Que se passe-t-il réellement au sein d'Air Algérie ' A quel niveau se situe le malaise ' La compagnie avait-elle les instruments appropriés pour éviter la zone de turbulences qu'elle traverse depuis cinq mois ' Des questions qui demeurent sans réponses.Abder Bettache - Alger (Le Soir) - Depuis décembre dernier, soit cinq mois après l'arrivée de M. Allache à la tête de l'entreprise, la compagnie nationale est entrée dans une véritable zone de turbulences. Son décollage tant annoncé par l'ex-ministre des Transports, M. Boudjema Talai, n'a pas eu lieu «pour faire face à la rude concurrence dans le cadre de l'open sky». Bien au contraire, Air Algérie se voit à chaque fois contrainte de faire des «atterrissages forcés» et subir les conséquences de sa «turbulence».
La dernière grève des PNC (personnel navigant et commercial) était considérée comme la goutte qui a fait déborder le vase. Embarquée dans la spirale d'une contestation sociale généralisée, la compagnie s'est retrouvée, malgré elle, clouée au sol face à des travailleurs «déterminés à faire valoir leurs droits».
La revendication salariale au centre du bras de fer a contraint l'employeur de lancer un SOS en faisant appel à «l'aide» extérieure. La justice sollicitée rend son verdict. Le débrayage est déclaré «illégal», 120 travailleurs contractuels et 7 syndicalistes ont été écartés pour avoir, dit-on, «mené et incité à la protestation sociale». Le malaise est profond. L'urgence d'une solution s'impose.
Promesse de Bouderbala et refus de Allache
Dans un document en notre possession datant du 3 décembre dernier, le syndicat d'entreprise UGTA d'Air Algérie parle de «complot» et «d'attaques nullement injustifiées». L'objectif ' «Affaiblir la compagnie nationale et ainsi servir des intérêts occultes». «Faux», rétorque le syndicat autonome des PNC. «Ceux qui nous accusent de vouloir porter atteinte à notre compagnie se trompent et de diagnostic et d'adversaire. Nos revendications sont légitimes et ne souffrent aucune ambiguïté. Des engagements ont été faits par l'ex-P-dg et concernent une révision à la hausse des salaires des PNC. Or, la direction actuelle fait marche arrière et refuse d'appliquer le protocole d'accord», explique-t-on.
En effet, selon nos sources, l'ancien P-dg de la compagnie, M. Abdou Bouderbala, avait, au lendemain de sa nomination à la tête d'Air Algérie, arrêté une feuille de route portant révision des salaires des travailleurs de la compagnie. En 2014, il a présidé une rencontre au niveau du cercle militaire de Béni-Messous, portant sur le devenir de la compagnie. Une sorte d'états généraux de la compagnie, lors desquels il a été procédé à l'établissement d'un diagnostic et arrêté les perspectives. Et parmi les résolutions ayant sanctionné cette «importante» rencontre, validée par le partenaire social, figure la question de la valorisation salariale.
Autrement dit, la direction générale s'est engagée à augmenter les salaires des travailleurs, et ce, dans le cadre d'un échéancier dûment validé par les deux parties. A ce titre, il était question, dans un premier temps, d'augmenter les salaires des pilotes, suivront après ceux des travailleurs de la maintenance et en troisième phase les salaires des PNC.
En contrepartie, l'Intersyndicale composée de l'UGTA, du SNTMA et du syndicat des PNC a donné son accord pour la mise en œuvre de la nouvelle feuille de route de la compagnie et qui consiste notamment en sa filialisation.
«Ni en situation de faillite, ni à vendre»
Or, les choses ont évolué autrement. Abdou Bouderbala relevé de ses fonctions, il est vite remplacé par un «enfant» de la boîte. M. Allache, pilote de son état, prend les commandes de la compagnie et fait face à la réalité du terrain. «A la mi-octobre, la compagnie était au bord de la faillite. Le spectre du non-paiement des salaires fait son apparition. Le choix était difficile. La nouvelle direction générale décide de surseoir à l'augmentation des salaires. C'était la seule mesure d'urgence à prendre pour éviter de mettre les clés sous le paillasson», nous a expliqué un haut cadre de la compagnie.
Des propos confortés par un autre document en notre possession, portant la signature du secrétaire général du syndicat d'entreprise UGTA de la compagnie. Dans la lettre, M. Saïd Tiaouinine écrit : «Notre organisation syndicale considère que la question salariale est très sensible, donc nécessite une attention particulière, par un traitement juste, équitable et transparent au bénéfice de l'ensemble des employés, dans un cadre réglementaire et conventionnel, et ce, pour la préservation d'un climat social serein, seul gage de développement de la compagnie.»
Poussant plus loin son constat de la situation que traverse la compagnie, le premier responsable du syndicat d'entreprise UGTA d'Air Algérie tire la sonnette d'alarme et déclare : «Si la situation perdure, celle-ci peut être exploitée par les ennemis de la compagnie, à l'affût de la moindre faille pour nuire et semer le venin.» Le syndicat UGTA parle également de «détracteurs», ou ceux qui veulent «s'accaparer de l'entreprise». «Il est étrange, sinon dangereux, d'évoquer la faillite pour la privatisation du pavillon national, qui aura pour effet l'aliénation de son environnement national et international. N'en déplaise aux détracteurs de mauvais augure, Air Algérie n'est ni en position de faillite ni à vendre. Personne ne peut s'arroger le droit de porter atteinte à l'intégrité de la compagnie», lit-on dans le document.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A B
Source : www.lesoirdalgerie.com