
Le roman algérien est l'intitulé de l'?uvre écrite et produite par l'artiste Katia Kameli et sortie à l'occasion de l'exposition «Made in Algeria» que l'on peut découvrir jusqu'au 2 mai au Mucem à Marseille (France).«Le roman algérien est une expression que je me suis appropriée de Mohamed Harbi, l'historien. Parce qu'il m'a toujours semblé qu'il y avait une histoire officielle en Algérie, en tout cas, qui est diffusée dans les écoles, et que les Algériens avaient de gros blancs sur leur propre histoire», a confié l'artiste. Katia Kameli a eu besoin de savoir, de connaître et d'allerau-delà d'une histoire connue ou inconnue pour le coup. Et pour ce faire, elle est allée à la rencontre d'un vendeur de cartes postales. «Il y a une partie documentaire mais ce n'est pas un documentaire. J'ai intégré des interviews assez banales avec des gens qui n'aimaient pas ça. Du coup, j'ai trouvé que cela ressemblait trop à un doc télévisuel, et puis je suis artiste. J'ai du mal à vouloir rentrer dans une case», voilà comment Katia Kameli présente de prime abord son film. Un film qui n'est pas tout à fait un documentaire mais qui, pourtant en 15 minutes, trace l'histoire d'un kiosque planté au c?ur d'Alger. Au c?ur de l'identité d'une cité qui aujourd'hui l'enveloppe irrémédiablement dans sa mémoire.Parcours d'histoires pour l'Histoire«Le roman algérien 2015. L'?il se noie» est d'abord une projection vidéo dans l'espace «Au plus près» de l'exposition. Au plus près de l'histoire de l'Algérie aussi. Katia Kameli a fait de son ?uvre une escale intemporelle dans le temps. Elle a planté son objectif sur les étals d'un homme ayant choisi son métier par la passion de son père. Vendeur de cartes postales, un métier improbable autant que l'?uvre y est associée par l'artiste. Elle est littéralement la seule à s'y être concrètement intéressée au-delà de l'achat d'un souvenir ou d'un moment de contemplation. Elle indique qu'«il vend des cartes postales du début du siècle, des images orientalistes coloniales mais aussi des reproductions de personnages comme Messali El Hadj. En fait, il s'agit de représentations de la fin du XVIIIe jusqu'au XXe siècle». C'est là où elle décide d'interroger les Algériens sur leur Histoire, leur relation avec l'image? Cette ?uvre n'est pas un documentaire sur la ville d'Alger, insiste Katia Kameli. Il s'agit pour elle de calquer un quotidien anodin à la réalité. Dans «Le roman algérien», la rumeur de la ville se fait entendre autour du kiosque. Des gens passent. Katia leur tend le micro. Elle, on ne l'entend pas. Elle a également questionné des intellectuels dont l'historien Daho Djerbal, Samir Toumi, auteur de «Alger le cri», Wassyla Tamzali?Une archive populaire?Son choix, Katia Kameli l'explique : «Daho Djerbal m'a livré par exemple deux choses différentes. Il y a d'abord le contexte historique de l'emplacement du kiosque que je n'ai pas pu utiliser dans les 15 minutes du film. Ensuite, il m'a parlé de la relation de ses étudiants avec l'image. Il appuie sur le fait, effectivement, qu'il y a des personnages historiques de la Révolution et autres qui ont été effacés. Donc cela permet aux étudiants de se faire une figuration de l'Histoire par l'image.» En clair, ces étudiants, qui ont peut-être entendu parler des noms de ces personnages, ont pu grâce notamment aux vendeurs de cartes postales, leur donner un visage. Pour Wassyla Tamzali, cet endroit, qui vend et qui vit de ces ventes, répond en fait à une demande. Des gens viennent et lui achètent des images. Pour Wassyla Tamzali comme pour Samir Toumi, ce kiosque à images n'est autre qu'un repère, souligne Katia Kameli. Un repère historique, probablement nostalgique. Pour la nostalgie, Katia reprend le propos de Wassyla Tamzali et trouve quand même étrange d'entendre encore le plus populaire des clichés «avant, c'était mieux». «Je trouve que toute cette nostalgie est très étrange.Djalila dans le film, parle de schizophrénie.» Le kiosque situé à la Grande-Poste existe depuis 30 années.C'est l'histoire de la famille Hazzoug. Le père, d'abord, était collectionneur de timbres puis plus tard de cartes postales anciennes. «Mais c'est le fils, qui a eu l'idée grâce à des enfants qui sont venus un jour lui demander la photo du révolutionnaire Si El Haoues, de faire des reproductions d'images et de photos de personnalités historiques. Des images que les gens peuvent acquérir pour la somme de 20 DA. Ils sont là les Hazzoug, inscrits dans la mémoire urbaine. Tous les jours de 8h à 16h. Les Hazzoug, on l'aura compris, représentent, selon Katia Kameli, une archive populaire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S H A
Source : www.letempsdz.com