
Si, de manière générale, les réformes sont faites pour corriger, améliorer des situations ou faire progresser le pays dans un domaine ou un autre, celles promises en 2011 et engagées un an après marquent un spectaculaire bond en arrière. On en sait quelque chose depuis la nouvelle loi sur les partis politiques et celle, plus récente, qui entend codifier les activités du secteur de l'information. Et la loi sur les associations confirme ce constat de régression, dressé unanimement aussi bien par les animateurs du mouvement associatif eux-mêmes que par les spécialistes et les défenseurs des droits de l'Homme et des libertés.Il ne s'agit pas de remettre en cause le principe de la traçabilité et de la transparence des financements dont pourraient bénéficier les associations, même si l'on aurait aimé que cette rigueur du contrôle financier soit de mise ailleurs et surtout dans la gestion des deniers publics. Si tel était le cas, l'Algérie serait classée aujourd'hui dans une position un peu moins honteuse en matière de corruption. Les limites imposées aux associations visent, en réalité, à réduire leur capacité d'action. Plutôt leur "capacité de nuisance".Voilà donc un texte qui se propose d'interdire aux associations de s'intéresser aux "questions intérieures au pays" ! Cette formulation ubuesque de l'interdit, à elle seule, est révélatrice d'un malaise que nos "réformateurs" cachent mal. Mais aussi de leurs intentions : limiter de façon drastique le champ d'action des associations. De telle sorte qu'une organisation citoyenne de lutte pour la préservation de l'environnement, par exemple, n'ait pas droit au chapitre dans la conception des politiques publiques initiées dans ce domaine ou dans l'évaluation de leur pertinence. Idem pour une association d'aide aux malades qui se voit, de fait, interdite d'avis sur notre système de santé et sur les actions que le gouvernement entreprendrait pour remédier au marasme qui ronge le secteur. Le gouvernement ne verrait sans doute pas d'inconvénient si ces associations s'occupaient plus de météo que de leur objet.Cette régression qui intervient dans le prolongement des révoltes populaires en cours dans beaucoup de pays voisins révèle et perpétue la minoration et l'exclusion des citoyens de débats qui les concerne au premier chef. Elle trahit aussi la tendance d'un pouvoir qui, n'obéissant qu'à son instinct de survie, se recroqueville sur lui-même et s'enferme davantage.NomAdresse email
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Saïd Chekri
Source : www.liberte-algerie.com