
Le stand de l'Institut français d'Alger a accueilli mardi 1er novembre une conférence du journaliste et directeur du site Médiapart, Edwy Plenel, qui a plaidé pour le vivre-ensemble et la réconciliation entre les peuples.Devenu un invité régulier de l'Algérie, le journaliste et essayiste Edwy Plenel, dont le dernier ouvrage Voyage en terres d'espoir est paru récemment aux éditions de l'Atelier, s'est adressé mardi passé à une salle comble pour fustiger l'intolérance et l'islamophobie qui planent sur la France.S'intéressant notamment au phénomène des réfugiés, l'invité du Sila dit ne pas comprendre le leitmotiv médiatique faisant de ces personnes des intrus que « l'on devrait aider à rester chez eux».Edwy Plenel met en cause ce repli et ce refus de l'autre en lui opposant la nécessité historique du mouvement, celui des personnes qui génère naturellement celui des connaissances et des cultures : «La langue française, elle-même, est pleine de passagers clandestins et je rappelle souvent à certains interlocuteurs l'origine arabe de nombreux mots de notre quotidien !».Selon lui, les migrants ne bougent pas uniquement pour le travail mais «pour retrouver un peu de dignité, de fierté, un peu plus de bonheur et d'espoir. L'Europe qui, pendant des siècles, s'est invitée chez tout le monde sans demander l'autorisation, est mal placée pour empêcher les autres de faire mouvement alors que celui-là nous a de tout temps enrichi culturellement ». Selon lui, «on est toujours l'émigré, l'étranger de quelqu'un d'autre. J'aime souvent reprendre la phrase d'Aimé Césaire qui disait : ''Il ne faut jamais livrer le monde aux assassins d'aube . Ces assassins sont tous ceux qui nous obligent à nous renfermer, qui nous assignent à notre origine et à notre condition. Dans le débat français, les derniers attentats (Charlie Hebdo, le 13 novembre, et Nice), je rappelle régulièrement que ces jeunes devenus assassins sont aussi les enfants de la France et de son Histoire ; ils ont certes choisi une idéologie de perdition et de mort mais quelle réponse devrions-nous apporter à cette jeunesse ' L'autoritarisme et l'injonction à l'obéissance ne serviront à rien : on ne combat pas une idéologie obscure sans lui opposer un autre idéal, un autre rêve. Si une jeunesse se tourne vers la violence c'est parce qu'elle n'a pas de quoi rêver et parce qu'on ne répond pas à ses attentes, qu'elles soient sociales, démocratiques ou humaines. Je voudrai dire aussi qu'il est indigne d'utiliser ces attentats pour assimiler les musulmans aux terroristes alors que ce sont les premières victimes de par le monde de cette violence». Le conférencier, connu pour ses critiques acerbes du discours politique ambiant et notamment celui des mass-médias, invite son public à «fermer la télé et à ouvrir Médiapart pour reprendre confiance» ! Revenant sur son dernier ouvrage Voyage en terres d'espoir qui évoque le destin de personnages méconnus ou anonymes mais qui ont tout de même influé sur le cours de l'Histoire, Edwy Plenel fera l'analogie avec les acteurs de Novembre 1954 pour affirmer que l'Histoire n'est pas toujours écrite pas les vainqueurs : «Elle est écrite par ceux qui ont été vaincus dans l'instant, à l'instar des martyrs de la guerre d'Algérie, mais qui ont fini par remporter le combat et sauver l'espoir.»Son livre, dit-il, est donc un hommage aux obscurs, à tous ceux (Français et étrangers) qui, de la Révolution française à nos jours, ont combattu pour l'émancipation, refusé la fatalité, la servitude, la domination et l'injustice. «Vous y trouverez des personnages imprévus qui, à un moment, se sont dressés contre la loi du vainqueur et du dominant». Quant à ce qu'il défend précisément, le conférencier évoque l'exemple de Spartacus en tant que symbole des grandes masses créatrices de richesses et constructrices de sociétés qui, à un moment, se soulèvent contre l'injustice.A signaler que le livre, actuellement en rupture de stocks au Sila, sera prochainement disponible à la médiathèque de l'Institut français d'Alger.Concernant les relations algéro-françaises, Edwy Plenel estime que son pays doit «mettre des mots sur le passé pour que l'avenir ne soit pas celui de la concurrence des victimes, de la mémoire et des blessures qui ne se referment pas. Il ne s'agit pas de repentance mais de reconnaître que la colonisation était une erreur et une ivresse de puissance qui ont provoqué des drames et des catastrophes comme elles ont suscité des rencontres et des mouvements. Mais pour que ces liens perdurent, il faut que nous fassions la vérité sur l'Histoire et la réconciliation des mémoires».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S H
Source : www.lesoirdalgerie.com