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Saha Aïdkoum



Saha Aïdkoum
Si ce n'est pas lundi, ce sera mardi mais c'est ce soir qu'on va «douter». L'Aïd est là. A défaut de vivre une vraie fête, on va subir tout ce qui est contraire à la fête. L'Algérie restera à la maison et les rares extraterrestres qui mettront le nez dehors vont vivre l'enfer, la tête sous un brasier et le regard perdu dans la solitude des naufragés. Ceux qui seront dans la rue seront vraiment à? la rue. Ils auront chaud, ils auront faim, ils auront soif.Normal, c'est un jour de fête qui mérite tous les? sacrifices, même si la fête du sacrifice n'est pas celle-là. Elle n'est pas vraiment loin mais on ne va pas en rajouter, subir celle qu'on a à portée de main suffit déjà amplement. L'Aïd assèche ses brebis galeuses, les assoiffe et les affame, pour leur apprendre ce qu'est une vraie fête en leur faisant vivre exactement ce qu'elle n'est pas. L'Aïd, comme toutes nos autres fêtes, n'amuse personne, sauf la galerie qui rit des faux-semblants.On a fait semblant de jeûner en dépensant dix fois plus pour manger, pourquoi ne ferait-on pas semblant de s'éclater en s'ennuyant un peu plus que d'habitude ' Le pain et le lait vont encore manquer plusieurs jours après la «fête» parce que les commerçants s'amusent. Les administrations vont «faire le pont» avec nos dos d'âne.Les taxis seront introuvables et quand on en trouve, c'est pour faire des courses folles en affolant le prix des courses et en appuyant sur la pédale de droite. Et nous rappeler que Ammar Ghoul avait promis des avions-taxis sans nous dire pour quand les? voitures-taxis.Il fait chaud en ce beau dimanche de juillet et rien ne ressemble plus à un dimanche de juillet qu'un lundi de juillet. A moins que ce ne soit mardi, mais c'est la même chose. Il n'y aura pas de femmes dehors parce qu'elles seront à la maison ou dans les taxis. Les premières attendront les secondes en leur préparant à manger, parce que la veille, c'était le contraire, les secondes ayant attendu les premières.Il y a une drôle d'ambiance le jour de l'Aïd à Alger et plus ou moins ailleurs. La circulation sera miraculeusement fluide pour un jour où tout le monde est censé se déplacer pour «rendre visite à la famille». Le «monde Algérie» sera composé de deux catégories. Il y a ceux qui se déplacent et ceux qui ne peuvent pas se déplacer parce qu'ils sont obligés d'attendre patiemment à la maison l'arrivée de ceux qui se déplacent.Deux catégories interchangeables, bien évidemment. Le jour de l'Aïd, on peut tout changer, ou faire semblant. Sinon changer de routine. On se déteste cordialement mais on s'embrasse tous les jours, alors en ce jour de fête, on va s'embrasser royalement, histoire de se détester un peu plus.On ira au cimetière rendre visite aux morts. Ça fait une «sortie» et ça fait oublier les vivants. On pense aux pauvres pour oublier nos misères et on arrête de jeûner pour moins manger. C'est en définitive cela, le vrai sens de la fête. Peut-être bien l'unique. Saha Aïdkoum quand même.laouarisliman@gmail.com


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