Qui aurait pu
imaginer, il y a à peine quelques années, que le fleuron de l'Etat social : Le
système national de santé, devienne le terrain de prédilection de voraces
carnassiers sans foi ni loi. Livrés poings et pieds liés aux cartels du
médicament et d'une certaine pratique médicale libérale, le citoyen, ce malade
potentiel, n'a plus d'autre salut que de s'en remettre à la providence. Il est
loin le temps, où on claironnait, non sans légitime fierté, que notre système
de santé qui se prévalait d'être global, intégré et surtout gratuit, était l'un
des rares systèmes sociaux de par le monde qui répondait aux aspirations
populaires. On faisait volontiers référence, aux plateformes du 1er novembre
1954 et à celle de la Soummam
pour affirmer une volonté politique révolutionnaire clairement affichée. Lors
de l'examen du dossier santé par l'Instance politique du début des années 80,
on évoquait du bout des lèvres un secteur libéral complémentaire. On appelait de
tous ses vÅ“ux, l'algérianisation du corps médical pour supplanter celui issu de
la coopération étrangère. Décriée par une corporation naissante de médecins
libéraux, cette dernière faisait ce qu'elle pouvait pour répondre aux multiples
demandes d'une population privée, pendant longtemps, des soins les plus
élémentaires. Les temps ayant changé, le secteur privé n'est plus ce qu'il
était lors de ses balbutiements du début des années 90. Dès, 1993, on lui
ouvrait la voie royale du conventionnement avec la pratique hospitalière pour
cause de suppression du service civil qui sera d'ailleurs reconduit et qui fait
débat jusqu'à ce jour. Sans préjudice à la moralité d'honnêtes praticiens
libéraux, on introduisait ainsi et en toute légalité, le loup dans la bergerie.
Cette navigation
qui semblait se faire, en apparence dans la brume, allait encore alimenter le
secteur privé par ce qui est appelé le temps complémentaire qui autorise les
médecins spécialistes du secteur public à assurer deux vacations hebdomadaires
rémunérées dans ce même secteur. Allez séparer le bon grain de l'ivraie. Que
dire encore quand deux béliers, conventionnement et temps complémentaire,
partent à l'assaut de la citadelle hospitalière ? Il n'en restera, dans le
meilleur des cas que les fondements les moins exposés : l'acte préventif qui
demeure encore non lucratif. Votre serviteur, fonctionnaire à la retraite de ce
même secteur, n'arrive plus à comprendre cette descente aux enfers qu'aucune docte circonlocution ne peut justifier. Les capacités
humaines et matérielles qui ont souvent était multipliées par 10 et parfois
plus, ne parviennent encore pas à juguler cette déchéance encore moins, de
tenter d'en atténuer les effets dévastateurs par une ébauche de redressement.
Le navire semble prendre l'eau de toute part. S'il faut étayer la situation de
l'acte de soin dans notre pays par quelques exemples illustratifs, en voici
deux qui résument à eux seuls cette déperdition.
Il a eu, donc, de
part son ancien statut à connaître des deux cas, sans pouvoir régler ni l'un ni
l'autre. Le premier cas, signalé par un groupe de jeunes humanitaires sur un
réseau social connu, concernait un bébé né en octobre 2011 et sur lequel a été
constatée, une malformation cardiaque congénitale. Le plus surprenant, c'est
que cette malformation soit passée sans que le médecin accoucheur ou le
pédiatre ne la dépiste. Faut-il aussi que l'acte d'accoucher soit médicalisé
comme on le prétend. Enfin, passons ! Donc, se faufilant à travers ce filet à
larges mailles qu'est le service de maternité, le petit Omar El Farouk atterri
chez un médecin généraliste début janvier qui suspecte la «chose» et l'oriente
vers un cardiologue privé à une centaine de kilomètres de son lieu de
résidence. Ce dernier, après un examen sophistiqué par écho angiographie
Doppler, conclu à une malformation cardiaque. Retour chez le médecin traitant
avec un traitement d'entretien. A la mi-février, le petit patient est réorienté
chez un cardiologue privé encore, mais cette fois ci à soixante kilomètres seulement
de chez lui ; même diagnostic, même conclusion. L'examen radiographique,
pratiqué dans une clinique privée conclu à une cardiomégalie globale?! Là, nous
avons la nette impression qu'il s'agit d'une curée qui ne dit pas son nom. Les
parents désemparés de cet innocent enfant, sont contraints de payer à chaque
fois pour s'entendre dire la même chose. Ce n'est que le 29 février que
l'enfant malade sera orienté vers la clinique médico
chirurgicale infantile de Bou Ismail. La galère
semblait prendre fin en ce 22 février, pour cette victime expiatoire de
l'inconséquence. Royalement reçu la veille du rendez-vous à la maison d'hôtes
du CMCI pour la modique somme de 150 da la nuitée, le couple présente l'enfant
dès le lendemain à la consultation. L'indication chirurgicale est posée, mais
l'enfant ne peut être pris en charge dans des délais raisonnables. Tel a été le
verdict et sans appel, du praticien consulté pour cause de surpeuplement du
service. Les assurés sociaux sont dans ce cas orientés vers le secteur privé
dont plusieurs cliniques, pratiquent ce genre de pathologie. Les «sans papiers»
n'auront que leurs yeux pour pleurer. L'on est en droit de se poser, non pas
par un tas de question ; mais une seule : comment se peut-il qu'aucun de nos
bastions de la médecine que sont les CHU, ne dispose d'un service spécialisé
comme celui de Bou Ismail ? Est-ce à dire que la Caisse nationale
d'assurances sociales (CNAS) soit à l'avant-garde de la chirurgie cardiaque
infantile et de radio diagnostic ? Et c'est tant mieux, sauf que le secteur en
charge de la santé doit faire l'effort pour supporter la charge exercée sur la CMCI de Bou
Ismail.
Quant au deuxième
cas dont nous avons suivi le cheminement et qui n'a pas encore connu de
dénouement, il s'agit d'une jeune mère de famille victime d'un accident
domestique. S'étant chahutée le genou par un faux mouvement, elle subit depuis
près de deux mois, l'invalidité douloureuse et l'abattement psychologie.
Examinée par un premier spécialiste en chirurgie traumatologique chez laquelle
il subodore une atteinte méniscale, il demande une imagerie par résonance
magnétique (IRM). Le diagnostic et l'examen d'imagerie sont confirmés par un
professeur chef de service dans la spécialité. Dans le privé, l'examen peut se
faire presque à la demande mais à pas moins de… 15.000 DA. Forte de sa
prescription professorale et traînant la «patte», elle se présente au service
de radiologie du plus grand CHU du pays. Elle est orientée sur le service de
traumatologie pour «confirmer» le diagnostic ; parce que «on» ne croit pas à la
prescription d'un confrère d'un CHU de province. Après plus de trois ou quatre
navettes entre le service et son lieu de résidence situé à 70 kilomètres
de la capitale et la recherche d'un cachet humide à apposer sur la nouvelle
prescription, on consent à lui remettre le précieux sésame ouvrant les portes
du service de radiodiagnostic avec toutefois, une précaution légale peut être,
mais excessivement bureaucratique : Une déclaration reconnaissant les risques
induits par les produits de contrastes utilisés lors de l'examen et dont la
signature du déclarant doit être estampillée par les services communaux chargés
de la légalisation documentaire. Ouf ! Et ce n'est malheureusement pas fini… le
rendez n'est pas encore acquis, il faut d'abord se référer à la liste d'attente
qui croyons-nous savoir, est déjà interminable.
Cette voie est
déjà rapide, pour la simple et bonne raison que le narrateur a fait intervenir,
un ou deux de ses anciens collègues de travail. Nous avons appris, que la
wilaya de résidence de la patiente a acquis un bloc technique d'IRM, mais le
local devant abriter cet équipement est encore en voie de réalisation…
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Farouk Zahi
Source : www.lequotidien-oran.com