Alger - Revue de Presse

Sécuriser les cadres



Il est tout à fait légitime pour un gouvernement de vouloir protéger l'économie du pays, et notamment en luttant contre le délit d'initié ou de vouloir maintenir en place l'encadrement des entreprises publiques. En ce sens l'ordonnance portant «incompatibilités et obligations attachées à certains emplois et fonctions» réalise une partie de cette volonté. Néanmoins, en recourant seulement à la sanction par la loi, l'action peut manquer d'efficacité. Car la loi, comme toutes les lois, peut avoir la faiblesse d'être détournée, ou s'avérer tout simplement insuffisante. D'autres solutions plus durables et plus justes peuvent être trouvées, à commencer par la plus évidente qui consiste en la définition d'une grille de salaires plus conforme aux réalités du monde. Car à l'ère de la mondialisation et au moment où la «ressource humaine» tend à devenir marchande, l'Algérie n'a toujours pas mis en place une politique des salaires adéquate. L'exemple est, encore, donné à l'université où un enseignant peut «toucher» moins qu'une secrétaire à Sonatrach. C'est pourquoi il nous apparaît urgent qu'une politique globale des salaires soit définie, et que les salaires des hauts cadres soient revus à la hausse. Il est demandé ici une revalorisation adéquate des salaires et non pas un alignement irréfléchi sur d'autres pays, car, par ailleurs, toute chose reste relative. Egalement, les conditions sociales du cadre constituent un élément important dans sa stabilisation dans son entreprise ou son administration. D'ailleurs, au-delà du salaire et des rapports immédiats dans le travail, les mauvaises conditions qui entourent la vie du cadre (comme le logement, le transport ou la scolarisation des enfants) sont à l'origine de beaucoup de départs vers l'étranger. L'Etat, employeur, doit veiller à assurer à ses cadres les meilleures conditions possibles pour les dégager des contingences quotidiennes de la vie, pour s'assurer de leur efficacité et de leur rendement. Et c'est ainsi que l'Etat se donne de vraies chances de les garder. D'un autre côté, l'Etat doit «sécuriser» ses hauts cadres sur plusieurs plans. Beaucoup de compétences pouvant servir dans le secteur public, ne sentant pas la protection suffisante face à la calomnie, à la diffamation et aux autres campagnes anti-cadres de l'Etat, préfèrent aujourd'hui des postes subalternes avec des salaires plus bas. Il est bien entendu nécessaire de réprimer par la loi la corruption et tous les manquements, mais il est également demandé à la loi de protéger les cadres des pressions, des intimidations et de toutes les injustices. Un statut moderne pour les hauts cadres les libérera des «angoisses» actuelles, leur permettra de s'exprimer sur la chose publique et les encouragera à intervenir plus dans la préparation des décisions politiques. Au même plan, l'absence de système transparent dans la gestion des cadres supérieurs ne leur facilite pas les relations avec leur employeur. Beaucoup de hauts cadres ayant cumulé de grandes expériences sont écartés sans explication et mettent longtemps à «traverser le désert» avant de reprendre du service, ou simplement partir très tôt en retraite. Pour amener plus de sérénité, il serait intéressant que, hormis pour les postes à la discrétion du Président de la République, les nominations (et donc les fins de missions) aux postes supérieurs se fassent en Conseil des ministres. Cela clarifierait les responsabilités et les relations avec les tutelles. En tout cas, il y a certainement un problème à résoudre en matière de «sécurisation» des cadres supérieurs, quand on sait que ces derniers temps, des élus «meilleur manager de l'année» sont révoqués par leur ministre, sans motif apparent. Sur un autre plan, des mesures peuvent être prises pour lever les inquiétudes du secteur privé, quant à l'application de cette ordonnance. Car le secteur privé, qui se considère partie intégrante de l'économie nationale, revendique, lui aussi, la protection de l'Etat en matière de délit d'initié ou d'«intelligence économique». Ce secteur a également droit à puiser parmi les compétences algériennes pour organiser son encadrement. De plus, l'existence de cette ressource humaine nationale est considérée comme un élément d'encouragement à l'investissement privé algérien et étranger, au moment où l'Algérie s'ouvre à l'économie de marché. *Universitaire
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