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Regard sur l'Algérie d'hier et d'aujourd'hui



Regard sur l'Algérie d'hier et d'aujourd'hui
Partie II - Le P/FLN en question Entre les réformateurs du Parti, qui ne veulent pas être traités de fossoyeurs du FLN, et les continuateurs, qui ne concèdent aucune erreur, la difficulté est de prendre un nouveau cap politique afin de sortir du triangle des Bermudes d'un projet de société imprécis (l'ordre religieux prime l'ordre civil et social) où toute solution pose un problème chaque fois plus large à résoudre que celui auquel répondait la solution (notamment, pas d'arbitrage social entre revenus, répartition, dépenses).Voilà pourquoi tant de déclarations et d'analyses contraires et passionnées obscurcissent les débats à propos du P/FLN. Ainsi, par exemple, la première volonté des indépendantistes avait été d'instruire le peuple et de restaurer la culture arabo-islamique mise à mal par la colonisation (Cf. textes fondamentaux plus haut).Or, ce qui est souvent dénoncé, plus de 50 ans après l'indépendance, c'est l'inculture qui recouvre le pays et la langue de bois qui la masque. Les anciens étudiants se souviennent de la brutalité de ce chef du Parti qui déclarait, ironique, lors de l'inauguration de la Foire d'Alger : «La Foire, c'est l'Algérie, l'Algérie c'est la foire»; ou encore, «L'Algérie était au bord du gouffre, heureusement elle a fait un bond en avant.» Le Président de la République s'est lui-même insurgé contre la dévalorisation des diplômes du primaire au supérieur, diplômes octroyés sans effort méritoire et dans un culte élitiste de façade encouragé par de hauts responsables en mal de diplômes, obtenant des titres plus monnayés que mérités pour faire bonne figure en réunion ou côté Fonction publique. En 1976, un inspecteur d'enseignement se déclarait affligé par la faiblesse de niveau de l'encadrement pédagogique des écoles et collèges. En 1978, un chef d'établissement scolaire qualifiait sévèrement l'université d'Alger de «CEG de la rue Didouche Mourad». Des militants sincères se sont indignés à tort de ces reproches, convaincus que la pensée officielle était au service du bien public. Mais, depuis, les rénovateurs ont souhaité prendre leurs distances avec les islamistes arabophones jugés responsables de l'abaissement des niveaux. Ces derniers auraient agi au sein du Parti, non pas pour enrichir et préserver le projet culturel des indépendantistes, mais pour déraciner la culture française et la sphère sociale des francisant qualifiées de colonialistes (qui dominaient le gisement des emplois qualifiés), en prônant l'arabisation comme une contre-culture et en réduisant la création artistique à la copie de modèles étrangers. Les islamistes du P/FLN se seraient enfermés dans un univers que ses références et ses repères mettent à côté de l'univers réel et du rationalisme. L'officialisation de la langue amazighe n'a pas non plus épargné les partisans de l'arabisation totale incapables de comprendre qu'une langue n'est supérieure à une autre qu'à condition d'assimiler ou de s'approprier les valeurs essentielles de l'autre langue. Ainsi, beaucoup de ceux qui étaient imprégnés des exigences de la restauration des valeurs arabo-islamiques lors de la lutte de libération nationale avouent, maintenant, que leur engagement comportait une large part d'affectif et d'irrationnel et que donc, leur attachement et leur fidélité au nationalisme l'avaient emporté sur des choix philosophiques peu formulés à l'époque. Le désenchantement pourrait s'examiner au regard de cette opinion selon laquelle les arabisants, influencés par les mythes surfaits d'un Moyen-Orient arabe, gardien des puits de pétrole, sous tutelle anglo-saxonne, «ont fait depuis 1962, tout ce qu'il fallait pour alimenter l'anti-arabisation». Une autre vérité ressort de ces confrontations : Le P/FLN, le plus grand parti d'Algérie serait celui des ex-FLN. Entre «ex» subsisterait un puissant élan de solidarité et de fraternité qui donne encore sa raison d'être au P/FLN. Leur nostalgie écorchée par tant de déceptions renvoie à une idéalisation de l'époque de la Régence turque sublimée et exaltée pour la résistance valeureuse du bey de Constantine à l'Est, de l'émir El Mokrani au Centre, de l'émir Abd-el-Kader à l'Ouest et des tribus des Oasis au Sud. Mais, l'époque évoquée par les historiens fait, à son tour, l'impasse sur les dynasties berbères (Almoravide et Almohade), du 11e au 15 e siècle, qui ont brillé au Maghreb et en Espagne, certes bien après le royaume numide et la défaite de Jugurtha à l'époque romaine. Elle fait aussi l'impasse au Sahara sur le pays des touareg, terres de parcours des immenses caravanes de sel, jamais soumises ni au pouvoir spirituel marocain, ni ottoman, ni français. Quant à ce qui ce passe au Mzab, et qui est dû en grande partis aux négligences des cadres qui ont dirigé le pays au nom du P/FLN, il vaut mieux ne pas le développer ici pour ne pas sembler jeter de l'huile sur le feu. Mais il reste une chose qu'il faut dire. A savoir que le M'Zab n'en serait pas là aujourd'hui, s'il avait été l'objet de la même préoccupation que celle dont on bénéficier les Sahraoui (Polisario). Grand bien leur fasse et auquel on ne peut que souhaiter plein succès dans leurs combats. Tel militant du P/FLN décrit son itinéraire à partir de ses souvenirs d'enfance: militant ordinaire, fils d'émigré entré au FLN avant 1962 sous l'empire d'une aversion anticolonialiste et antiraciste. Il a quitté ensuite le Parti dans une crise intellectuelle portée par sa formation (et son régionalisme). Il y a, chez les responsables du P/FLN une «aspiration de médersa» si marquée qu'il on en imbibé leur entourage et subjugué le pays. Ils ne font que reproduire des discours marxistes puisés au Moyen-Orient et ne pense qu'à prendre le leadership du monde arabe. Il ne voit plus que c'est dans sa diversité et sa proximité avec l'Europe que l'Algérie est forte et riche. Tel autre, militant ayant vécu ou côtoyé les combats de l'anticolonialisme, se félicite, au contraire, du succès remarquable des mouvements de libération en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique engagés dans des changements profonds encouragés par le P/FLN, alors que les capitalistes se sont enfoncés dans une crise profonde et que cette évolution se poursuit à travers le monde. Le P/FLN n'est pas anachronique. «Pouvait-on mieux faire '», interroge-t-il en guise de soutien au vieux parti. Telle autre, militante féministe réfugiée en France, revendique la parité pour les femmes, mais non l'égalité avec les hommes et fustige les discriminations et la violence des islamistes. Tel autre, militant anticolonialiste, européen d'origine, s'interroge dans son témoignage sur l'intérêt de sa présence dans le mouvement national algérien désorienté par les changements du monde et déclare au journaliste qui l'interroge douter de l'utilité de son engagement. Il est regrettable d'avoir privé le pays des débats de société aux différentes étapes de la construction nationale, d'autant que le combat n'est plus celui de l'anticolonialisme, mais celui de l'appontage des cultures sur l'échiquier d'un monde mouvant traversé de forces hostiles. Revenu en France, il estime que l'Etat français est seul fautif et responsable de l'épisode douloureux vécu par le peuple européen durant la guerre de libération. Il estime que les Pieds Noirs, attirés dans le piège de la colonisation comme demandeurs d'emploi, non comme mercenaires, devraient se joindre à la demande d'excuse des Algériens adressée non à la France, mais à l'Etat français responsable du gâchis de la guerre et de leur exclusion violente d'Algérie. Il déplore la projection sur les immigrés de l'hostilité des Français à l'égard du terrorisme. Tel autre, enfin, dénonce l'opportunisme plutôt que le pragmatisme des clans obnubilés par la course au pouvoir, s'accommodant d'une gestion libérale faussement armés d'un discours nationaliste ou pseudo marxiste selon les interlocuteurs et les milieux destinataires. Pour lui, il n'y avait ni dogme ni sectarisme dans la lutte de libération. Malheureusement, l'uniformité de pensée a empêché le débat de société. La libération de la parole devait être totale, mais elle a été réservée à d'autres fins. Heureusement que le temps de prendre la parole a fini par être arraché par la jeunesse algérienne pressée de sortir de l'impasse où les esprits malveillant l'ont mis. (Suivra)


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