Alger - A la une

Se saigner chez le privé ou désespérer d'attendre chez le public



Il n'y a pas si longtemps, des spécialistes en cardiologie tiraient la sonnette d'alarme, lors d'un colloque médical tenu, à Alger, sur le fait que le syndrome coronarien reste la première cause de mortalité en Algérie. Or, la prise en charge de ce syndrome, qui n'est autre qu'une urgence médicale, reste soumise à des péripéties qui renvoient le malade à des chemins sinueux pour pouvoir décrocher une prise en charge dans les centres spécialisés en Algérie.Par manque de structures ou d'insuffisance de celles existantes de par le flux de malades qu'elles reçoivent des quatre coins du pays, c'est souvent la mort qui guette les personnes qui en sont atteintes. Qu'on en juge. Pour une coronarographie, une radiographie qui permet d'explorer les vaisseaux du c?ur, permettant d'établir un diagnostic précis sur le degré de l'atteinte, le malade doit attendre.
Attendre trois mois, voire six, si ce n'est encore plus, pour un rendez-vous dans une clinique spécialisée publique. Chez le privé, c'est également la galère, puisque le nombre de malades, sans cesse croissant, ne permet plus d'accélérer le rendez-vous de prise en charge ou de réduire le temps de cette longue attente. Plus que cela, le malade assuré est soumis à un chantage en règle et anti-déontologique, lorsqu'on lui fait choisir entre le paiement cash de sa prise en charge et l'attente de son rendez-vous, qui n'interviendra qu'après deux mois.
Deux mois d'attente parce que le malade est assuré ! Une aberration ! "C'est ça l'assurance sociale en Algérie" ou encore "à quoi sert cette assurance si elle ne permet pas à l'assuré une prise en charge à temps '", s'insurgent des malades qui se soignent dans une clinique privée à Sétif. Dans cette clinique, et certainement ailleurs, dans le reste des centres spécialisés dans la prise en charge de ces cas, c'est le même son de cloche.
Dès que le malade arrive, on le met devant le dilemme de payer ou d'attendre. "Vous savez, les procédures du traitement du dossier par voie d'assurance prennent du temps, le dossier doit aller à Alger et revenir, il mettra du temps, donc si vous voulez payer votre prise en charge, vous n'attendrez pas", telle est la formule qu'on fait entendre au malade assuré dans ces cliniques.
Exit la déontologie médicale quand on fait chanter un malade qui nécessite une prise en charge d'urgence de son cas. Ceux qui ne veulent pas attendre et ont les moyens de payer cash se résignent à mettre la main à la poche et passent, tandis que les autres, qui n'ont que leur assurance, ils n'ont plus qu'à attendre à leurs risques et périls.
Dans les hôpitaux publics, la situation est encore plus compliquée. Pour un rendez-vous pour une coronarographie ou la pose d'un stent ou, dans les cas les plus graves, une chirurgie cardiovasculaire, l'attente s'étalera sur plusieurs mois, si ce n'est une année et plus ! Le manque de moyens et de places, le fameux refrain que l'on fait entendre à des malades en détresse, est sur toutes les lèvres dans ces structures.
Cette situation rend la prise d'un rendez-vous quasi impossible lorsque les interventions et les passe-droits deviennent le seul mot de passe dans ces cliniques. Il est inutile de rappeler que la panne des appareils servant à l'exploration cardiaque est souvent évoquée dans ces hôpitaux, comme c'est le cas au centre de cardiologie de Benchicou, à Constantine, où l'on a appris qu'un de ces appareils est resté en panne durant deux années.
Dans le service de chirurgie cardiovasculaire du CHU de Blida, on nous fait part que cette structure ne dispose même pas d'un appareil pour la scintigraphie myocardique, ce qui pousse les malades à solliciter le privé pour cette exploration. Et même cette radio est sur rendez-vous chez le privé, qui déborde de malades qui ne trouvent plus de place dans les hôpitaux publics. Attendre avec la hantise de la survenue d'un destin fatal à n'importe quel instant est désormais le quotidien cauchemardesque des personnes qui ont échappé à la mort à la première alerte de leur syndrome coronarien.

Amor Z.
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