En règle générale, les Algériens sont inventifs face àquatre choses : la mer, l'injustice, le Pouvoir ou le bien public. Cela fait des années que les ministères de la Pêche en Algérie tentent derelancer la pêche en important des barques, des filets et même des appâts. Peineperdue : il a suffi que les Harraga viennent au mondeen se trompant de pays, pour que des ateliers de fabrication de barqueséclosent en Algérie comme des élevages de poussins. On en trouve à l'Est, àl'Ouest, au Centre et, prochainement, au Sud pour exportations vers le Tell, lesAlgériens du Sud étant plus savants dans la navigation par les étoiles.Pour le bien public, c'est connu : en Algérie, il s'agitd'un bien vacant, propriété du plus rapide ou du plus rusé. Que cela soit pourune cave vinicole, un trottoir, une villa d'hôte ou une place publique, unAlgérien candidat à la propriété trouvera toujours des ficelles juridiques quemême l'ONU ne trouvera pas, pour s'approprier la parcelle, le mètre carré ou lalongueur du trottoir. Cela se fera à l'usure, par la corruption, la force, dansun moment d'inattention, à la fin d'un mandat d'élu ou par simple constructiond'un mur de parpaings durant le week-end ou après 16 heures, après la fermeturedes services de l'Etat, nouvel emploi du temps favori des plus malins.Pour le Pouvoir, là les Algériens ont toujours fascinéleurs voisins ou leurs invités. On peut prendre le Pouvoir avant l'indépendance(Le FLN renversant Messali), pendant l'indépendance (Benbella - Boumediène contre lazone autonome ou le GPRA) ou après l'indépendance (l'Algérie contre lesAlgériens). Pour prendre le Pouvoir, les Algériens ont utilisé Oujda ou la Tunisie, Dieu avec le FIS,la fraude en coupant l'électricité ou le 11 Septembre US pour continuer à lefaire en plein jour devant le reste du monde au nom de la lutte contre leterrorisme. Pour garder le Pouvoir, un Algérien peut gribouiller uneConstitution, inviter Sarkozy ou en appeler à sa tribu.Reste donc la dernière fascination des Algériens : l'injustice.Pour protester contre une injustice ou le sentiment d'uneinjustice, là aussi les Algériens sont déjà loin des peuples qui brûlent despneus ou s'assoient en chantant dans des places publiques historiques. LesAlgériens peuvent brûler ou se brûler. Ils peuvent jeter des pierres, écrire oubadigeonner. Après l'explosion d'un pipeline à l'Ouest il y a trois ans, desAlgériens ont même pris en otage un bus de la commune et n'ont pas voulu endescendre avant d'obtenir des logements ou des indemnisations. Les Algérienspeuvent prendre des armes au nom de Dieu ou prendre des chaloupes au nom de TPS.Certains recourent à la grève de la faim et d'autres à la grève tout court. D'autres encore peuvent demander la nationalitémarocaine collectivement ou changer de nom dans une préfecture française. D'autresrecourent à mille façons de se suicider : entre l'insecticide comme dernierrepas, l'escalade d'un poteau de haute tension ou le bidon d'essence. L'inventivitéest ouverte et on vient donc d'enregistrer une dernière trouvaille formidable àl'est du pays. Propriétaire d'un morceau de terre rocailleuse dont il a fait unjardin selon ses propos, un Algérien se verra sommé par d'autres de quitter leslieux et de rendre la terre à la pierre comme il l'a trouvée. Sa réaction : ilcoupera la route en lâchant les abeilles de son élevage et en bloquant la routeavec des pots de fleurs. Personne ne pouvait l'approcher et des abeilles sontpeu « convaincables » par la matraque des CRS ou lesourire d'un chef de daïra et coupent la route sans casser les vitres de lacommune ou incendier le centre des impôts. Un procédé politique génial, àgénéraliser pour remplacer les partis impuissants, la colère non maîtrisable etles infiltrations manipulatrices. Avec des abeilles, on est sûr de ne pas êtrepris en traître.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kamel Daoud
Source : www.lequotidien-oran.com