En ce début du 21ème siècle, les nouvelles technologies d'information et de communication traversent rapidement les frontières et les esprits, façonnent des nouveaux modes de vies, stimulent les pensées universalistes et mondialisent les enjeux économiques et culturels d'un continent à un autre, ainsi qu'au sein même d'une société donnée. Une nouvelle ère communicationnelle, inédite dans l'histoire de l'humanité, se massifiant au jour le jour par d'autres savoirs inouïs, cumulant et fructifiant ceux des siècles précédents, propage de nouveaux types de pouvoirs instaurant des états d'esprit de supervision d'un seul homme, parti politique, une institution, d'une machine ..., sur des centaines de millions d'individus et - ce qui est sidérant - d'une nation sur l'ensemble de la planète. Ce genre de pouvoir est issu des gens qui créent, continuellement, de la technologie stimulant d'autres découvertes et intensifiant l'information variée semée tous azimuts, massifiant et renforçant la bonne gouvernance sachant gérer le temps et l'environnement qui sont les grands défis du siècle. Donc, le savoir c'est bel et bien le pouvoir. Le vrai, non celui de la mystification déboussolant les gens, notamment les indigents matériellement et surtout culturellement, dans l'intention d'abuser de leur bonne foi et leurs espérances. Comme aux temps infects des idolâtries. Non basé sur des connaissances, notamment celles prévoyant les besoins sociétaux et devançant les dangers qui guettent les équilibres intergénérationnels, ce type de pouvoir est donc condamné à s'exercer unilatéralement sans foi ni loi. En fait, des régimes politiques en panne d'idées pertinentes et d'imaginations fertiles, n'adoptant - au prétexte des soi-disant spécificités - que les aspects et non le substrat de la démocratie tel qu'il fut conçu à l'origine. Les élections alibis, liées aux ambitions déchaînées des uns et des autres afin d'arriver coûte que coûte au pouvoir «dominator» lié à la sensualité envoûtante jusqu'à l'obsession dévorante (1), constituent pour ce mode de gouvernement, l'unique sortie en la matière tout en arguant que cela s'exerce de la même «manière» dans les anciennes démocraties (?). A la seule grande différence que les sociétés avancées, civiquement, en matière de libertés collectives et individuelles, certes elles aussi à la merci d'emprises politico-financières truffées de fourberies, restent en revanche relayées par des élites perspicaces dont médiatiques leur permettant, en toute souveraineté, de se faire une opinion anti-mensongère fortifiée, afin qu'elles ne puissent pas s'égarer dans les méandres politicardes et perdre ainsi du temps. Ce mode de faire valoir, non gangrené par de la vanité et autres vils acoquinements avec l'absurde et à condition qu'il s'exerce dans le contentement de soi-même, ne peut être que bénéfique pour nous autres et appartient indéniablement à la lignée des messagers émancipateurs et des dignitaires de l'honnêteté morale, honnissant toutes les compromissions corruptrices. Ce quatrième pouvoir ainsi consacré dans ces pays a toute sa place la plus respectée, par leurs systèmes sociétaux, malgré toutes les tentatives de manipulations et de déséquilibres fomentées par les trois autres. Mais libre champ leur est laissé pour qu'ils s'entrechoquent, dans la sérénité civique, tout en s'affirmant chacun à partir de son propre pouvoir. Ce qui, à l'évidence, suscite la montée du civisme lié à des débats contradictoires et de confrontations d'idées intensément médiatisées. A partir de là, toutes les appréciations médiatiques, entre autres, seraient soumises à celles de l'opinion publique et par ricochet aux institutions républicaines. Pour préserver l'intérêt de tous. Du savoir vulgarisé pour pouvoir, tous ensemble, mieux agir effectivement dans la durée... Dans ce même ordre d'idées, les peuples du Maghreb ont fait des progrès non négligeables dans cette voie. Cependant, ils traînent encore dans leurs parcours respectifs des survivances du passé, notamment depuis l'éclipse du pouvoir de l'empire ottoman suivi de celui colonial. Cela paraît bien loin dans le temps, mais tout près de nous en termes d'influences et comportements. Notre passé commun et du vécu actuel dans la dissension en témoignent. L'Algérie fut touchée de plein fouet par cette décadence couronnée par sa colonisation, pure et simple, avec tous ses impacts profonds. En effet, le pouvoir des beyliks centralisé auprès du deylik, lui-même soumis à celui de la Porte dite Sublime du siège de l'empire, a produit un état d'esprit enclin à «l'autoristabilité» stratifiée tant au niveau de l'occupation de l'espace - les terres agropastorales beylicales - que des mentalités immobilistes - maraboutisme dominant. Un chapelet de pouvoirs aliénants, malgré le «protectionnisme religieux» mis en place, sur un ensemble de groupements tribaux où les intrigues liées aux allégeances, momentanées, à celui qui brandit haut et fort le cimeterre primaient. Les janissaires furent le fer de lance de cette primature. De ce genre de pouvoir est né, entre autres, ce que l'on appelle le phénomène de colonisabilité, dixit Malek Bennabi. Cette dernière occupation avait instauré, en prolongement des anciennes emprises, d'autres injustices engendrant des violences révolutionnaires libératrices, d'où est issu le pouvoir post-colonial aux contours populistes expansibles, menant la société jusqu'à magnifier leur substrat mythique, révolutionnaire, providentiel puis carrément clientéliste... Un parcours dédaléen. Ce qui rend difficile d'édifier, à ce jour, un régime politique basé sur la transparence et le libre arbitre malgré les acquis démocratiques, enfantés dans la douleur dans ce sens, dont la liberté d'expression et autres droits liés toujours revendiqués, dont le développement humain et la lutte contre le gaspillage aussi bien des ressources naturelles que financières liées à des projets sans avenir car précipitamment réfléchis et surtout corrupteurs. Mais aussi nombre de devoirs civiques non bien perçus et donc insuffisamment accomplis. La consécration, dans les textes historiques et constitutionnels actuels, du pouvoir républicain démocratique et populaire, dans toute sa plénitude, demeure l'objectif principal à atteindre tôt ou tard. Vaut mieux tôt que tard. Par et pour tous ! Le Maroc, plus ou moins épargné par ce parcours ci-dessus décrit, en a subi un tout autre lié aussi bien à sa géographie qu'à son histoire. Un parcours maraboutique maghzenien patrilinéaire. Cela va de l'émirat spatio-temporel, à la suzeraineté héréditaire puis, aux temps présents, à la monarchie constitutionnelle. Ce qui a permis une certaine ouverture démocratique qui a inauguré un autre cycle de gouvernance. Les partis politiques ainsi que les journaux indépendants foisonnent et s'expriment tant bien que mal, mais restent soumis à certaines restrictions. Cependant, le jeune roi du Maroc compte bien, apparemment, permettre d'autres ressorts démocratiques à l'image des monarchies constitutionnelles des temps présents. Un début d'un long et sinueux processus. En Tunisie, la dynastie beylicale des Husseinites - fondée en 1710 -est restée «dominante» jusqu'aux années cinquante. Le protectorat français avait, entre-temps, produit des contradictions au sein de la société tunisienne, conditionnée fortement par le pouvoir centralisé. Cette intrusion avait instauré des déséquilibres provoquant des mouvements insurrectionnels menant, rapidement, à l'indépendance comme ce fut le cas du Maroc d'ailleurs. Ce qui lui a permis de ne pas subir lourdement les impacts post-coloniaux. Un parcours «républico-autoritaire» d'essence dynastique qui dure depuis plus d'un demi-siècle sans heurts notables. Une spécificité tunisienne. En revanche, la liberté d'expression des médias reste au stade embryonnaire, sinon limitée, car jugée «dangereuse» pour l'équilibre et la pratique du pouvoir obsédé par sa stabilité centralisatrice. En conclusion, le savoir n'a pas de limites ni dans le temps ni dans l'espace. Il appartient aux bonnes et sages inspirations humaines. Il les traverse en tant que pouvoir intarissable. C'est ainsi. En revanche, le pouvoir de nature dominatrice, plus précisément politique, reste soumis aux aléas du temps. Ses «charmes» sont factices, perfides et surtout éphémères. L'Unité du Maghreb, malgré un espace partagé, un passé plus ou moins assumé et surtout un destin commun, qu'on le veuille ou non, est en train, pour des considérations politiques, justement, de chavirer lamentablement dans les incertitudes et la discordance en face d'une Europe plus ou moins unie, mais agissante sélectivement lorsqu'il s'agit d'intérêts communs. Pourtant, si on questionne les millénaires traversés dans la communion résistante, configurant nos espaces communs recomposés, hélas maintes fois, par les bêtises de pouvoirs dynastiques et égoïsmes sectaires effrénés, ils nous répondraient : « Si vous savez et si nous, nous pouvions» ! Les martyrs du 20 Août 1955 et ceux du 08 Février 1958, entre autres lourds sacrifices maghrébins du Maroc à l'Egypte, nous feraient la même réflexion. Et ajouteraient : «Vous pouvez mieux faire car vous savez». Mais, en réalité, tant que les institutions élues restent attachées au service d'une seule institution dominatrice, ces réflexions resteront en l'état. Figées, comme une stèle. Enfin, nous tenons à féliciter l'Egypte, sacrée championne africaine 2008 du football grâce au savoir collectif de son équipe nationale, ainsi qu'à toute la jeunesse africaine, tout en lui souhaitant d'autres consécrations liées à des savoirs tous azimuts afin de pouvoir mieux asseoir et assumer leur continentalité dans un monde se rapprochant, de plus en plus, de l'orbite des systèmes de gouvernance, basés sur la connaissance, la pertinence et de la prévoyance. Les véritables bases de richesses d'un individu, pays, d'un continent et du monde !!!
(1) Le pouvoir du monde animal est impressionnant. Exemple : la mante religieuse est un mantidé carnassier, qui est le seul insecte capable de tourner la tête latéralement presque sans s'arrêter. Un pouvoir de domination visuelle. L'autre particularité sidérante est que la femelle dévore le mâle, à partir de la tête, tout juste après l'accouplement. Une union mortelle !
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Brahimi Ali
Source : www.lequotidien-oran.com