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Rien ne se perd



Rien ne se perd
Nous devons la fable à La Fontaine, mais l'histoire de la cigale et de la fourmi est éternelle. Sauf que parfois, c'est la cigale, réputée insoucieuse, fantasque, sinon frivole, qui l'emporte sur l'insecte censé être laborieux, prévoyant, sinon avare. C'est du moins ce qu'il paraît en Algérie où, en ces temps de baril maigre, les artistes dament symboliquement le pion à ceux qui gèrent nos vies.En 2012, alors que le pétrole bouclait sa quatrième année de prix record sur des cimes dépassant les 120 dollars, des plasticiens organisaient à Alger ? comme un signe ? une exposition intitulée Récup'Art. A partir du bric-à-brac des déchets urbains, d'objets vagabonds non identifiés, de pièces de rechange automobile ou autres, de bouts de bois et de plastique, de boulons et de boutons, ils réalisaient des ?uvres étonnantes, faute d'être toutes admirables. Ce concept créatif n'est pas nouveau. On en retrouve des traces loin dans l'histoire. Mais il a lui-même la particularité de pouvoir être recyclé à l'infini et d'être donc renouvelable. Picasso fut l'un des précurseurs de cette pratique artistique parfois nommée Up'cycling. D'autres la développèrent aussi : les Dadaïstes, les Nouveaux Réalistes, le courant du Pop Art?En Algérie, le mouvement Aouchem, créé en 1967, a en partie pratiqué l'art du recyclage. L'artiste Aïcha Haddad, décédée en 2005, s'était lancée sur la voie à la fin de sa vie.On peut voir au Musée national des Beaux-arts d'Alger l'arbre qu'elle avait ainsi créé avec des clés à molette. Aujourd'hui, Mohamed Massen s'est distingué dans le genre, développant une expression où la dérision n'est pas en reste, et s'est amusé à l'algérianiser en Khord'Art, la khorda désignant en dialectal l'ensemble des objets devenus inutiles et encombrants. De nombreux jeunes créateurs et créatrices, férus d'art contemporain, utilisent aussi les ressources de la récupération-création. Et, jusqu'au 29 novembre, au Palais de la culture d'Alger, le Festival national de la création féminine reprend le concept de Récup'Art. Vous pourrez y rencontrer une habitante de Ouargla qui crée des objets avec des résidus de palmiers, ou cette autre qui récupère les chutes de papier des imprimeries pour en faire par exemple des instruments de musique, et d'autres encore qui viennent rappeler la longue tradition des femmes algériennes en la matière.Tout cela est bien joli, diront certains. Pas seulement, peut-on répondre à ces esprits chagrins. Il y a là une expression créatrice mais également un message écologique, éthique, économique et sans doute politique, au sens initial du mot lié à la Cité. Le grand chimiste et penseur Lavoisier affirmait au XVIIIe siècle : «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». Il recyclait la pensée du philosophe antique Anaxagore : «Rien ne naît ni ne périt, mais des choses existantes se combinent et se séparent de nouveau». Eh bien oui, comme les fables, les bonnes idées demeurent éternelles.
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