Au moment où sous d'autres cieux, pour certains voisins, il est érigé en véritable industrie contribuant substantiellement aux PIB locaux, chez nous, le tourisme peine à décoller et à reprendre son lustre d'antan.M. Kebci - Alger (Le Soir)- Paradoxe, encore un autre : les pouvoirs publics peinent à mettre en valeur la «matière première» que suggère toute politique touristique, toute disponible, avec une diversité géographique, culturelle, archéologique, artisanale, vestimentaire et gastronomique que beaucoup de pays nous envient. Un trésor qui nous aurait fait oublier les affres de la baisse drastique des revenus des hydrocarbures avec ses corollaires, chute du pouvoir d'achat, austérité, chômage, etc.
Le tourisme est, en effet, cette véritable locomotive économique génératrice de richesses. Seulement, l'enjeu qu'il implique ne peut relever du seul secteur éponyme chargé de sa mise en œuvre qui est, dans les faits, de la responsabilité de bien d'autres secteurs et institutions, brassant bien d'aspects allant jusqu'à la mentalité du simple citoyen.
Cela pour dire que la relance du secteur du tourisme ne saurait se limiter à seulement l'aspect infrastructurel. Preuve en est que de nombreux avantages et autres facilitations ont été accordés pour le financement des projets touristiques, mais en vain.
Encore que, selon Saïd Boukhelifa, les 1200 infrastructures hôtelières que l'on ne cesse d'annoncer en projets ne sont que «paroles» puisque seulement une centaine de ces projets sont «ficelés» avec «montages financiers, assiettes foncières, emprunts bancaires et autre autorisation des services de l'urbanisme effectifs».
Manque de volonté politique
Mais alors, où se situe ce grain de sable ou ces grains de sable qui grippent le processus de relance du secteur du tourisme ' S'il est vrai qu'il accuse un grand retard en matière d'infrastructures d'accueil, le pays pèche aussi et surtout par des carences dans d'autres aspects de cette activité : l'accueil, le transport, les prix des prestations, les structures de loisirs et de divertissements, l'hygiène, disponibilité du réseau internet...
Pour cet expert international en tourisme, c'est plus la volonté politique qui «fait cruellement défaut», une volonté «textuelle mais non factuelle».
Il en veut pour preuve le fait «qu'en 2014, à l'entame de la dégringolade des cours de l'or noir, le président de la République ordonnait à son Premier ministre de l'époque de se tourner vers l'agriculture et le tourisme.
Sauf qu'au remaniement du gouvernement qui a suivi, le ministère du Tourisme est rattaché à celui de l'Environnement au lieu de le renforcer et revoir à la hausse son budget, le plus faible de tous les départements ministériels, qui ne cessait de baisser».
Autre facette de cette absence de volonté politique de relancer le tourisme, le fait, ajoutera-t-il, de confier sa destinée à des ministres du courant islamiste des années durant, ce qui a fait qu'au lieu de constituer le moteur de la croissance économique avec davantage de postes d'emplois, le secteur a, au contraire, régressé au gré de la récession de la mentalité des Algériens, de plus en plus réfractaires et intolérants jusqu'à l'idée touristique, synonyme, selon eux, de «déviation» et de «dépravation».
Une régression à laquelle ces ministres islamistes ne sont pas étrangers, eux qui ont travaillé à «accentuer» leur idéologie.
D'où toute la difficulté à inverser la donne et à redonner au tourisme ses années d'or, affirmera Boukhelifa pour qui l'urgence est de réorienter l'intérêt vers le sud et les montagnes où les mentalités sont beaucoup plus attractives et où il est même aisé de faire la promotion du tourisme solidaire où le touriste est accueilli dans une famille avec toute l'originalité que cela suggère.
La formation, ce talon d'Achille
Pour sa part, Ahmed Oulbachir, de la Fédération nationale des hôteliers, mettra le doigt sur d'autres facettes qui font la léthargie du tourisme dans le pays. Entre autres, les réformes qui tardent, la bureaucratie qui freine ces dernières.
Et d'aller au fond de la problématique, à savoir que le tourisme est un tout qui «démarre, selon lui, de l'aéroport, du port ou du poste-frontalier et passe par nombre d'étapes, douanes, transports, hôtels».
Ce qui, ajoutera-t-il, suppose une «formation» de tous ces nombreux intervenants. Notamment au niveau des infrastructures hôtelières. A ce sujet, notre vis-à-vis se félicite de l'ouverture, ces derniers temps, d'écoles privées ou publiques de formation du personnel.
Comme celle de l'Ecole supérieure de la restauration et de l'hôtellerie d'Alger (Aïn Benian), en 2015, avec le parrainage académique de la prestigieuse école de Lausanne.
Sauf que Boukhelifa estimera «qu'il n'y a pas assez d'établissements publics ou privés de formation des métiers du tourisme en Algérie», relevant, par ailleurs, «le niveau bas, obsolète, dépassé voire lamentable» de la formation dispensée dans la majorité de ces établissements.
Pour Oulbachir qui a aussi et surtout mis le doigt sur les mentalités qui doivent impérativement évoluer, il est judicieux de «mettre le cap sur le grand Sahara, véritable trésor que beaucoup de nos compatriotes qui l'ignorent doivent découvrir».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M K
Source : www.lesoirdalgerie.com