dernièrement
dans l'actuelle cinémathèque que je fus agréablement heureux de constater
l'ensemble des aménagements opérés sur les lieux que je n'ai pu tous visiter
lors de son inauguration officielle le 08 mai de l'année écoulée où tout un
programme s'était étalé durant quatre inoubliables journées, ne cesse-t-on de
l'entendre se répéter à ce jour. En somme, tout ce qui a été réalisé contribue
à bonifier le cadre de vie de l'un des principaux boulevards de l'ex-»Petit
Paris» et qui rend fier tout Belabbésien de par l'acquisition de ce nouveau
fleuron qui contraste totalement avec l'ancienne bâtisse, fief d'abord des
prétendus «civilisateurs» de la soldatesque coloniale, omniprésents en cette
partie sud de notre ville, hospitalière, accueillante, soumise à de multiples
exactions.
Hélas, ce jour-là qui coïncidait avec un
point de presse que devait animer M. Assad El Hachmi, commissaire du film
amazigh, je ne pouvais me permettre de réprimer une forte et puissante pointe
de nostalgie en demeurant un long moment dans ce nouveau jalon culturel autour
duquel gravitèrent des bouquinistes, des libraires, et d'autres salles de
cinéma, aujourd'hui, malheureusement livrées à la décrépitude et ce, malgré les
vains appels à leur incontournable réhabilitation. Tout cela, voire notre
succincte virée nostalgique toute relative, c'était quand nos loisirs et notre
passe-temps en général faisaient communion avec notre scolarité de
post-indépendance où presque tout s'articulait sur la pratique footballistique
en particulier dans les terrains vagues très nombreux qui avaient pour
appellation: Brinssa, Stade Lahmer, Ronsard, Berthelot, Gare de l'Etat... avec
en parallèle l'activité sportive omnisports que réglementait l'ex-»SUA» ou au
sein de la FASSU, au sein des rares lycées de l'époque, à savoir l'ex-collège,
devenu lycée Laperrine, puis dénommé El Djala avant de prendre son appellation
définitive Abdelkader Azza à partir d'avril 1969, une année après le décès du
militant et intellectuel de renom qui assista comme adjoint le maire communiste
de la ville Justrabo René. A noter que feu Azza Abdelkader représentait le
parti UDMA, à la fin des années quarante. Outre l'ex-lycée El Djala, il y avait
l'ex-lycée Leclerc devenu El Haouès par la suite, un autre creuset et vivier de
l'élite intellectuelle et sportive, digne héritière et relève des dizaines de
martyrs lycéens (nes) du 19 mai 1656, date de ralliement au FLN/ALN, en ces
ex-lieux du savoir que ces derniers ont affûté leurs premières armes en terme
d'acquisition des différentes connaissances, des sciences naturelles, aux
sciences sociales à la philosophie, au latin... Tout cet enseignement se
donnait dans la langue de Molière mais les dispositions premières permettaient
de séparer le bon grain de l'ivraie. «Aslouka, aslouka» cela ne se fredonnait
pas, cela fait partie de la personnalité tout comme l'éducation où tout contact
avec l'un de nos enseignants dont la majorité ne sont plus de ce monde, était
bel et bien marqué par le respect total. D'ailleurs, beaucoup d'entre nous
n'osaient pas emprunter une artère pour éviter de rencontrer nos aînés, nos
éducateurs particulièrement. Les considérations de cette époque diffèrent de la
nôtre.
Et comme tous les jeunes, l'un avait suivi
les différentes aventures des bandes dessinées les plus célèbres; de Bugs
Bunny, d'Elmer et Daffy ainsi que l'oncle Picsou. Bien sûr, il y a eu Akim,
Zembla, Blek le Roc avec ses fameux compères Roddy et le professeur Occultis.
Tout cela fut facilité par les échanges entre voisins, entre camarades de
classe où tout un chacun trouvait son petit compte. Les temps étaient
réellement durs mais la foi toujours grande. Revenons à notre salle de cinéma,
point de départ de cette virée que n'a-t-elle pas fait de bonheur aux milliers
de lycéens (nes) qui venaient régulièrement suivre le ciné-club avec les
passionnants débats qu'encadraient les jeunes militants, qu'est le mot de la
jeunesse du FLN, JFLN... une décennie avant l'unification des mouvements de la
jeunesse, scouts, étudiants... en mai 1975... Cette activité suscitée a fait
date et a pour sa part façonné à sa manière la culture des jeunes que nous
étions.
Vraisemblablement et sous toute réserve ce
type de cinéma d'une conjoncture politique connue a été perçu comme un
prolongement très très relatif, entendons-nous bien, aux anciennes pratiques
cinématographiques des années quarante à cinquante qui marquèrent des
générations d'Algériens. Nos parents et nos aînés en général ont dû aiguiser
leur culture populaire et cela leur a permis de consolider l'éveil naturaliste
naissant dans le monde arabe et particulièrement en Algérie sous emprise totalitaire
coloniale. Et c'est par le biais des films «Régence» agence de distribution que
cet aspect culturel s'était en quelque sorte forgé. Le générique des films
présentés montrait un cavalier arabe brandissant un sabre. Il n'y avait pas que
cela dans le domaine musical, des vedettes de l'époque Mahmoud Abd Elaziz,
Farid El Atrach, Mohamed Abd El Waheb... offraient quelque peu une sorte
d'illusion mirifique et éphémère de Misr «Oum Eddounia». En somme, une ambiance
particulière qui faisait occulter momentanément le cinéma colonial qui ne
visait qu'à distraire les exploités que nous étions, aïeux, grands-parents et
parents... et ce en leur faisant à tout prix oublier la présence d'un corps
étranger sur leurs terres, leur bien. Et là les exemples à titre indicatif des
titres de films de «Ali Barbouyou», «le Musulman rigolo» suffisent pour
illustrer les dits propos. Dans sa vision, le colonisateur ne centrait pas
uniquement son activité vers les périmètres urbains à concentration «indigène».
Cette «mission» de loisirs, d'amusement de pure pacifique des populations
visait les agglomérations rurales qui étaient jointes par l'intermédiaire
d'unités mobiles (voitures légères, camions...) et dont la date de passage des
films retenus était connue d'avance. L'administration locale, à savoir les
mairies de l'occupant donnaient à leur tour à cette grande propagande qui
bénéficiait d'une large publicité, où étaient mobilisés les crieurs, ce qu'on
appelait «berrahs» doublés le jour du spectacle de speakers bilingues qui commentaient
à leur façon les films projetés visant la pure défloration de la conscience
nationale.
Mais le souvenir immémorial de plusieurs
générations de Belabbésiens et de Belabbésiennes est celui qu'a laissé le
cinéma Alhambra, l'unique situé en «ville arabe» car Sidi Bel-Abbès a été plus
d'un siècle et demi une ville duelle arabe et européenne. En cet espace étaient
projetés des films arabes, égyptiens notamment, hindous... et ce non loin du
saint vénéré Sidi Mohamed, inconnu des indus occupants lui comme le sont
Mokhtar, Yacine, Bouazza que la ferveur des croyants vénère et auxquels elle a
élevé des marabouts. La salle Alhambra était spécialement réservée aux femmes
le vendredi... plusieurs décennies après l'indépendance venue voir arraché au
prix de sacrifices humains et un lourd tribut, cette journée a une grande
valeur chez nous en tant que musulmans est devenue jour de repos. Quant aux
films présentés, ils n'engendraient nullement l'ennui, bien au contraire ils
donnaient lieu à de grands commentaires et passionnantes discussions qui
duraient des semaines au sein des familles, dans la rue, dans les quartiers
autochtones de village Abbou, Errih, l'ex-Gambetta, sur les hauteurs de Sidi
Yacine, au sein du populeux Callasone (rue du Soleil), espagnol «calle del
sol». Pour en revenir au cinéma Alhambra de la Graba où l'on projetait des
films qui avaient longtemps titillé toute la bravoure chevaleresque du
chevalier bédouin, voire arabe. D'ailleurs un célèbre personnage qui a
longtemps animé des «halqates» au sein de l'ex-place Bugeaud dans la ville
porte à juste titre le nom de place des Fidas, portait le pseudonyme de Antar.
D'autres personnages tels les feus Benalioua, Ammi Mehadji ont longtemps
propagé l'humour, la gaieté, la convivialité, l'amitié. Mais Dieu ! Comme c'est
oublié tout ce havre de paix, de ces familles belabbésiennes unies par le
coeur, la chair, le sang... l'amour dans son sens divin, la communauté d'un
destin qui fut plus d'une fois ébranlé par l'arrivisme et autres atteintes
morales, autres agressions et faux clichés.
Antar le Belabbésien est mort. La «halqa» a
survécu. Lacarne Abbès, Sedjari, le conseil consultatif culturel à sa tête
l'artiste Yahiaoui Kouider sont encore là. Antar a ainsi longtemps fredonné les
différentes chansonnettes de l'époque. Il n'y avait pas que cela dans l'air de
ces temps passés. «Bissat Errih ala Baghdad» qui a certes égratigné tout
Algérien en faisant l'impasse sur l'Algérie et «Taxi El Gharam» étaient sur les
lèvres. La film arabe, égyptien en particulier, n'avait pas le monopole et bien
avant «Janitou», nos aînés réévoquent «Mangala» fille des Indes et cet autre
«Mother India» et tout ce qui passait dans la mythique salle de l'Alhambra
entre les années cinquante jusqu'à l'indépendance et beaucoup plus. Lorsque le
site du cinéma Alhambra aura connu plusieurs vies. Tout le monde chanta hindou
sans comprendre un mot, le témoin de cette ferveur passe d'une génération à une
autre. Tous les films western, de cape et d'épée, de guerre en passant par
Saladin, une pensée aux Palestiniens de Ghaza meurtrie dernièrement s'impose,
ou de «Rissala» firent le bonheur des milliers de spectateurs qui agrémentaient
l'entracte... Cette pause incontournable de dix à quinze minutes caractérisées
par l'achat de cacahuètes, d'amandes, souvenons-nous de monsieur les
«zamandes», tout un bonheur... parfois ce sont des marrons chauds grillés sur
les braseros fumants de petites charrettes ambulantes qui présentaient un
achalandage particulier selon la saison des rafraîchissements pendant l'été. Le
cinémas Vox, Versailles, Olympia, Palmarium et la vieille salle de l'Empire
sont d'autres lieux de mémoire.
Mis à part le cinéma Alhambra du populeux
quartier arabe de la Graba dont le propriétaire était Algérien, il s'agit de
monsieur Fasla, les autres salles appartenaient aux colons et étaient toutes
situées en ville européenne dont le Faubourg Perrin aujourd'hui Haï Doha qui
abritait au niveau de l'avenue Kléber le cinéma Palmarium qui n'existe plus. Il
a tout de même fonctionné plus d'une décennie après l'indépendance de notre
pays. Quant au Colisée, là où a été édifié le centre culturel communal Benghazy
Cheikh, l'Empire, le Versailles et l'Olympia et ce outre le cinéma Rio, cité
plus haut, tous ces espaces se trouvent dans le périmètre urbain essentiellement
européen, comme on vient de le mentionner, pour les besoins d'implantation
géographique.
Commençons par la salle Versailles, elle
était de loin la plus huppée, indiquent nos sources, par la bourgeoise locale,
voire pied-noir, où toutes les fresques bibliques durent être projetées, bien
sûr sans omettre toutes les classiques français et autres films à gros budget.
Après la capitale française, c'était le tour de l'ex-Petit Paris de voir tout
de suite se projeter «Le diable au corps» de C.A.Lara, «Et Dieu créa la femme»
de Vadim, en passant par «Noblesse oblige» à «L'année dernière» de Marienbad,
et ce jusqu'aux films du music-hall américain tels «Les hommes de Las Vegas»
avec Dean Martin, Sinatra, S.MacLaine. L'on se remémore à ce jour, indiquent
quelques septuagénaires, le «Docteur Jivago», «Le pont de la rivière Kwaï» et
surtout pour beaucoup «Les canons de Navarone», un grand film séquence sur la
Deuxième Guerre mondiale, et bien sûr «Les dix commandements» avec Charlton
Heston et Yul Brynner. Il y eut aussi «Salomon et la reine de Saba» avec Gina
Lollobrigida et encore Yul Brynner et ce outre «Graine de violence», «La fureur
de vivre» du grand acteur américain James Dean, «L'équipée sauvage» de Marlon
Brondo. En parallèle à cela, la musique et notamment le rock n'roll faisait un
tabac tout comme le microsillon 45 tours eut ses heures de gloire. D'ailleurs
«Wab bab louma» de Bill Haley et reprise par Elvis Presley dans «Tutti Frutti»
était reprise par les jeunes de l'époque. Ne nous attardons pas dans le cinéma
le Versailles baptisé Algeria après 1962 pour évoquer les péplums du cinéma
hollywoodien, les films western de John Wayne à Clint Eastwood, on se délectait
fort bien.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kadiri M
Source : www.lequotidien-oran.com