Nous l' avons rencontré au festival de la littérature et du film féminins où il a présenté son court métrage, Nafaât qui a reçu le Prix d'encouragement du meilleur réalisateur. Ce jeune, d'à peine 30 ans, ingénieur de formation et réalisateur autodidacte, est un passionné de cinéma. Il nous parle ici de ses ambitions et celles de tous ces jeunes artistes de Saïda, qui ne demandent qu'à être soutenus par l'Etat et reconnus à leur juste valeur...L'Expression: Vous avez réalisé pour le compte du festival de la littérature et du cinéma féminins, un court métrage qui s'apelle Nafaât. Pourriez-vous nous
en parler'
Mustapha Guerrandi: Effectivement, je l'ai réalisé exclusivement pour ce festival. Le festival est dédié à la femme. Il restait trois jours pour le dernier délai. J'ai vu qu'il n'y avait aucun réalisateur qui représentait la région de Saïda, pour moi, il fallait que j'écrive quelque chose que je réalise avec, en plus, une contrainte supplémentaire. Notre film a été réalisé avec zéro budget, contrairement aux autres films qui possédaient des sponsors et avaient comme soutien le Cadc. Nous avons tourné dans mon propre appartement. Nous avons reconstitué deux appartements dans un seul. Nous avons recréé le décor. Le scenario a été écrit en une seule nuit, sans avoir dormi une seconde. Les deux jours d'après, nous nous sommes mis à la réalisation. J'ai tout fait pour le reste, à savoir le montage, le mixage et le son..Pour pouvoir être dans les délais du festival.
C'est votre premier film'
J'ai déjà participé au festival avec un autre film qui s'appelle «Le déni». Il est adapté de la théorie de Sigmeud Freud sur le moi et les mécanismes de self-control. J'ai à mon actif aussi un autre court métrage, qui s'appelle «La dernière lettre», qui a obtenu beaucoup de succès sur les réseaux sociaux. Le film abordait le sujet de la mère et la relation avec les parents. J'ai aussi plusieurs vidéos et courts métrages que j'ai postés sur les réseaux sociaux et qui ont dépassé le million de vues.
Pour arriver à réaliser Nafaât, comment avez-vous eu cette idée'
J'ai fait ce film en m'inspirant de ma vie personnelle. Ma mère étudiait la médecine et avant son mariage, mon père a exigé comme condition qu'elle arrête ses études. La chose qu' elle a regrettée dans sa vie.Aussi, je voulais rendre hommage, par ce clin d'oeil, à sa vie. Je me suis inspiré de faits réels. J'ai aussi rajouté un petit tweet, sur l'anecdote de la petite opération, mais ce n'était pas le principal propos du film. Je parle du cas médical lié au pneumothorax, que je montre dans le film. Je l'ai montré, juste dans le cadre de la sensibilisation, comme un joli supplément d'appoint au film. On a tendance à relier le succès de la femme à son ménage. On parle souvent de mariage et d'enfants alors que le bonheur ne réside pas forcément dans le mariage. Le bonheur se crée d'après nos propres décisions. On regrette souvent les choses qu'on n'a pas faites, plus que les choses qu'on a faites. Le film s'appelle Nafaât car quand le personnage dans le film est venu demander la main de la jeune fille, il lui a dit «on verra ce que tes études vont apporter». Des années sont passées, il s'est marié et il est devenu père d'un enfant. Ce petit garçon est tombé malade, un jour. Et c'est son ex qui est venue le sauver grâce à son savoir -faire.
Ce film a été réalisé avec le concours de comédiens amateurs qui ont suivi une formation en actorat à Saïda. Est-ce vrai'
La formation a eu lieu il ya un mois. Je ne voulais pas les laisser choir comme ça et voir leurs efforts fournis partir en fumée. Je les ai rassemblés pour qu'ils travaillent avec moi. Je n'ai pas voulu prendre des comédiens professionnels ou d'autres qui proviennent du théâtre..Cet atelier de formation en actorat a été organisé par l'association d'Art et Culture de Saïda. Cette formation a eu lieu pendant 20 jours environ avant la tenue du festival. Elle a été encadrée par les deux acteurs Rania Serouti et Hassan Kechach. S'agissant de l'atelier de formation en réalisation, ce dernier a été encadré par El Ayech Kamel et Touzane Chemseddine. Ce dernier m'a beaucoup conseillé. J'ai appris beaucoup grâce à lui. Car tout ce que je sais de la réalisation je l'ai appris grâce à YouTube. Je suis autodidacte. J'ai assisté pour info aux deux ateliers. Je me suis engagé à en tirer quelque chose de positif. Pour le moment, je fais tout moi-même: le montage, l'étalonnage, la photographie, la réalisation et c'est moi qui écrit le scenario. J'ai aussi fait des recherches médicales pour être bien crédible dans la réalisation du court métrage Nafaât.
Le cinéma, c'est donc vraiment votre passion...'
Quand j'ai eu mon bac je voulais faire du cinéma, mais j'ai entendu les gens qui m'ont conseillé de faire médecine ou ingéniorat, j'ai donc suivi cette voie. Je suis ingénieur à la base. Ingénieur en géotechnique et environnement. J'ai passé six ans à étudier et deux ans à Hassi Messaoud en tant qu'ingénieur. J'ai tout laissé tomber pour retourner à ma première passion. On emporte avec nous dans nos tombes que nos rêves et passion...
Mais, vivez-vous de cela'
J'ai ouvert un studio. J'ai rassemblé tous ceux qui rêvent d'être acteurs, réalisateurs ou autres. Je vit grâce à ce studio. Je l'ai monté pour offrir la chance et l'opportunité aux jeunes artistes de Saïda de dévoiler leur talent. On y trouve dans ce studio tout ce qui est en relation avec la photographie, le shooting photo, la vidéographie et ma spécialité qui a laissé une touche particulière à Saïda, qui sont les spots publicitaires. Je suis connu grâce à ça. J'y laisse à chaque fois une touche bien artistique dans l'écriture. Ce studio a un lien avec tout ce qui relève du domaine audiovisuel. J'ai aussi monté des ateliers de photographie pour ceux qui veulent apprendre le montage par exemple. Je l'ai ouvert pour que les gens viennent apprendre. Je le fais bénévolement. J'ai le matériel qu'il faut. J'ai pu en acheter petit à petit quand je travaillais à Hassi messaoud. On ne m'a jamais donné la chance pour que je montre de quoi je suis capable. Il a fallu que je me donne moi-même cette chance et les moyens. J'ai commencé par acheter une caméra, après le flash, le microphone etc. et J'ai commencé à être plus ou moins connu sur Facebook etc.
Comment évaluez-vous la situation culturelle et artistique de Saïda'
SaÎda regorge de talents. Nous avons des scénaristes, des comédiens, beaucoup dans le genre comique notamment. Cependant,personne ne les connaits. Personne ne représente Saïda à la télévision ou au cinéma. Ce n'est pas parce qu'ils ne possèdent pas de potentiel, mais ils n'ont pas eu l'occasion de briller. On ne leur a pas donné leur chance. Je me suis déplacé dans de nombreuses chaînes de télé, mais cela s'arrête toujours au niveau du poste de police. Personne ne me rappelle. Sans vouloir citer des noms, personne ne nous a contactés. Je suis allé voir les chaînes télé pour leur proposer des idées. Pour moi, c'était la seule solution. J'ai contacté des personnes précises d'ailleurs, au niveau de ces chaînes. J'ai convaincu un ami, sans voiture, de monter avec moi sur Alger et partir à la recherche de ces personnes. J'étais prêt à dormir dehors, mais on ne nous a pas répondu. Je suis ingénieur et j'ai mis de côté ma dignité rien que pour aller voir certains individus, mais personne ne m'a accueilli. J'ai réalisé un court métrage en à peine trois jours, cela en dit long sur mon envie et ma passion pour ce domaine. Je suis prêt à tout faire pour réaliser de belles choses et les proposer au public. Saïda regorge de talents qui ne demandent qu'à obtenir une chance pour se montrer et montrer de quoi ils sont capables. Parmi eux, il y a les deux comédiens qui incarnent les rôles de Abdeka et Chouka. Ils sont venus chez moi, au studio. Nous avons écrit un scénario, tourné un épisode pilote et nous l'avons envoyé au concours Saïd Hilmi. Ils ont obtenu la troisième place. Ces derniers n'ont besoin de rien, si ce n'est de les mettre à la place qu'il faut et les orienter. C'est ce que nous offrons à Saïda. L'Algérie souffre du gros problème de la centralisation.Le domaine de l'audiovisuel est assez dur, mais il faut se battre pour pouvoir poursuivre. Pour autant, je ne déteste pas ce que je fais. Apres avoir ouvert ce studio, beaucoup me font confiance maintenant parce qu'ils ont vu que j'ai la foi. Ils sont persuadés que je ne vais pas les laisser tomber. Ce qui est triste encore en Algérie,c' est que tu dépenses pour le cinéma plus que tu ne gagnes,mas je n'ai pas envie de les décevoir. Inchallah on trouvera comment y arriver.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com