
Les professionnels des médias, qui auraient pu constituer une «force de proposition et d'opinion», se sont contentés d'être les relais du discours officiel ou de l'opposition.Les journalistes algériens n'arrivent pas à s'organiser pour constituer ce cadre d'expression, de lutte et de défense de la liberté de la presse chèrement payée et des droits des professionnels des médias. Le Mouvement des journalistes algériens (MJA) qui a donné naissance aux prémices de l'ouverture au sein des rédactions au temps du parti unique et a accompagné l'ouverture de la presse, ne trouve pas d'héritier parmi la nouvelle génération de journalistes pour reprendre le flambeau. Absence de volonté ou conséquence de l'hostilité du pouvoir à toute initiative pouvant donner naissance à un avis contradictoire où peuvent également germer les graines de changement 'Si les journalistes ne sont pas représentés (ou très peu) dans des syndicats ou autres organisations pour protéger leurs acquis, c'est d'abord par absence de volonté, de l'avis de Aomar Fekrache, journaliste au quotidien Les Débats. «Les professionnels des médias, notamment ceux du secteur privé, ont relégué au second plan ce souci de se rencontrer autour d'une plateforme de revendications, de l'enrichir et de la soumettre aux autorités compétentes», explique ce journaliste, qui trouve «contradictoire» que «ces professionnels qui ne cessent de défendre et de porter haut le combat des travailleurs pour des conditions meilleures se trouvent, pour une grande partie, noyés dans des problèmes liés aux mauvaises conditions socioprofessionnelles».Le journaliste s'indigne que, dans certaines rédactions, il y ait encore des journalistes employés sans déclaration à la Sécurité sociale et pour des salaires de misère. «Il y a feu en la demeure», s'inquiète notre interlocuteur, pour qui il est «urgent» que les professionnels de la presse se concertent pour constituer une force «d'abord pour se défendre et défendre la profession et sa liberté qui est bouffée un peu plus chaque jour».Pour Saïd Mekla du Temps d'Algérie, «l'esprit de leadership» a étouffé toutes les initiatives en vue d'une meilleure organisation des professionnels de la presse. «Bien qu'il y ait eu une foultitude d'initiatives pour l'organisation de la corporation en syndicats ou autres, toutes ne sont pas parvenues à s'imposer. C'est l'esprit leadership, comme pour les partis politiques, qui en est la principale cause», estime ce professionnel de la plume. «Il y a aussi cet éternel conflit entre presse arabophone et francophone dont on n'arrive pas à se départir», ajoute-t-il pour expliquer l'absence de structuration des professionnels des médias.Le Syndicat des journalistes algériens (SNJ) déjà sur le terrain n'arrive pas à réaliser ce rôle. «Le SNJ, qui est structuré surtout dans les régions, est boudé à Alger. Au nouveau syndicat affilié à l'UGTA est collée l'étiquette de syndicat du pouvoir.» Ces deux cas de figure illustrent, selon notre interlocuteur, l'incapacité des journalistes à se réunir autour d'un même objectif «que le pouvoir utilise justement comme arme pour répondre à toute revendication, aussi minime soit-elle».Bouffés par le quotidienD'autres journalistes estiment que ce métier, tel qu'exercé en Algérie, manque d'organisation ; en outre, l'absence d'une entité qui les représente bloque toute tentative de modernisation ou de standardisation de la profession. Les normes de travail ne sont pas encore définies. «Les journalistes qui doivent produire quotidiennement ont-ils vraiment le temps de se réunir et de s'organiser en dehors des tâches qu'ils assument '» s'interroge Mme Wassila Ould Hamouda du quotidien Horizons.Cette journaliste déplore l'absence de standards régissant ce métier, ce qui ouvre la brèche à tous les dépassements et entrave l'épanouissement dans le travail. Athmane Lehiani, rédacteur en chef à la chaîne KBC du groupe El Khabar, estime que les journalistes ne sont pas encadrés dans des syndicats «par tradition». Les professionnels des médias qui auraient pu constituer une «force de proposition et d'opinion» se sont contentés du rôle de relais de transmission du discours officiel ou de l'opposition. «Nous avons remarqué l'absence d'une position politique des journalistes algériens lors des différents événements qu'a connu le pays ces derniers temps», fait remarquer M. Lehiani.Cette situation est le résultat de la «situation particulière» que traverse le secteur. «La presse renvoie au pouvoir l'image d'une profession désorganisée, ce qu'il n'hésite pas à exploiter pour s'opposer à toute ouverture», analyse notre interlocuteur. Les différentes expériences et tentatives d'organisation dans des syndicats UGTA ou autonomes se sont soldées par des échecs, rappelle M. Lehiani.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fatima Arab
Source : www.elwatan.com