Palestine, mon amour !
Ceux qui se sont rendus au Théâtre national algérien (TNA) avant-hier pour voir la pièce de Bouziane Benachour et Bachir Mansouri en sortiront groggy. Sanaoud yawmen (Nous reviendrons un jour) met en avant le drame que vit le peuple palestinien. Bouziane Benachour, dramaturge et journaliste à El Watan, fait faux bond à ceux qui le connaissent. Faisant souvent l?économie de personnages, il en met à profusion dans cette pièce jouée par les Compagnons du théâtre et des arts d?Oran. Le style épique adopté pour cette pièce y est pour beaucoup. Le ch?ur, qui ne fut guère une des préoccupations de Benachour, fait son apparition. La filiation katébienne est aussi bien évidente : plus de trente ans après la pièce de Kateb Yacine, Palestine trahie, Benachour se rapproprie un thème fort mais abandonné par les dramaturges. La pièce met en évidence plusieurs personnages d?une société palestinienne écartelée entre les exigences de la lutte contre l?Etat hébreu et les besoins de la vie : celui de l?intellectuel et sa place dans la société palestinienne ou encore celui de la vieille qui raconte le départ des siens. La caricature des potentats arabes, l?un du Machrek et l?autre du Maghreb, est portée à son maximum. Rien de ce qui caractérise ces gens ventripotents, dont le seul souci est de s?enrichir sur le dos des peuples arabes, n?a été ignoré. Les mains dans l?escarcelle, ces deux personnages, l?un gros et l?autre décharné, sont le reflet des monarques et raïs arabes qui se sont trouvés avec leur manière de faire sous la botte des puissances étrangères. Que quelqu?un lève la voix pour que ces deux roitelets réagissent : ces mêmes étrangers qui les mènent au pas sont souvent invoqués dans leur discours pour faire taire les opposants. Les martyrs reviendront-ils un jour ? Assurément, semble-t-on vouloir dire. La musique dépouillée, mais ne manquant jamais d?intonations fortes, est là non pas pour rappeler le cul-de-sac dans lequel se trouve la cause palestinienne depuis plus de cinquante ans, mais pour faire renaître l?espoir. La langue, toute en intonation, quoique elle n?est pas celle du lointain Cham, est tout aussi expressive de cette solidarité entre les peuples. L?Arabe oranais s?y conforme à souhait. Pourtant, point n?est pour les deux dramaturges, dont on connaît la pondération, de flirter avec un certain arabisme de mauvais aloi. Traiter la cause palestinienne comme le fait une certaine littérature ne peut, selon le journaliste d?El Watan, que porter préjudice à ce peuple longtemps exploité par des régimes ignares. Bouziane et ses complices comptent revenir à un théâtre qui a longtemps mis sous le coude ces causes que l?on dit étrangères. Les préoccupations plus algéro-algériennes ont accaparé les créateurs. Missoum Amine, qui a débuté dans le théâtre en 1996, a joué le rôle du monarque ventripotent. Il assure que le pari sur les jeunes qu?a fait Bouziane, à savoir Medjahri Habib et Bouabdallah, est réussi. La mise en scène de Sanaoud yawmen a été faite, rappelons-le, le 15 août, alors que la première s?est déroulée le 19 septembre. D?autres tournées sont prévues dans le centre et l?ouest du pays.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Nadir Iddir
Source : www.elwatan.com