
Cinquante années après l'indépendance du pays on s'avise (enfin') que le pays, non seulement a régressé dans le domaine du savoir-faire, mais aussi, ce qui est injustifiable, s'est permis le luxe de démanteler son industrie naissante avec, en parallèle, une inconcevable fuite des cerveaux presque organisée. Des milliers d'ingénieurs, de techniciens dont notre industrie, qui dépérit, a grandement besoin, font bénéficier de leur savoir les pays occidentaux. Invraisemblable paradoxe qui voit l'Algérie - pays en développement - former et fournir des cadres pour les pays industriels. Pendant ce temps, nous faisons appel, à coup de milliards de dollars, au savoir-faire chinois, américain et européen. Dans ce contexte, une entreprise américaine a remporté en début de semaine un contrat faramineux, évalué à près de 3 milliards de dollars pour la fourniture de turbines (à gaz et à vapeur) et des générateurs. Un contrat qui garantira pour au moins cinq ans à la société US d'assurer emploi et richesse. Comment se fait-il que l'Algérie soit encore incapable de produire ce matériel 51 ans après son indépendance' D'autres milliards en devises se sont envolés de la même manière avec les étonnants contrats d'usines «clés en main» qui ne nous ont donné ni d'atteindre à notre autosuffisance industrielle ni permis d'obtenir la nécessaire plus-value qui nous aurait autorisés à dépasser la dépendance entrepreneuse et arriver à concevoir et à fabriquer nos propres usines. En la matière, l'un des plus anciens complexes industriels du pays fait de l'excellent travail de montage des autocars et de camions, mais il n'a pas, jusqu'à ce jour, conçu son propre modèle d'autocars et de camions à partir du savoir-faire accumulé tout au long du dernier demi-siècle de pratique manufacturière. Voilà le genre de déperdition dont l'Algérie est devenue coutumière du fait d'un conservatisme appuyé sur une bureaucratie qui a bloqué toute avancée dans quelque secteur que ce soit de la production et de l'invention. L'exemple de la Chine est à ce titre édifiant. Ainsi, les Chinois ont parfaitement tiré profit du savoir-faire venu d'ailleurs pour l'assimiler et engendrer, selon leur besoin, passant de l'assemblage à la fabrication de leur propre modèle de voiture. Nous citons l'exemple chinois du fait que ces véhicules, d'excellente qualité, circulent déjà sur les routes d'Algérie. C'est le cas également de l'Iran, de l'Inde des pays qui ont su dépasser le mimétisme de l'assemblage pour se lancer dans la conception et la production. Il en va autrement en Algérie, comme le montre la mésaventure de la fameuse voiture «Made in Algeria» «Fatia» qui devait sortir des «usines» de Tiaret, engagement mort-né. Les négociations avec la firme italienne Fiat ont cependant duré près de 20 ans sans aboutir. Un fiasco qui dit combien nous n'étions pas préparés à assumer notre évolution. De fait, l'argent et la technologie importée ne suffisent pas lorsque fait défaut la compétence managériale pour impulser le développement. Ce qui ne semble pas avoir été compris lorsqu'il a été fait abus de restructurations sans lendemain.Les compétences algériennes existent pourtant, il suffisait qu'on leur fasse confiance en les sollicitant, comme l'ont fait les Etats-Unis - pour ne citer que ce pays - où nombre d'Algériens contribuent à leur développement et à leur prospérité. Pourquoi ne va-t-on pas chercher nos cadres là ou ils se trouvent où leurs aptitudes sont reconnues et mises avantageusement à contribution au détriment évidemment de l'Algérie! Toutefois, là oû le bât blesse, c'est qu'il est désormais patent que nous n'avons pas à la tête des entreprises algériennes, des unités industrielles, agroalimentaires et autres, les hommes qu'il faut, à la place qu'il faut. Loin s'en faut! Surtout lorsque interviennent, dans la désignation de ces hommes, non pas les critères d'aptitude - en fait les seuls qui devaient départager les candidats aux postes de responsabilité - mais d'autres principes, comme le népotisme, le clientélisme, la corruption qui favorisent des gens sans doute instruits, mais incompétents pour les postes qui leur sont dévolus. C'est là le noeud gordien du problème quand l'incompétence s'affiche et ceux qui détiennent le savoir ignorés. Pourquoi dès lors s'étonner qu'en 2013 nous en sommes toujours à importer ce que nous aurions pu et dû construire. Oui! Mais comment (re)construire notre savoir-faire quand par des politiques inadéquates on encourage plutôt les cadres à émigrer'
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N KRIM
Source : www.lexpressiondz.com