La culture de la frustration
On prend les mêmes et on recommence. Pour le cas où personne n?aurait lu les grands classiques français tels que Balzac, Maupassant, Céline ou les autres, des exemplaires sont offerts pêle-mêle aux quatre coins du Salon international du livre qui s?est tenu à Alger depuis le 21 septembre. Salon obligé de fermer ses portes à cause des élections. Les couvertures ont à peine changé par rapport aux années précédentes et ces grands romans, pourtant entrés dans le domaine public depuis fort longtemps, ont des prix qui avoisinent les dernières parutions. 500 DA dans le meilleur des cas. Les étudiants, à la veille de la reprise universitaire, devront se contenter de productions étrangères. En informatique, cela ne pose pas trop de problème, mais étudier le droit lorsque les seuls ouvrages sont consacrés au droit napoléonien, nul doute que le déphasage est inévitable. Et pas uniquement à ce niveau-là. Le linguiste devra se contenter de l?arabe et du français. Linguiste, oui, polyglotte, non. Le salon du livre, décomposé en deux grands pôles, offre plus d?espaces libres que de livres. Des cafétérias sont parsemées çà et là pour combler les trous et fêlures. Le café littéraire emplit le vide sonore. Son programme, d?ailleurs, est rarement respecté, selon le témoignage des visiteurs. Dans le hall principal, où stands, ouvrages et visiteurs se disputent un territoire déterminé, l?ambiance est animée. Les ouvrages proposés sont essentiellement portés sur la religion. Des cassettes vidéo ou des CD jalonnent l?entrée des stands aux fins d?interpeller l?acheteur potentiel. Les livres pour enfants écrits en arabe occupent autant d?espace qu?il n?est mis en évidence pour attirer, à l?aide de couleurs flamboyantes, les chérubins qui accompagnent les parents. Si la reliure ou le papier ne peuvent concurrencer les Harry Potter proposés par Gallimard, les prix sont intéressants. Suffisamment abordables pour inciter l?enfant à la lecture, mot d?ordre lancé ces dernières années en direction des maisons d?édition. Mais difficile à suivre au vu des prix pratiqués du côté francophone. Les dernières parutions pour adultes affichent des prix tournant autour de 1200 à 1500 DA. La page revient à quatre dinars. Et si l?on consacre cinq minutes pour une page, cela revient à quatre dinars les cinq minutes. Chèrement payé le temps de l?évasion ou de la découverte ! La télévision, même numérique, coûte moins cher les cinq minutes. A la veille de Ramadhan, qui annonce encore une flambée des prix des fruits, légumes et viandes, un avant-goût avec le salon du livre de ce que peut représenter une frustration. Et autant commencer en douceur. Première frustration : le cerveau. Dans une semaine, au tour du ventre. Et pour rester dans les chiffres, un niveau de frustration estimé à 8 sur l?échelle de Freud.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Zineb A. Maiche
Source : www.elwatan.com