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Repère



Repère
L'Algérie du 4e mandat de Bouteflika se décline à travers ces deux images contrastées qui rendent la visibilité politique difficile pour les partenaires étrangers.La première, institutionnelle, alimentée par toute cette débauche d'énergie et d'activités officielles à travers la multiplication des audiences du président de la République et le ballet incessant de visites de délégations étrangères en Algérie ; l'objectif étant de faire passer le message selon lequel le pays, sous la houlette de Bouteflika, est engagé dans une dynamique de développement tous azimuts.Cependant, cette image officielle de «l'Algérie utile», laborieuse, qui respire le travail, la mobilisation, le développement et le progrès social, est battue en brèche par les échos aux accents moins jubilatoires qui parviennent de la classe politique, de la société civile et de l'Algérie profonde. C'est cette autre facette de l'Algérie profonde tourmentée, envahie plus que jamais par le doute, livrée à la contestation de la rue faute de canaux de dialogue et d'écoute dans tous les segments de la vie de la société que l'opposition, les syndicats autonomes, les citoyens (structurés ou non) renvoient.Triste destin que celui de l'Algérie de la glorieuse Révolution de Novembre qui voit, plus d'un demi-siècle après l'indépendance chèrement acquise, ses enfants se nourrir des poubelles, ses malades atteints de cancer ne pas survivre aux promesses des autorités de réceptionner de nouveaux accélérateurs ! Quand le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, annonce doctement, en évoquant le dossier du gaz de schiste, que «nous savons où nous allons», la vox populi et l'opposition lui rétorquent avec le même aplomb : «Nous allons droit dans le mur.»Quand on a un avis tranché, comme le fait le pouvoir qui ne conçoit le dialogue et la concertation que comme un moyen de légitimation de tout ce qui vient de lui et rien d'autre, cela ne saurait fatalement conduire qu'à l'impasse et à l'escalade avec les forces vives de la société. Ce climat de confrontation fait le jeu de l'opposition, qui se nourrit et se construit sur les ruines du pouvoir et sa désagrégation continue.Plus la contestation sociale grandit et se prolonge, plus l'opposition bonifie ses dividendes politiques. Progressivement, l'opposition regroupée autour de la CLTD est en train de marquer des points et de gagner du terrain. Le test concluant du déplacement à In Salah de la délégation de la Coordination, qui a reçu un accueil enthousiaste par la population locale, précédé par la marche d'Alger du 24 février, marque un tournant décisif dans le sens du redéploiement et de l'ancrage populaire de l'opposition.L'opposition, qui se défend de chercher à instrumentaliser les événements d'In Salah, a réussi à gagner la confiance des citoyens là où le pouvoir, à travers ses différents démembrements ? le gouvernement, la DGS, par l'entremise de son directeur général M. Hamel, l'institution militaire ?, a échoué à ramener le calme. La crise du système a atteint un point de non-retour. A tel point que même l'institution militaire, qui s'est muée en agent économique et social en plus de ses missions constitutionnelles de garante de la stabilité du pays et de la défense nationale, ne réussit plus à faire passer ses messages.Comme en témoigne la poursuite de la contestation sur la place Somoud à In Salah en dépit des injonctions du chef de la Région militaire, à l'adresse des manifestants, de lever le sit-in. C'est là le plus grand motif d'inquiétude. Les organes de conciliation et de médiation «alternatifs» mis en branle par le pouvoir ont tous échoué dans leur tentative de calmer les esprits.Les slogans foncièrement politiques scandés hier par les manifestants à In Salah, appelant le pouvoir à dégager, ne sont qu'une suite logique de l'enlisement de ce conflit qui entre dans son troisième mois. Ce qui n'était à l'origine qu'une revendication écologique est en passe de se transformer en rejet du système. Un coup dur pour le pouvoir, qui voit désormais la contestation gagner des régions qui lui étaient traditionnellement acquises.


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