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Saïd Ould Khelifa «Ahmed Zabana est représentatif d'une époque»



Saïd Ould Khelifa                                    «Ahmed Zabana est représentatif d'une époque»
Réaction - Saïd Ould Khelifa s'est défendu, en tant que cinéaste, de prétendre être le «détenteur de la mémoire», prétention qu'il qualifie d'«usurpation de l'histoire».
«En faisant un film sur Ahmed Zabana, je voulais témoigner d'une situation», a-t-il déclaré, hier, lors d'un débat animé à la cinémathèque d'Alger, dans le cadre des Journées cinématographiques.
«Mon intention, en faisant le film, n'était pas de parler de Zabana en tant que martyr, mais raconter un jeune Algérien qui aspirait à la liberté», a-t-il déclaré. Et d'abonder : «A travers le personnage d'Ahmed Zabana, je raconte en effet une génération de jeunes Algériens. Parce que je considère que Zabana est représentatif d'une époque, d'une génération, d'une histoire, d'une jeunesse. Des jeunes, à l'instar d'Ahmed Zabana, ont dit basta au discours politique de la France coloniale, ce même discours qui a montré ses limites. Maintenant on va passer à autre chose. On va essayer de prendre les armes et voir jusqu'où on pourrait aller.»
Revenant sur la polémique qui entoure son film, Saïd Ould Khelifa dira : «Il n'y a pas de polémique pour moi. Il y a seulement des points de vue différents. Quand on fait un film, on le fait pour le public. Et à partir de là, on accepte la loi du marché, c'est-à-dire laisser le public seul juger si le film est bon ou pas. Je ne suis pas là pour imposer une idée éditoriale. Un film est un moment de partage.»
Quant aux reproches qui lui sont faits, à savoir que le film comporte des inexactitudes sur des faits d'histoire ou sur la personnalité de Zabana, ou encore de n'avoir pas montré la cruauté des autorités coloniales en privilégiant des faits mineurs aux dépens des souffrances morales des condamnés à mort et des luttes politiques, Saïd Ould Khelifa souligne : «Je ne sais pas qui connaît mieux la personnalité de Zabana, que son proche entourage qui, hélas, se résume à Saïd Stambouli, son compagnon d'arme, parce que son frère, le dernier survivant de la famille, est Abdelkader Zabana qui, à l'époque, quand son grand frère a été condamné, n'avait que dix ans.»
Saïd Ould Khelifa a, ensuite, indiqué : «C'est le président de l'Association des anciens condamnés à mort qui a vu le film, les autres apparemment ne l'ont pas vu pour le moment. C'est lui qui parle et critique sans arguments, parce qu'on n'a pas accordé un financement à son propre projet : un scénario sur Ahmed Zabana. Je suis solidaire avec ce monsieur pour faire son film, mais juger le film à tort, je trouve ça infondé et injuste. En outre, un film ne peut pas raconter toute l'histoire de Zabana et des détenus.»
Saïd Ould Khelifa préfère s'en remettre à l'appréciation des cinéphiles qui, pour lui, sont seuls à même d'adhérer ou pas.
- Saïd Ould Khelifa tient à préciser que le film est une fiction et non un documentaire historique. «J'ai fait un film de fiction sur un fait ou un personnage historique, pour peu qu'une certaine vérité historique soit respectée», a-t-il estimé. Il a, par ailleurs, expliqué que Zabana ! se base sur le procès inique du condamné. Et donc le but de ce film est de dénoncer le fonctionnement de la justice coloniale.
«Il y a aussi un deuxième volet qui n'est pas traité dans la polémique, c'est le rôle de la justice française coloniale», a-t-il dit, avant de poursuivre : «C'est montrer, voire dénoncer la complicité des hauts représentants de la justice française et même du gouvernement français de l'époque à introduire la guillotine à l'encontre des détenus politiques algériens. Ils sont derrière l'assassinat juridique de Zabana et de tous les Algériens qui ont été guillotinés.»
Ainsi, le film aborde cette question, c'est-à-dire «montrer comment un Etat qui prétendait être un Etat de droit à l'époque se conduit d'une manière aussi illégale, pour ne pas dire barbare à l'encontre d'un ''département français'', sachant que l'Algérie à l'époque était considérée comme tel». Et de souligner : «On en a fait une zone de non-droit. Les Algériens n'existaient pas effectivement aux yeux de la justice française. Et le procès de Zabana dans le film pose toute la problématique de la justice française. Il s'agit d'un crime d'Etat.»
«Quand nous critiquons un film, nous ne devons pas prendre seulement ce qui nous convient. Quand on critique, il faut justifier son propos par des arguments», a-t-il dit, et de conclure : «En faisant Zabana !, cela ne veut pas dire que je détiens la vérité, mais j'ai exprimé un point de vue parce que la vérité est divine, alors que le point de vue est humain.»
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