
L'ancien chef de gouvernement, Sid-Ahmed Ghozali, accuse les tenants du pouvoir de mentir au peuple. Et sur tous les plans : raisons de la crise économique, mesures d'austérité, terrorisme?Intervenant à l'ouverture, hier à Alger, du campus des jeunes du RCD, M. Ghozali a brandi un chapelet de preuves confirmant ses affirmations et son sombre constat sur la situation économique et politique du pays. Animant une conférence-débat sur le thème «Le pétrole est-il une malédiction '», Sid-Ahmed Ghozali, qui a eu à assumer le poste de PDG de Sonatrach, commence par pointer de doigt la culture de «l'irresponsabilité» en vogue chez ceux qui nous gouvernent aujourd'hui.Celle-ci, explique-t-il, est confirmée par cette affaire Sonatrach-Saipem traitée par la justice italienne, qui concerne le versement de pots-de-vin à des responsables algériens. L'orateur trouve ainsi «illogique qu'un ministre refuse d'assumer sa responsabilité dans cette affaire et que le gouvernement ne se constitue pas partie civile». «Une affaire a éclaté (en Italie) et une action en justice est en cours. 280 millions d'euros ont été distribués comme commissions (?).Pourquoi le gouvernement ne se porte pas partie civile», s'interroge-t-il, insistant sur la responsabilité du ministre qui était en poste à l'époque des faits, Chakib Khelil, sans le nommer : «Des noms ont été prononcés. Je ne les prononcerais pas car il y a la présomption d'innocence. Mais le responsable du secteur au moment où l'affaire a eu lieu, la moindre des choses est qu'on l'invite comme témoin.» Et d'ajouter : «On ne peut pas être ministre pendant douze ans et dire que vous avez appris par la presse quand une affaire se déclenche chez vous. Vous n'avez pas le droit ! C'est une insulte.»Le conférencier cite encore d'autres exemples où les gouvernants fuient leurs responsabilités. Il met en exergue, dans ce sens, le discours actuel sur les raison de la crise financière et économique : «On est en train de préparer les Algériens à des mesures drastiques tout en leur faisant croire que c'est en raison de la chute des prix du pétrole. C'est faux. Ils vous mentent. Il ne faut pas croire ce discours.» Et de préciser que la responsabilité de cette situation incombe à ceux qui nous gouvernent. Poursuivant, Sid-Ahmed Ghozali dénonce le gaspillage des ressources naturelles du pays et l'incapacité de ceux qui gouvernent à mettre en place les conditions idoines pour la création des richesses.«Le changement, un passage oblig黫Le pétrole aurait dû être utilisé par se passer du pétrole», précise Sid-Ahmed Ghozali. Selon lui, «l'or noir n'est pas une malédiction». «Si c'était le cas, le premier pays maudit serait l'Amérique, qui est le premier à découvrir et à exploiter le pétrole», illustre-t-il, avant de rappeler que le pays est très favorisé en matière de richesses naturelles. La malédiction, dit-il, ce sont ceux qui ont échoué à transformer cette richesse «de façon à permettre au pays de créer sa propre richesse».«Durant les 15 dernières années, l'Algérie a engrangé, grâce au pétrole, 900 milliards de dollars. Durant les 17 premières années de l'indépendance, nous n'avons eu que 25 milliards de dollars qui n'ont pas été dépensés pour l'enrichissement des personnes (?) Mais depuis 15 ans, la corruption a galopé à une vitesse hallucinante. Tout l'argent qui a été accumulé s'est traduit par un appauvrissement du pays», déclare-t-il.Estimant qu'il y a toujours des solutions à la crise actuelle, Sid-Ahmed Ghozali précise, toutefois, que ce n'est pas avec ce régime et ce pouvoir qui ont commis «trois fautes capitales». La première faute, dit-il, est que le pouvoir considère que la société algérienne a pour fonction essentielle d'obéir : «Il prétend pouvoir diriger en donnant des ordres.Ce n'est pas possible. Il n'y a pas de politiques applicables sans la participation de la société.» La deuxième faute consiste, ajoute-t-il, en le non-respect de la loi : «Le pouvoir ne respecte pas la loi. Cette loi, c'est la Constitution et les lois qui en découlent. Ceux qui font les lois sont les premiers à les transgresser.» Et de préciser que la troisième faute concerne «l'irresponsabilité des responsables».«C'est pour toute ces raisons que la CLTD a raison. Il faut changer le système», enchaîne l'orateur, relevant un autre mensonge des tenants du pouvoir : la menace terroriste. «Il ne faut pas aussi croire le discours officiel qui assimile le changement et l'alternance au pouvoir au désordre et à la prolifération du terrorisme», conclut Sid-Ahmed Ghozali.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Madjid Makedhi
Source : www.elwatan.com