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Safinez Bousbia. Réalisatrice : «Que je le veuille ou non, l'Algérie fait partie de moi ! »



Safinez Bousbia. Réalisatrice : «Que je le veuille ou non, l'Algérie fait partie de moi ! »
Son premier film, El Gusto, revient sur le chaâbi à travers un orchestre composé de juifs et de musulmans. En attente d'une éventuelle tournée en Algérie, Safinez Bousbia revient sur un projet qu'elle portait en elle depuis neuf ans.
-Quel était votre rapport avec l'Algérie avant de faire ce film '
Je n'ai jamais vécu dans ce pays. Je suis revenue en 2001. J'ai vécu un peu partout, et j'ai côtoyé des langues, cultures et religions différentes. Je ne me suis jamais sentie suisse, émirati ou monégasque même si j'avais des attaches avec ces territoires. Je voyage toujours avec un seul passeport, l'algérien. Donc je reviens en 2001 pour me réapproprier ce lieu et au final, cela s'est très mal passé, pour mille et une raisons. Mais que je le veuille ou non, ce pays fait partie de moi. Puis en 2003, une amie a insisté pour que je l'y emmène. Et durant ce séjour, j'ai rencontré Mohamed El Ferkioui, et là, il s'est passé quelque chose. A travers lui, ses histoires, son entourage, j'ai découvert une Algérie que je ne soupçonnais pas, ou plus. J'ai découvert des sites, des endroits, une manière de penser, et là, j'ai appris à aimer cette ville que je trouve magnifique. Je ne veux plus y travailler, juste conserver une amitié.
-A travers ce film, vous souhaitiez recoller les morceaux d'un puzzle identitaire '
Non pas du tout ! Je l'avais réglé bien avant ! Ma propre identité est plurielle.
-Mais ne craignez-vous pas d'être dans une «imagerie» algérienne '
Je l'ai toujours été et je suis persuadée qu'au fond, les Algériens le sont aussi à leur manière. On aime et on hait ce pays. Pour conserver un espoir, il faut se réfugier dans cette imagerie. Au début, me concernant, ce ne fut pas facile car je voulais que les gens, dans mon entourage, prennent conscience des problématiques algériennes. On ne peut pas aimer un pays qui s'autodétruit comme ça, donc ce qui nous permet de garder l'espoir, c'est l'imagerie.
-Vous avez procédé à de nombreuses reconstitutions telles que des séquences fictives, ou bien l'utilisation d'une voix de comédie pour les revendications du FLN'
C'est plus compliqué que ça. J'ai récupéré des archives de la télévision algérienne dont celles de La Batailled'Alger (Gillo Pontecorvo, 1966). J'avais signé une décharge. Quand je suis allée à Cannes, le film était montré au Marché du film. Là, une personne est venue me voir et m'a reproché d'avoir utilisé ces archives sans autorisation alors que j'avais signé une décharge. Après avoir fait mes recherches, je constate que la télé algérienne n'est pas propriétaire. Cela m'a causé un problème énorme. Je me suis donc retrouvée face à la famille de Yacef Saadi. Je les ai suppliés de m'aider, j'en ai même pleuré ! J'ai passé toute une partie de l'été 2011 à essayer de trouver des solutions alors que la famille ne voulait rien savoir, elle était immonde ! Elle m'a demandé 100 000 euros pour deux minutes et demie d'archives. Je n'avais pas un rond, j'étais ruinée, je voulais un petit geste de leur part. Rien ne s'est fait donc nous sommes allés au procès pour les indemnités. Et ce n'est pas terminé. Entre-temps, sur les conseils de mon avocat, j'ai retiré les images et convoqué un comédien. Pour moi, la faute principale revient à la télé algérienne.
-Comment s'est déroulée la fabrication du film '
De 2003 à 2005, j'ai retrouvé les musiciens. Puis en 2005, j'ai effectué les repérages pour filmer le retour des musiciens juifs et qu'on fasse le concert au TNA. Après un attentat, le concert est annulé. Comment terminer le film ' On a décidé de faire le concert sans les musiciens juifs, mais la fin ne me plaisait pas. Donc j'ai fait le concert en 2007 à Marseille ! En 2008, je suis tombée malade, j'ai eu un cancer, et je n'ai repris qu'à la fin 2010. Il fallait reprendre tout depuis le début. Ce film, je l'ai accouché dans la douleur. J'ai du vendre ma maison, mes bijoux ; je vivais dans la rue. Je n'en veux pas à l'Algérie, surtout pas, mais j'aurais aimé que les portes soient légèrement entrouvertes pour laisser le projet vivre. J'avais déposé le projet au ministère qui disait que c'était le projet-phare d'«Alger, capitale de la culture arabe». Mais après un désaccord avec Khalida Toumi, je me suis retrouvée seule. J'avais déjà avancé les 400 000 euros que je devais rembourser. En plus de ça, je n'avais pas eu les autorisations de tournage ! Hamraoui Habib Chaouki m'a beaucoup aidée, c'est pour cela que la télé est coproductrice.
-Et du côté du ministère de la Culture '
J'ai envoyé un courrier à Khalida Toumi pour qu'elle me donne des explications, mais à ce jour, je n'ai toujours aucune réponse ! Tout comme cette polémique qui s'est installée et qui disait en gros que le film donnait la part belle aux juifs ! Pour tout vous dire, je suis sincèrement agacée ! Je trouve ça réducteur. Il y n'a que quatre musiciens juifs, ce qui est proportionnel à l'histoire car autrefois, il y avait peu d'artistes juifs dans ce genre de groupe. Dans le film, le départ des juifs équivaut à 15 minutes sur les 90 minutes du film ! Et ce n'est pas le sujet du film, ce n'est qu'un chapitre. Et puis, je n'ai lu aucun texte officiel qui interdise toute personne de confession juive à pénétrer en Algérie. Le sujet, c'est l'aventure d'un groupe de gens qui ont subi l'histoire. Aujourd'hui, ces gens veulent aller jusqu'au bout, se réunir pour enfin réaliser leur rêve d'enfant ! Il y a une phrase de Robert Castel dans le film, qui donne le la : «Le FLN n'a jamais considéré les juifs comme des colons, le but principal était l'indépendance du pays.»
-Le film a reçu un très bon accueil en France'
Oui, à la fois par la presse et le public. Tout était magique. Les deux soirées du REX ont affiché complet, les gens se sont déplacés, toutes les religions étaient représentées, on pleurait et on dansait ensemble. C'était magnifique. Des gens scandaient : «Vive les Juifs d'Algérie». Il y avait une solidarité commune. L'album s'est presque vendu à 10 000 exemplaires, seulement en deux mois ! C'était magnifique ! Pour Alger, nous sommes dans l'attente du visa d'exploitation car il faut que ce film soit montré dans ce pays' peut-être en juin, avec un concert pourquoi pas ' Ce serait l'apothéose !


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