
Les Algériens ne sortent plus, sauf dans la rue. Et sur les routes. Dans la rue, ce n'est pas pour aller quelque part ou se promener, c'est juste pour errer. Sur les routes, ils ne voyagent pas, ils roulent. Les Algériens adorent rentrer à la maison le soir et près de la maison dans la journée. Ils ne sont jamais loin. D'ailleurs, quand ils «rentrent», ce n'est jamais sûr que ce soit chez eux. Si les Algériens ne sortent pas, ou ne sortent plus, cela ne veut pas dire qu'ils aiment leurs maisons. Sortir est un fantasme du passé que les plus jeunes ne peuvent même pas se rappeler, faute de l'avoir vécu.L'Algérie a déconstruit le bonheur des choses simples, la plaisir de tous les jours, la détente à portée de main. Alors, ils sont «dehors» ou ils «rentrent», ils ne sont jamais quelque part. Parce que pour être quelque part, il faut l'avoir choisi et avoir quelque chose à y faire. L'Algérien n'a jamais quelque chose à faire et ses sorties sont sans destination. Pour l'exemple, l'Algérie est le seul pays au monde où c'est le taxi et non le client qui choisit où aller. Même quand il paie, l'Algérie ne décide pas, ne choisit pas. Il subit. Il ne peut plus aller au restaurant parce que c'est trop cher, c'est rarement bon, c'est rarement propre et il n'y a pas de transport. Ou alors il n'y va pas parce que ça ne l'amuse pas.L'Algérien ne va pas au resto parce que l'Algérie est le seul pays au monde où vous êtes sommés de «choisir» entre le grand établissement guindé et la gargote sans vin. Sans transition. Il paraît qu'il y a une certaine logique à cela : en Algérie, il y a les riches et les pauvres. Ceux qui étaient au milieu ont rejoint l'une des deux catégories qui restent. Dans des proportions inégales, bien évidemment. Il y a beaucoup plus d'Algériens des classes moyennes, c'est-à-dire des Algériens «normaux» qui ont renforcé le camp des pauvres qui ont été promus au rang de riches.Mais il y en a quand même. L'Algérien ne sort pas parce qu'il n'y a pas où sortir. Toute une génération de compatriotes ne sait pas que dans la vie, parmi les plaisirs de la vie moderne et de la vie tout court, il y a quelque chose qui s'appelle «aller cinéma». Il n'y a pas de cinéma et il n'y a pas de salles.Celles qui existaient ont été détruites d'une manière ou d'une autre. Dans tous les sens du terme. Détruites d'avoir été cédées à des sandwichiers incultes et avides. Détruites d'être abandonnées par l'argent public, détruites d'être détruites, détruites tout court.A Alger, la capitale d'un grand pays d'Afrique du nord et du sud de la Méditerranée, il y a un seul théâtre. Enfin, appelons-le ainsi, puisqu'il y a longtemps, il a accueilli des spectacles. Dans une autre vie, on y jouait des pièces, des opéras et des danses. Maintenant, on y organise des? festivals. Il n'y a pas de discothèques. Danser est une hérésie, y penser est dérisoire. On ne peut pas sortir, il faut rentrer.N'importe où mais rentrer. Pour rentrer vraiment, il faut aimer sa maison. Sinon, il faut rester dehors, puisqu'on ne peut aller nulle part.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com