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«Nos hôpitaux sont déshumanisés», affirment unanimement médecins et spécialistes. Ces établissements, censés soulager la détresse physique et morale des malades, sont une source d'angoisse et d'inquiétude pour un grand nombre de patients. Les efforts consentis en matière de modernisation des prestations sanitaires demeurent en deçà des aspirations des citoyens devant la pression enregistrée dans la majorité des hôpitaux du pays. Cet afflux «a fortement contribué à la médiocrité des prestations médicales» fournies aux malades.Ce constat peu reluisant a été dressé par les intervenants lors d'un colloque ouvert hier mercredi à Blida sur l'humanisation des hôpitaux. La pression enregistrée au niveau de la majorité des hôpitaux du pays «a fortement contribué à la médiocrité des prestations médicales» fournies aux malades, ont estimé les médecins et spécialistes présents à ce colloque.Le malade est mal accueilli dans cet univers inconnu et austère qu'est l'hôpital.Pis encore, le personnel médical est peu attentif à sa douleur, très banalisée par moment.Dès son entrée, le malade ressent l'anxiété et la panique due, d'une part à sa maladie et d'autre part à un sentiment de désorientation. «Le personnel de ces lieux considère et traite les malades comme des chiffres classés par ordre alphabétique qu'il faut soigner», avait déploré le professeur Amer Lamara Mahamed. «Il y a comme une déchéance de la personne humaine», a ajouté le chef de service de médecine interne au CPMC. Le professeur Amer Lamara a réagi en connaissance de cause. Les malades sont souvent perdus dans l'immensité de ces espaces censés accompagner les patients dans les différentes étapes de leur hospitalisation. Personnel paramédical et médecins sont nerveux, pressés et courant dans tous les sens oubliant facilement le malade et son droit à être accompagné et bien soigné.Nul n'ignore que l'hôpital est un milieu favorable à l'intensification du stress et de l'angoisse aussi bien pour les patients que pour leur famille d'où la nécessité de lancer de larges campagnes de sensibilisation afin de rappeler à l'ordre tout le personnel hospitalier. A commencer par optimiser la formation des étudiants en médecine ainsi que les formateurs de médecine dans le domaine de l´éthique médicale. Le doyen de la faculté de médecine d´Alger, le professeur Moussa Arrada l'avait réclamée il y a de cela quelques années déjà. Il a expliqué qu´«il est important d´améliorer les connaissances des enseignants dans le domaine de l´éthique afin d´être en conformité avec les standards internationaux dans le cadre de la formation». Pour lui, la santé des personnes n´a jamais été un jeu. «Une formation d´éthique pour les futurs médecins est extrêmement nécessaire afin d´éviter la douleur et la souffrance aux malades. Ces derniers vivent une solitude qui peut être encore plus nuisible sur leur santé morale». Même réflexion chez le président du Conseil national de l'ordre des médecins qui affirme que «cet état de fait est le lot d'une majorité des grands hôpitaux, à l'instar de Mustapha-Pacha d'Alger, ou du CHU Franz-Fanon de Blida, dont l'édification remonte à l'ère coloniale, et qui sont périodiquement soumis à des travaux de restauration». D'où la nécessité, pour lui, d'?uvrer «à la réalisation de nouveaux hôpitaux susceptibles de couvrir les besoins des citoyens à travers les nombreuses wilayas du pays et, par ricochet, atténuer les déplacements des malades d'une wilaya lointaine à une autre».Les intervenants au colloque n'ont pas manqué de louer, à l'occasion, les efforts consentis par l'Etat, en matière de modernisation et d'humanisation des prestations sanitaires à travers, entre autres, l'importation d'équipements médicaux de pointe, l'acquisition et la confection de médicaments et la formation des différentes catégories professionnelles de la santé publique. Mais, «les efforts consentis demeurent malheureusement en deçà des aspirations des citoyens», ont-ils néanmoins fait observer.Assia Boucetta«Les hôpitaux sont des endroits qui reçoivent des êtres humains. Mais des fois, on se demande s'ils sont faits pour des êtres humains», nous a lancé le président du Conseil national de l'Ordre des médecins, le Dr Berkani Bekkat, en marge de la rencontre. Sur la responsabilité médicale en Algérie, il voit que l'humanisation exige un travail collectif. «Si vous avez des malades qui hurlent, des médecins qui parlent d'une façon incorrecte avec eux , des endroits sales et des infirmiers qui négligent leurs malades, nous avons donc des problèmes sociétaux et sociaux». Et d'ajouter : «Un hôpital est un endroit pour des personnes qui ne font pas de tourisme mais qui sont malades et qui ont droit à toute l'attention possible.» Mahieddine Boubekeur, secrétaire général de l'Organisation algérienne des victimes d'erreurs médicales se désole de voir les dépassements au quotidien dans les structures de santé privées et étatiques ainsi que l'absence de conscience professionnelle chez certains médecins. Le service de maternité vient en 1re position selon notre interlocuteur. «Je qualifie ces erreurs de crimes commis par certaines sages-femmes source d'invalidité pour beaucoup de femmes». L'imam de la Grande Mosquée, Cheikh Imad Benameur, voit la nécessité de la création d'une organisation législative de répression d'actes inhumains au sein des structures de santé et de lutte contre toutes les violences, qu'elles soient commises envers le malade, le staff médical ou l'administration. Le responsable du laboratoire de développement et de gestion des ressources humaines, le Dr Fodil Retimi constate le manque de coordination dans les hôpitaux. «L'hôpital a lui-même besoin de traitement», affirme-t-il.


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