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Secteur commercial : une libéralisation régressive '



Secteur commercial : une libéralisation régressive '
Tout compte fait il me semble bien que le secteur commercial- avec dans une moindre mesure le système bancaire- est un des segments qui freine le plus la modernisation et la globalisation de l'économie algérienne. Pourtant, au début du processus des réformes de la fin de la décennie 80 et du début de la décennie 90, les hypothèses de travail étaient différentes. Ainsi les équipes aux commandes à l'époque nous prédisaient que l'ouverture totale et immédiate du commerce allait être la locomotive qui allait conduire rapidement l'Algérie à l'économie de marché. Les acteurs de ce changement vertueux étaient trouvés : les commerçants informels de la valise qui allaient se transformer, selon elles, en managers modernes du commerce industrialisant. Plus de vingt après la situation est toujours la même. Il n'y a qu'à voir entre autres, le vol Istanbul Alger pour s'en apercevoir. C'est une situation durable assez atypique dans la région, et même dans le monde, pour être relevée car on peut se poser la question de savoir si ce type d'importations est comptabilisé dans les balances commerciales respectives. Il faut cependant concéder que la partie de ce commerce de la valise qui s'est « industrialisée », en passant au conteneur, est devenu plus traçable mais continue néanmoins d'alimenter le marché informel.
Avant de tenter d'identifier des pistes de solutions, à travers notamment la mise en place contrariée pour le moment de réseaux de grande distribution, il faut prendre d'abord toute la mesure de l'état actuel de désorganisation et même de régression de nos différents marchés. Les analyses et les statistiques livrées dans le Bulletin 2011 du ministère du commerce, portant sur l'année 2010, sont, de ce point de vue, extrêmement préoccupants. Ainsi il y est indiqué que la direction générale du contrôle économique et de la répression des fraudes (DGCERF) a procédé en 2010 à près d'un million d'interventions (990 565 plus exactement) au titre de l'exigence de « conformité des produits alimentaires et industriels de large consommation et présentant des risques élevés ». Il a été constaté 181 781 infractions (soit 18% de l'ensemble des opérations effectuées) dont 172 380 ont fait l'objet de poursuites judiciaires. Du point de vue de la nature du contrôle, la moitié(50,3%) a porté sur le contrôle de la qualité et de la répression des fraudes, 35,8% sur les pratiques commerciales et 14,4% sur le contrôle des marchandises aux frontières. En terme d'évolution pluriannuelle le bulletin cité indique que le nombre des interventions a augmenté de 39% de 2007 à 2010 alors que le nombre d'infractions relevées au cours de la même période a augmenté quant à lui de 57% passant de 115 906 en 2007 à 181 781 en 2010.
Nonobstant l'année 2011, année particulière caractérisée, comme chacun sait, par un relâchement des contrôles publics dans tous les domaines, les solutions d'assainissement et d'organisation des marchés ne passent pas seulement par le développement d'institutions d'observation et de répression. Il passe aussi par une nouvelle offre d'infrastructures commerciales. Dans ce registre les retards sont importants. Les rattrapages engagés par les pouvoirs publics centraux et locaux portent essentiellement sur les marchés de gros de fruits et légumes (5 réceptionnés en 2010) et de marchés de détail (49 en 2010).
En ce qui concerne la grande distribution, elle ne peut le fait que de l'initiative privée locale et internationale sauf à vouloir réécrire l'histoire en créant de nouveau des « Aswak ».Plusieurs tentatives d'investisseurs privés ont été reportées et même ont avorté dans certains cas. Les promoteurs concernés avancent plusieurs facteurs de blocage qui renvoient essentiellement à l'environnement médiocre des affaires et aux difficultés de montage de certains partenariats internationaux.
Mais au préalable il convient de mettre en exergue l'apport stratégique de la grande distribution comme vrai facteur de commerce industrialisant contrairement à l'expérience vécue de celui du commerce de la valise ou même de détail (superettes). Ce n'est pas moi qui le dit mais des responsables du Centre international du management de la distribution (Formadis). Ainsi ces derniers, notamment Belaïd Yataghene, directeur général de l'Institut supérieur du commerce, et M. Jacques Drouer, professeur en management de la distribution , ont avancé à juste titre l'idée que «la grande distribution algérienne peut être un moteur efficace de l'économie nationale, dans la mesure où elle offre aux producteurs locaux un marché immense, pour peu que ceux-ci se modernisent, se professionnalisent, sachent produire en séries de qualité constante, en grande quantité et puissent livrer à temps». C'est, aussi, pour eux «une opportunité pour la mise à niveau international des PME».J'ajouterai pour ma part, le rôle de marqueur de qualité et de prix pour le commerce de proximité et celui de faire reculer progressivement l'informel. En inversant ainsi les termes du paradigme du commerce industrialisant des années 90, on s'aperçoit que l'on peut tirer vers le haut la production nationale industrielle, agricole et agro alimentaire et la préparer, ce faisant , à la conquête des marchés extérieurs.
C'est en cela aussi que réside un des enjeux importants de la grande distribution en Algérie. C'est pour cette raison qu'il va falloir lever rapidement les contraintes qui freine le développement de cette dernière.
Il y a d'abord la question du coût et de la disponibilité des ressources foncières. Même si la production existe ou monte en cadence, il y a encore l'absence d'infrastructures logistiques organisées et modernes en mesure de répondre aux exigences techniques de la grande distribution. Le nécessaire émergence de cette fonction logistique, à travers tout le pays, implique le développement des différents types de transports, celui des chaînes du froid, et des plateformes de stockages appropriés. Il y aussi les contraintes bancaires qu'il faut lever par la mise en place des paiements en ligne et la généralisation de l'utilisation du chèque qui reste toujours en suspens.
C'est en tout cas, autant de PME à promouvoir et d'emplois à créer. Il s'agit d'une nouvelle niche porteuse de croissance.
Les programmes d'accompagnement public à l'émergence de PME mais aussi de champions nationaux dans la grande distribution, ont là une opportunité opérationnelle concrète et immédiate de se déployer avec succès. Le tout est de savoir si les institutions concernées pourront passer rapidement d'une démarche administrative, quelquefois lourde et formelle à une démarche économique datée et efficace.
Ceci est valable aussi pour les autres secteurs porteurs de croissance.
C'est dans ces opportunités saisies ou non, à l'instar par exemple des énergies renouvelables, que se dessineront ou non les grands traits d'une économie diversifiée et compétitive. Les enjeux sont de long terme mais les choix doivent être faits maintenant.
M. M.
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