«Mon CV, c’est la production théâtrale»
Saïd Bouabdellah est un des huit directeurs qui se sont succédé à la tête du TRO depuis sa création en date du 16 avril 1973. Sa gestion, au sein de cette institution, aura été la plus longue et s’étalera de 1991 à 2001 coïncidant avec la douloureuse décennie noire qu’a connue le pays. Ella aura été aussi la plus prolifique en créations théâtrales, enrichissant le répertoire du TRO de 14 pièces théâtrales, dont deux pour enfants. Aujourd’hui en retraite, Saïd Bouabdellah continue d’œuvrer pour le théâtre au sein de son entreprise «Saïd Bouabdellah Production», créée récemment et qui a déjà à son actif deux créations théâtrales «Leïla oua Salah» et «Dhari Wahdi» de Ali Naceur, largement diffusées sur le territoire national. Avant son départ en tournée avec le spectacle «Dhari Wahdi» à travers le pays, Saïd Bouabdellah a bien voulu nous entretenir de sa riche expérience théâtrale et sur la situation actuelle du théâtre algérien.
V.O: Vous avez un parcours théâtral peu commun que bien des gens de votre corporation vous envieraient: comédien amateur puis professionnel, directeur du TRO durant une décennie, puis président d’une coopérative théâtrale. Quel est le statut qui vous sied le mieux?
Saïd Bouabdellah: J’avouerai sans ambages: celui de comédien. J’ai exercé pratiquement toutes les fonctions qui existaient au théâtre: comédien, régisseur, responsable de la programmation puis directeur dans une période extrêmement difficile. C’est sous les conseils de feu Alloula Abdelkader que j’ai accepté d’assumer cette responsabilité que j’ai considérée comme un devoir. Cependant, ma passion première, c’est la scène. J’ai fait du théâtre pour être sur scène, non dans un bureau. Aujourd’hui même, l’envie de monter sur scène me taraude, j’en ai longuement discuté avec mes amis.
-Aujourd’hui, l’on ne retient de Saïd Bouabdellah que le directeur qui a lancé l’opération de rénovation du TRO. Pourtant au cours de votre gestion, bien des événements ont marqué le TRO.
-Les gens ont tendance à oublier les conditions dans lesquelles on exerçait: dans l’insécurité et avec très peu de moyens. Cela ne nous a pas empêché de créer de grands événements. En dépit de toutes ces contraintes, le TRO produisait régulièrement 2 pièces en moyenne par an. Mon véritable CV, c’est la production théâtrale. En quittant le TRO, j’ai laissé un crédit de 14 pièces théâtrales, dont deux pour enfants, produites durant ma gestion, 3 pièces en chantier et trois autres négociées pour le 11e centenaire de la ville d’Oran en 2002.
J’ai initié également deux grands festivals de théâtre en 1996 et 1998 où tous les artistes d’Algérie ont pu participer, 500 en moyenne par festival. 14 nouvelles productions étaient en compétition à une époque où l’on avait claironné que le théâtre algérien était mort. Le TRO a contribué avec la wilaya de Aïn Témouchent à la réalisation de l’épopée sur l’Emir Abdelkader en 1997 et a également accompagné tous les événements culturels organisés par différentes institutions ou associations (semaines culturelles, premier festival de la chanson oranaise… etc.)
-Ce fut aussi une sombre période pour le TRO avec l’assassinat de Alloula et le décès de Kaki. Comment avez-vous vécu ces terribles expériences?
-Effectivement, ce sont des expériences extrêmement douloureuses. Deux phares du théâtre algérien qui disparaissaient. On a immédiatement senti le vide autour de nous. Le TRO a perdu également d’autres figures du théâtre algérien: Wafia, qui a fait partie de la glorieuse troupe artistique du FLN durant la guerre de libération, Hadjouti Boualem, Fethi Osmane, Meliani.
-Votre avis sur la situation actuelle du théâtre algérien ?
-Le théâtre algérien se porte bien. La manifestation d’Alger, capitale de la culture arabe 2007, a impulsé une nouvelle et salutaire dynamique avec la production exceptionnelle de 47 pièces théâtrales. C’est un vent d’optimisme qui a soufflé. Mais il va falloir canaliser cette force, l’analyser et en tirer tout ce qui peut propulser le mouvement théâtral à moyen et long terme. Il faut rendre hommage au ministère de la Culture et au TNA d’avoir ouvert les espaces et encouragé les jeunes auteurs. De plus, le ministère de la Culture s’est engagé à bâtir une vingtaine de théâtres. Avec ces nouvelles infrastructures, on va aller vers la production de qualité selon des normes universelles.
Combien de fois n’a-t-on pas annulé des spectacles, faute de scène ou sacrifié d’autres en les présentant dans des espaces inadaptés. Je ne peux qu’applaudir à l’initiative d’ouvrir de nouveaux et authentiques théâtres. On peut aussi jauger la vitalité du théâtre algérien à travers la foison de festivals qui se déroulent dans le pays. C’est bon d’avoir des festivals, ce sont des rencontres qui regroupent pas mal d’artistes et qui permettent l’échange d’expériences. Mais le festival doit être perçu comme l’aboutissement d’un bilan, il faut éviter les mêmes erreurs du passé où certaines formations ne vivaient que le temps d’un festival.
-Un mot sur les coopératives théâtrales qui apparemment sont en train de supplanter les institutions théâtrales?
-Officiellement il existe une profusion de coopératives théâtrales, mais sur le terrain il n’y en a qu’une trentaine à travers le pays qui activent effectivement. Certaines coopératives ne se créent qu’au gré des événements. Je crois qu’il faut mettre un peu d’ordre dans tout cela. C’est pourquoi j’envisage d’organiser, prochainement à Oran, avec le concours de l’APC et de la direction de la Culture, une rencontre nationale de toutes les coopératives réellement dynamiques où l’on discuterait des problèmes de statut juridique, des droits et devoirs des coopératives et surtout des problèmes de diffusion de spectacles.
-En dépit de cette bonne santé du théâtre, le public n’est pas toujours au rendez-vous. Pourquoi?
-Le ministère encourage tous les théâtres à diffuser les spectacles. Mais il est temps de fixer des objectifs. En dépit de la gratuité des entrées, le public n’est pas toujours présent en masse. Il y a peut-être un déficit de médiatisation mais il faut dire que la gratuité a aussi discrédité le produit théâtral.
-Des projets en perspective?
-Dans l’immédiat, une grande tournée dans plusieurs wilayas du centre, de l’est et du sud du pays avec la pièce «Dhari Wahdi», qui débutera le 28 avril au Centre culturel Aïssa Messaoudi de la Radio Nationale.
G. Morad
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com