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RUINES ROMAINES DE TIPASA Dégradation à ciel ouvert



Le gardien-guide se penche et ramasse entre deux vieilles pierres datant de l'époque romaine un sachet rempli de détritus. Il a passé la journée à surveiller les visiteurs sans pour autant arriver à freiner les atteintes au site des ruines de Tipasa, classées patrimoine mondial de l'Unesco et donc censées être protégées et préservées.
F.-Zohra B. - Alger ( Le Soir) - Ruines romaines de Tipasa, 18 heures. Les lieux connaissant une importante affluence en dépit de l'heure avancée de la journée. Entre visiteurs du site classé, familles venues pique-niquer et baigneurs, les gardiens ne savent plus où donner de la tête. Ils tentent tant bien que mal de sensibiliser sur la fragilité des vestiges romains. En vain. La plus grande partie des visiteurs n'ont en cure, intéressés qu'ils sont plutôt par l'idée d'une sortie en famille ou en couple le week-end. A l'entrée du site, les gardiens distribuent machinalement les tickets, vérifiant juste le passage de quelques jeunes soupçonnés d'avoir une allure douteuse : «Il y a des agressions, et certains n'ont rien à faire ici», dit un des gardiens. Même à cette heure de la journée, les visiteurs continuent d'affluer. Des panneaux à l'entrée donnent des indications historiques sur les lieux, et d'autres affichent certaines interdictions comme celles de respecter le silence des lieux, de ne pas s'adonner à la dégradation ou tout simplement interdisent les photos. Aucune de ces consignes n'est pourtant respectée par les visiteurs et d'autres atteintes plus graves sont facilement observables sur les lieux. Des gardiens dépendant du ministère de la Culture, qui peuvent donc aussi orienter et informer les visiteurs, sont postés sur place. Ils observent de loin le comportement des visiteurs. Ces derniers ne semblent même pas remarquer leur présence. «Nous sommes là jusqu'à 19 heures, et peu de visiteurs font appel à nous pour avoir des informations sur ces lieux exceptionnels et uniques. Nous devons cependant souvent intervenir pour mettre fin à des comportements inadmissible», explique un des guides. Il se proposera d'ailleurs de prendre en charge un groupe de femmes pour leur servir de guide. Il les guidera à l'intérieur du site, faisant revivre pour elles la réalité des lieux telle qu'elle a été à l'époque où les romains régnaient en maîtres. Pour les visiteuses, le temps s'est arrêté l'espace d'une heure, et les lieux ont repris vie. Les villas romaines, les thermes, les avenues dallées, le passage des chars, les activités commerciales dans les échoppes de l'époque : elles se sont familiarisées avec un mode de vie particulier. Ces détails, la majorité des visiteurs ne les connaissent pas, et ne semblent pas s'y intéresser, comme le précise le guide. Occupés qu'ils sont à prendre des poses devant les murs anciens ou tout simplement à faire honneur à un repas sur place, piétinant au passage des siècles d'histoire. Car les ruines romaines de Tipasa, précisent les guides, et en dépit des interdictions, servent souvent de lieu de pique-nique. Et une fois les repas achevés, rares sont les visiteurs qui nettoient derrière eux ou reprennent avec eux les reliefs de leurs collations : tout est laissé sur place au grand dam des gardiens qui n'arrivent plus à contenir les actions de dégradation des vestiges anciens. «Je passe la journée à rassembler des sachets d'ordures ou des morceaux de pain rassis. Nous tentons de sensibiliser les visiteurs, en vain. A la fin de la journée, nous nous retrouvons avec un amoncellement de détritus», s'indigne notre interlocuteur, notant au passage que la situation empire durant la saison estivale. La petite crique en contrebas des ruines devient alors une plage fortement fréquentée alors qu'elle est interdite à la baignade, étant située sur un site protégé. Mais cela ne décourage pas les baigneurs qui s'installent pour la journée et traversent deux fois par jour le site pour aller et revenir vers la crique. «Nous avons beau leur expliquer que la baignade est interdite, les estivants ne veulent rien savoir. Ceci sans compter que le site est dangereux pour les baigneurs, expliquent les guides. L'un d'eux continue de guider son groupe de femmes à travers les ruines, les familiarisant avec le mode de vie de l'époque. Elles découvriront ainsi un lieu à portée du regard et auquel pourtant peu de visiteurs s'intéressent. Il s'agit d'un bassin situé au milieu des thermes. Sur un des murs de la petite piscine se profilent les restes d'une fresque presque intacte. On peut y voir la silhouette d'un homme peinte en rouge sur un fond vert, «celle-là même qui devait recouvrir les murs du lieu où se retrouvaient les visiteurs venus se baigner mais aussi évoquer les potins et le quotidien de la cité de l'époque», commente le guide. Il profite de son passage par les thermes pour ramasser des bouteilles et des pots de yaourt vides abandonnés par des visiteurs. Alors que le soleil disparaît à l'horizon, les lieux commencent à se vider de leurs visiteurs. Une période de répit, l'espace d'une nuit, avant que les portes des ruines romaines ne soient rouvertes le lendemain et que commence une autre journée pendant laquelle le site sera de nouveau exposé aux atteintes. Les guides sur place, en nombre réduit par rapport à l'afflux important en saison estivale, sont le seul rempart censé protéger le site historique.
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