Dans quel pays trouve-t-on une cité des 3084 Logements, avec cette précision machiavélique des unités, digne d'un huissier de justice ? Ou encore un lycée des 720 ? Ou une rue 4 ? A tel point que, par accoutumance sans doute, il en est pour dire « boulevard Cinq » au lieu de Mohammed V. La dépersonnalisation de l'environnement est une autre manière d'abaisser l'individu en le noyant dans un magma chiffré, ultime stade avant le matricule. Mostefa Lacheraf nous a laissé un livre majeur intitulé Des noms et des lieux. A lui seul, ce titre est un ouvrage. Il fait penser à notre incapacité à donner des noms à nos lieux, comme à donner du sens à nos espaces. Pour la seule wilaya d'Alger, près de 470 infrastructures, rues et espaces ont été recensés comme anonymes, dont 334 établissements scolaires et de formation, 121 places, rues et cités et 13 secteurs sanitaires. La commission en charge a lancé un appel à propositions auprès des structures de la culture, de la santé... Pensera-t-on cette fois aux artistes et aux écrivains disparus ? A cette honte sans nom qui fait qu'un Hadj M'hamed El Anka ne dispose pas d'une impasse dans la ville qu'il a incarnée ? Lui comme tant d'autres dont nous pourrions remplir au moins une page de journal en petits caractères ! Lacheraf déjà, puisqu'on en parlait, Issiakhem, Hasnaoui, Ben Guittoun, Anna Greki, Missoum, Benhaddouga, Cheikh Khaldi, Djamel Amrani, Aïssa Djermouni, Bouamari, Mohand Ou M'hand, Alloula, Rouiched, Khadda, Guerrouabi, Hadj M'rizek, Bali, Benaboura, Cheikha Tetma, Malek Bouguermouh, Mohammed Dib, Fadela Dzirya, Temmam, Ali Maâchi, Iguerbouchène, Boumehdi et cætera ! Après avoir rasé les murs de leur vivant, nos artistes ne pourraient-ils pas y figurer, une fois morts, par une petite plaque qui serait, tel le petit pas d'Amstrong « alunissant », un grand pas pour notre société ? Il a fallu qu'un ministre de la culture soit le fils de Moufdi Zakaria pour que le palais de la culture prenne le nom de l'auteur de notre hymne national ! Sincèrement, après en avoir été offusqué, et en le restant sur le principe, il nous semble qu'il a agi en digne fils? de l'Algérie car, sans cela, jamais peut-être le père de Qassaman n'aurait trouvé de lieu symbolique en son propre pays. Comment se fait-il enfin qu'il y ait plus de grands hommes d'art, de lettres et de sciences dans les discours du président de la République que dans toutes les rues et places d'Algérie ? On se demandera après comment les lieux innommés deviennent innommables !
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ameziane Ferhani
Source : www.elwatan.com