Le championnat national de football a connu un regain d'éthique. Difficile
cependant de dire s'il s'agit d'une tendance de fond ou d'un simple effet de
conjoncture.
Est-ce l'effet coupe du monde ? Ou est-ce un simple hasard de calendrier
? Ou est-ce le signe de l'émergence de nouveaux joueurs et dirigeants nourris
d'une autre culture sportive ? Toujours est-il que le championnat d'Algérie de
football 2009-2010 semble avoir connu moins de matches truqués, moins de
combines et moins d'arrangements en dehors des stades.
Certes, il y a bien eu quelques
matches de championnat dont les résultats ont été pour le moins surprenants. Une
équipe de l'Est et une autre du Centre ont obtenu, à des moments décisifs, des
résultats sur lesquels personne n'aurait parié. Mais ces matches à l'issue
inattendue ont été suffisamment rares pour qu'on puisse les ignorer, même s'ils
ont probablement permis à l'une de ces équipes d'éviter la relégation.
Mais de manière générale, des
équipes modestes, sur lesquelles personne ne comptait, ont fait preuve d'une
éthique sportive étonnante alors qu'elles n'avaient plus rien à gagner. Là où
on s'attendait à des arrangements, et où le terrain paraissait très favorable à
des combines, on a eu droit à de vraies empoignades, avec des matches âpres,
très disputés. Avec un coup de chapeau au Mouloudia de Batna, qui, malgré la
relégation, a respecté les règles du jeu, allant jusqu'à battre son voisin, le
Chabab de Batna, le condamnant ainsi au purgatoire. On aura beau insister sur
la supposée rivalité historique entre les deux équipes de Batna, il n'en
demeure pas moins que le Mouloudia de Batna a adopté une attitude qu'on croyait
disparue dans le paysage sportif algérien.
Dans le même ordre d'idées,
Tlemcen et El-Harrach ont probablement empêché Sétif de remporter une nouvelle
fois le championnat. Alors qu'elle n'avait rien de particulier à espérer,
Tlemcen a joué le jeu, battant Sétif, alors qu'El-Harrach a réussi à imposer le
match nul à Sétif même.
L'équipe de Sétif n'a pas été la
seule à souffrir de ce retour aux valeurs du sport. Son principal rival, le
Mouloudia d'Alger, a été contraint d'affronter des équipes qui ont montré la
même détermination. Belouizdad et El-Harrach ont imposé le nul au Mouloudia, à
un moment crucial, maintenant le suspense sur l'issue du championnat jusqu'à la
dernière journée.
Cela n'a pas empêché quelques
dirigeants de faire preuve d'un comportement indigne. Comme ce dirigeant du
Mouloudia d'Alger, qui a défrayé la chronique, en proposant de l'argent aux
équipes qui affrontaient Sétif. Ou ces dirigeants qui prenaient contact avec
des joueurs de l'équipe adverse pour leur proposer un transfert à la veille de
l'affrontement entre les deux équipes.
Autre point noir de la saison qui
s'achève, la programmation. La Ligue nationale de football a fait preuve d'une
incompétence rare. Elle a imposé un rythme de compétition archaïque, avec de
longues périodes de repos suivies de cycles de compétition menée à un rythme
accéléré. De plus, elle a souvent procédé à des changements de programmes
absurdes, deux ou trois jours avant le match, oubliant tous les problèmes de
logistique imposés à certaines équipes : certaines ont été ainsi contraintes de
faire des trajets de 600 kilomètres par route, car il n'y avait plus de place
dans l'avion, alors que d'autres étaient contraintes de loger chez des
particuliers parce qu'il n'y avait plus de chambre d'hôtel disponible la veille
du match.
Tout indique que la Ligue est
décidée à maintenir ses incohérences pour la saison prochaine. Ainsi, a-t-elle
d'ores et déjà décidé d'engager la saison 2010-2011 en septembre prochain,
imposant ainsi aux équipes de première division plus de trois mois de repos forcé.
Du jamais vu, qui annonce bien des rebondissements lorsque viendra le moment de
passer au professionnalisme.
Cet environnement difficile n'a
pas empêché un retour relatif de l'éthique sportive, avec, semble-t-il, moins
de scandales et de matches truqués. Peut-être parce que les projecteurs sont
dirigés vers le football, avec l'effet coupe du monde, ce qui laisse moins de
marge aux trafiquant habituels. Peut-être aussi parce que les compétiteurs se
sont rendu compte de l'impasse vers laquelle les a menés la «combinazione» : un
championnat basé sur des matches truqués n'a donné aucun titulaire à l'équipe
nationale, et aucun club n'a pu former un joueur de niveau international durant
les dix dernières années.
De là à parler d'une véritable
prise de conscience, il y a un pas, encore difficile à franchir. Mais il
n'empêche que cette irruption de l'éthique dans un monde véreux peut
réhabiliter certaines valeurs, comme le travail, la méthode, la stabilité. C'est
l'enjeu de la prochaine saison, un enjeu qui permettra de savoir, d'une part,
si l'Algérie sera présente lors de la Coupe du monde 2014, et d'autre part, si
l'ossature de l'équipe nationale sera constituée de joueurs formés dans le
championnat national ou s'il s'agira encore de produits algériens réimportés.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abed Charef
Source : www.lequotidien-oran.com