Alger - Revue de Presse

Retour du pays au chauvinisme primaire



Retour du pays au chauvinisme primaire
Mercredi 18, aéroport du Caire. Je bous d'impatience de mettre le pied dans l'avion et de rentrer au bled après douze jours passés dans la capitale égyptienne. Les derniers jours ont été extrêmement pénibles sur le plan psychologique. Et pour cause, la haine de l'Algérien avait atteint des summums inimaginables. J'attends pendant près de trois heures, mais le vol sur Alger n'est toujours pas annoncé. A deux heures de l'embarquement, je me rends compte que je me suis trompé de terminal. Course contre la montre. Il faut rejoindre l'ancien aéroport au plus vite. Arrivé au hall des départs, le tableau d'affichage annonce que le vol sur Alger est annulé. Catastrophe. Je ne me vois pas du tout rentrer à l'hôtel et passer une nuit ou un jour de plus ici.A quelques heures de la rencontrePar chance, je finis par rencontrer une cons'ur de Liberté. Nous convenons tous les deux qu'il est hors de question de rester une nuit de plus au Caire quitte à prendre un billet pour Tunis, Rabat, Paris ou ailleurs. Le match de Khartoum va se jouer dans quatre ou cinq heures et si les Algériens en sortent vainqueurs, il n'est pas très difficile d'imaginer les conséquences pour les compatriotes qui sont bloqués sous ces latitudes peu hospitalières. Des heures pénibles en perspective. Il faut gérer le stress du voyage et celui du match. Un vol sur Alger est annoncé pour 20h, heure locale, mais il n'est pas encore confirmé. Des Algériens lâchés par leur agence de voyages attendent désespérément un hypothétique embarquement. Une escouade de policiers en tenue et en civil tente de les convaincre de rentrer à leur hôtel en attendant une solution. Ils refusent obstinément de quitter l'aéroport. Le chef de l'agence d'Air Algérie finit par montrer le bout de son nez. Sous l'arbitrage des policiers égyptiens, la confrontation est dure entre le responsable d'Air Algérie et les compatriotes qui tiennent absolument à rentrer au bled. Les choses finissent par se tasser, mais l'attente est encore très longue. Le vol est enfin confirmé. Parmi les voyageurs, beaucoup d'étudiants installés depuis deux ou trois ans au Caire. Leurs bagages sont lourds de livres et de fascicules. Tout le monde est accroché à son téléphone ou à son micro pour avoir des nouvelles. Nous embarquons enfin au moment où le match commence. J'ai les pieds au Caire, la tête à Khartoum et le c'ur en Algérie. A quelques secondes du décollage, le but algérien est annoncé. L'avion tangue comme un bateau ivre de joie et de bonheur. L'équipage a bien du mal à ramener le calme pour enfin décoller. Peu de personnes osent toucher au repas que les hôtesses nous servent aimablement.La bonne nouvelleLes estomacs et les gorges sont noués. A 11 000 m d'altitude, quelque part au-dessus du désert de Libye, l'équipage nous annonce que l'Algérie a définitivement gagné. Pleurs, cris de joie, chants et drapeaux déployés. Nous sommes au septième ciel. Double bonheur : nous avons quitté Le Caire et en vainqueurs ! Jamais de ma vie je n'ai souhaité autant que l'équipe nationale gagne un match. Ce séjour, on peut le partager en deux. Il y a eu l'avant-match et l'après-match. Les premiers jours qui ont suivi mon arrivée au Caire, le 6 novembre, je suis étonné par le calme des Egyptiens qui ne donnent pas vraiment l'impression d'être emballés par le match du 14. Les rues sont calmes, point d'attroupements ni de drapeaux. Les Cairotes semblent plus préoccupés par les problèmes de la vie quotidienne que par les schémas tactiques de Shehata. Tous ceux que nous avons rencontrés admettent volontiers que les chances de l'équipe algérienne sont meilleures que celles de leur équipe et que passer trois buts aux coéquipiers de Karim Ziani relève plus du miracle que du réalisme. Peuple très croyant, les Egyptiens prient sans cesse Dieu de leur accorder la victoire. Aucune animosité dans le propos quand ils se retrouvent face à un Algérien. « Bienvenue dans votre deuxième pays et que le meilleur gagne », nous disaient-ils. Au fur et à mesure que le match approchait, les dernières poches d'objectivité disparaissaient dans les médias égyptiens pour laisser place au chauvinisme le plus primaire. A la haine pure et dure. Les médias avaient compris que sans le soutien d'un public chauffé à blanc, point de victoire. Il fallait arriver à fabriquer ce fameux « stade de la terreur » qui devait déstabiliser l'ennemi algérien. Le résultat de cette campagne hystérique, de cette politique de la terreur, tout le monde l'aura vu sur les visages de Halliche, Lemouchia, Saïfi et consorts. Le lendemain, la presse égyptienne comme un seul homme a repris sans vergogne la thèse de la « mise en scène algérienne ». A partir de cet instant, l'escalade verbale ne s'est pas arrêtée un seul instant. Ce ne fut plus que mensonges, tromperies et flagrants partis pris.Les médias egyptiens toujours aussi acerbes Je vous avoue que trois jours avant mon départ, il m'était extrêmement pénible de feuilleter un journal égyptien si ce n'est par réflexe professionnel. Quant aux chaînes satellitaires, cela était au-dessus de mes forces de les regarder. Le soir, je préférais courir les steppes afghanes avec les Cavaliers de Joseph Kessel pour échapper aux charges de Amrou Adib, El Ghandour, Oustaz Brahim et autres corsaires du Nil qui avaient fait de l'insulte aux Algériens un inépuisable fonds de commerce. Tant de haine et de bêtises ne pouvaient déboucher que sur un public assoiffé de casser de l'Algérien avec, de surcroît, la bénédiction des services de sécurité égyptiens. Les policiers chargés de « veiller à la sécurité » des supporters algériens escortaient leurs bus jusqu'au milieu des foules égyptiennes avant de les livrer à leur fureur. A partir de cette soirée-là, les meutes étaient lâchées et la pseudo-fraternité arabe a volé en éclats. Les jours qui ont suivi la tension était allée crescendo. Il n'était plus recommandé de se dire algérien. Plus de politesse feinte ni de propos mielleux. Un point de non-retour a été définitivement franchi. Le jour de mon départ, je quitte l'hôtel aux alentours de 9h du matin. Voyant mes bagages en main, le policier « chargé de ma sécurité » veut savoir si je me rends en Algérie ou au Soudan. Il m'arrête un taxi, mais une voiture de la police arrive tout de suite après avec à son bord trois officiers. Ils veulent connaître la destination, l'heure et le numéro du vol. La voiture suit le taxi jusqu'à l'aéroport. En fait, la cause de tant de sollicitude n'allez pas la chercher dans une quelconque mission de protection. Ce qu'il faut savoir, c'est que les journalistes algériens sont des témoins gênants dont les Egyptiens sont contents de se débarrasser. C'est eux qui ont contrecarré la formidable machine de propagande égyptienne et donné des images réelles de ce qui s'est passé au Caire. Maintenant qu'ils ont débarrassé le plancher, si des Algériens sont tabassés, molestés ou même tués, personne ne le saura. Ne comptez surtout pas sur les Egyptiens pour vous le dire. Je suis arrivé en journaliste curieux de connaître un peuple et une civilisation. Mission principale : couvrir un match de foot. Je suis revenu à Alger avec l'impression d'avoir couvert une guerre ouverte mais non déclarée. Je profite quand même de la tribune qui m'est offerte pour remercier les Egyptiens d'avoir réveillé, à leur corps défendant et bien malgré eux, la fierté algérienne et d'avoir permis aux Algériens de retrouver le véritable socle de leur identité.
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