Alger - Revue de Presse

Sans concessions'



Comme toutes les grandes décisions qui engagent le débat sur l'avenir du pays, l'avant-projet de loi sur le foncier agricole se déroule sans la concertation avec les principaux concernés, les agriculteurs, et plus précisément les attributaires des exploitations agricoles collectives (EAC) et des exploitations agricoles individuelles (EAI). Dans ce débat qui est loin de faire consensus quant au nouveau mode de gestion fondé sur la concession introduit dans le fonctionnement et l'organisation des exploitations agricoles relevant du domaine public, les lobbies s'activent pour donner une empreinte et une orientation au nouveau statut des terres agricoles conformes à leurs intérêts et espérances.Cette formule de la concession, qui est une forme élaborée de privatisation des terres, a soulevé les craintes des exploitants agricoles qui dénoncent la remise en cause par les pouvoirs publics du droit de jouissance perpétuelle acquis à la faveur de la loi foncière en vigueur. Le débat n'est-il pas justement biaisé à l'origine, en instituant le principe du droit de jouissance perpétuelle sur les terres agricoles qui n'est rien moins qu'une privatisation en bonne et due forme des terres agricoles relevant du domaine privé de l'Etat ' Ce n'est assurément pas l'avenir de l'agriculture qui avait incité à l'époque, dans les années 1980 (loi 87-19) toute une faune d'opportunistes et d'affairistes en col blanc, parmi lesquels de hauts fonctionnaires de l'Etat, des personnalités ou leur progéniture, à ne pas manquer cette irrésistible ruée vers l'or vert ! Les meilleures terres furent ainsi détournées grâce à la complicité de l'administration et au mépris de la réglementation qui fixait pourtant clairement les conditions et critères d'attribution des terres.Des attributaires qui n'avaient aucun lien avec l'agriculture se sont, de ce fait, retrouvés à la tête d'exploitations individuelles dans des zones à fort potentiel bénéficiant d'un riche patrimoine agricole (vergers, équipements, hangars, production animale') avec, à la clé, de somptueuses maisons coloniales comme on en trouve dans les anciennes grandes fermes, à l'instar du domaine Bouchaoui à Alger. Qui ne se souvient du tollé provoqué par le gouvernement de Mouloud Hamrouche lorsqu'il avait pris la décision historique et courageuse de confondre les faux agriculteurs qui s'étaient infiltrés dans l'opération d'attribution des exploitations agricoles en prenant à témoin l'opinion nationale ' La publication dans la presse nationale de la liste des noms des resquilleurs, où figuraient des pontes du système, avait fait l'effet d'un tsunami politique.L'assainissement promis pour récupérer les terres indûment acquises n'a pas eu lieu, comme en témoignent les affaires sur la spéculation foncière visant des exploitations agricoles de Bouchaoui portées devant la justice. Ces affaires posent en définitive la problématique de l'assainissement sans' concession aucune du fichier des attributaires de ces exploitations, pour ne laisser que les vrais agriculteurs qui vivent de et pour la terre. Le mal qui ronge l'agriculture vient surtout du hold-up perpétré contre l'agriculture à travers le détournement de la loi sur les EAC et EAI. Une mise à plat de ce dossier s'impose, avant tout autre débat sur le statut futur de ces terres.
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