Jusqu’où ira Sarkozy ?
Le nouveau président français a encore récidivé, vendredi à Dakar, il continue de refuser toute idée de «repentance» de la part de l’ancienne puissance coloniale.
Il reconnaîtra, cela dit, que la colonisation fut une «grande faute». Dans son discours à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sarkozy appellera les Africains à «ne pas ressasser le passé colonial et à s’engager vers la bonne gouvernance». Il affirmera ainsi que «la colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique», citant les guerres, les génocides, la corruption, les gaspillages. Ainsi, à l’entendre, les Africains ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes. D’ailleurs, ce ton passablement paternaliste emprunté, une fois encore, par un locataire du palais de l’Elysée ne passera pas ici inaperçu. On ne peut, certes, pas parler raisonnablement de «rupture» tant ce discours moralisateur de la part de l’ancienne puissance coloniale est devenu, aujourd’hui, insupportable dans les oreilles de nombre d’Africains qui, il est vrai, subissent, de plein fouet, les affres de la misère et de la corruption. Et pourtant, de vives critiques ne manqueront pas de fuser pour fustiger ce «donneur de leçons, new look «. Il en va ainsi pour le président de la Commission de l’Union africaine (UA), l’ancien président du Mali, Alpha Oumar Konaré, qui juge sévèrement, dans une interview à la radio RFI, les déclarations du jeune président français. «Ce discours n’est pas neuf dans le fond, il rappelle des déclarations fort anciennes, d’une autre époque, (...) qu’une bonne partie du retard de l’Afrique est liée à cela (colonialisme, ndlr) et cette réalité, je suis sûr que le président (Sarkozy, ndlr) la sait, (...) personne n’a le droit de la nier, et cela n’a rien à voir avec la repentance». Cette exigence de mémoire ne peut pas être simplement le fait des Africains. «Je le dis clairement, cette page, nous ne la déchirerons jamais». En Algérie, où Sarkozy avait tenu récemment des propos similaires, l’Organisation Nationale des Moudjahidine (ONM) a rappelé dans un communiqué «plus que jamais que seul un pardon au peuple algérien est de nature à permettre de tourner la tragique page du passé pour entrevoir une coopération saine pour le bien des deux peuples». Et comme pour enfoncer le clou, l’ONM précise sa pensée dans des termes on ne peut plus clair. «Il est illusoire de croire à un partenariat constructif entre les deux pays qui se construirait sur la négation des faits historiques». La presse sénégalaise qui n’était pas, hier, en reste a, d’emblée, qualifié Sarkozy de «nouveau missionnaire». La presse algérienne avait adopté, elle, rappelle-t-on, un ton beaucoup plus réservé.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com