Alger

Rien n'a changé après la rencontre de l'Opep: Oran se perd dans ses problèmes



A un peu moins d'un mois après la rencontre des ministres de l'Opep et de la visite présidentielle qui ont fait sortir Oran de sa bulle régionale, la ville est retombée dans sa morosité habituelle. Les espoirs les plus fous nés du rendez-vous du cartel de pétrole se sont rapidement estompés après un réveil aux allures de gueule de bois qui a pris à la gorge le million d'Oranais rattrapé par la désillusion et la réalité du béton. En effet, personne n'osait imaginer les lendemains de la ville après une opération de charme initiée par les gestionnaires locaux à grand renfort de milliards d'Alger et de Sonatrach. Les opérations de relookage, les ravalements de façades, la tournée de bitume pour les artères défoncées de la cité ont vite fait de montrer leurs limites et la ville de se réapproprier son statut de grand douar.

Au-delà de son aspect urbanistique qui hésite entre un gigantesque bidonville et un ensemble architectural rappelant vaguement la période cubique de Picasso, Oran s'offre, en prime, la palme de la ville la plus sale dans la géographie nationale. Un constat, certes sévère, mais qui répond au quotidien local de la cité et de ses communes satellites, et qui se résume à un chapelet de reproches et de critiques à l'encontre de responsables accusés de ne pas anticiper sur les problèmes de la ville. D'ailleurs, l'impression générale qui se dégage est qu'Oran n'a jamais vécu une telle situation de laisser-aller et ils ne sont pas rares les citoyens à s'interroger sérieusement sur le proche devenir de leur cité. « C'est beau de construire des tours, des hôtels et de mettre en service le tramway, mais le plus urgent n'est-il pas d'améliorer le cadre de vie immédiat du citoyen», dira Mahieddine, chauffeur de taxi qui venait de sortir d'un rendez-vous avec le mécanicien. «Regardez ma bagnole, elle n'a pas encore quatre ans et que je dois revoir toute la suspension», finira-t-il par lâcher, visiblement excédé.

L'état déplorable des routes d'Oran est devenu, par la force de la dégradation continuelle et chronique de son tapis et la répétition des opérations de rafistolage, le sujet de prédilection de tout un chacun. Et le dépit n'est plus l'exclusivité des automobilistes mais le sentiment de révolte est général. Aucune rue n'est épargnée, à croire que le bitumage de circonstance effectué à la hâte n'avait de durée de vie que le temps de séjour des délégations de l'Opep et de Bouteflika à l'intérieur des murs de la ville. «Ce ne sont plus les dos d'âne ou les nids-de-poule habituels mais on parle bel et bien de véritables tranchées creusées par les eaux de pluie», racontera Boumediene, chef de service dans une administration publique. Pour lui, il est impératif de revoir tous les travaux qui ont été effectués et de demander des comptes aux entreprises responsables en cas de défectuosité constatée. Le vieux bâti, l'une des préoccupations majeures de la ville tient perpétuellement en haleine administration et administrés et il se murmure qu'on ne doit l'absence de morts qu'à la volonté divine. La saleté ambiante est également aux rayons des remarques acerbes d'une population certes complice dans l'état de clochardisation de la ville. «L'incivisme de nos concitoyens n'est pas étranger à l'état de délabrement qui caractérise Oran», analysera N., responsable local, qui ajoutera qu'il est facile de critiquer les gestionnaires en l'absence de toute culture citoyenne. Le débat est ainsi posé en terme de responsabilité, mais les solutions à trouver semblent en panne de paternité. A défaut de toute éclaircie dans le ciel local, la rue comme toujours a fini par s'approprier le problème pour lui donner un aspect plus romanesque. Ainsi, les bruits relayés par la vox populi ont fait sortir le président de la République de son lieu de résidence oranais, à 4 h du matin, et l'ont accompagné dans sa tournée à travers les quartiers de la ville.

Une visite qui n'avait rien de guidée et qui a mis le président dans tous ses états. Cette version, vue et revisitée, est sérieusement considérée par les Oranais qui y voient quelque part comme un signe annonciateur de la fin de leurs problèmes. Des voix plus «regardantes» décrypteront dans l'un des discours du Premier ministre la volonté d'Alger de revoir ses copies à Oran.

Quoi qu'il en soit, et loin des considérations qui leur sont étrangères, les Oranais continuent de slalomer à travers des cratères d'obus, priant pour que ni le vent ne souffle trop fort, ni la pluie ne tombe en cascade pour éviter de vivre d'autres mésaventures.


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