Alger - Fkirettes, Meddahates

Raï, oh ! Ma déraison : Mohammed Kali explore les racines profondes et l’histoire algérienne du raï



Raï, oh ! Ma déraison : Mohammed Kali explore les racines profondes et l’histoire algérienne du raï

Dans le cadre de l’exposition « Ya Rayi », qui célèbre les sonorités vibrantes et rebelles du raï, une conférence exceptionnelle est prévue le samedi 17 janvier à 15h à l’Institut français d’Algérie à Alger. Le musicologue et journaliste Mohammed Kali, auteur de l’ouvrage Raï, oh ! Ma déraison, Une histoire algérienne (Éditions Chiheb, novembre 2024), y proposera une plongée fine et documentée dans cet univers musical populaire.

Ce livre de 171 pages, salué comme une référence par la critique (notamment dans El Watan), constitue un travail de fond sur le raï, ses origines rurales, ses évolutions et ses multiples filiations. Mohammed Kali, originaire d’Aïn Témouchent – une ville située sur l’axe historique Oran-Sidi Bel Abbès-Saïda, berceau du raï originel –, démystifie les idées reçues et dissipe les confusions persistantes entre le raï et d’autres genres comme le bédoui.

Les origines rurales et profondes du raï

Le raï n’est pas né dans les villes d’Oran ou de Sidi Bel Abbès, ni à Oujda comme certaines revendications l’ont laissé entendre. Il émerge au début du XXe siècle (voire plus tôt dans ses formes primitives) dans les milieux ruraux de l’Ouest algérien, au cœur du « rectangle originel » : Saïda, Sidi Bel Abbès, Tiaret, Mascara, Relizane et Mostaganem. Héritier du bedoui (ou raï traditionnel), il puise dans les chants bédouins accompagnés de la gasba (flûte en roseau) et du galal (tambourin tubulaire).

Ces chants, souvent interprétés par des cheikhs et surtout des cheikhat (femmes chanteuses), exprimaient à l’origine la vie paysanne, les travaux des champs, les amours contrariées, le vin, la marginalité sociale et les souffrances sous la colonisation française (typhus, expropriations, répression policière). Le terme « raï » (ou « erraï ») renvoie à une exclamation de déraison, de passion incontrôlée – d’où le titre poétique du livre, inspiré du premier disque gravé par Cheikha Remitti en 1955 (Raï, Erraï), traduit par Mohammed Kali comme « Raï, oh ! ma déraison ».

Mohammed Kali insiste sur le caractère féminin originel du raï : les cheikhat comme Remitti (surnommée la « reine du raï »), El Ouachma ou d’autres figures pionnières ont porté des textes francs, parfois crus, défiant les normes sociales et religieuses de l’époque.

Du raï trab au raï moderne : une évolution mouvante

L’ouvrage distingue clairement :

  • Le raï trab (« de la terre »), originel, rural, acoustique avec gasba et galal.
  • Le raï pré-moderne (années 1950-1970), où des instruments comme le violon ou l’accordéon remplacent progressivement les traditionnels, sans bouleverser les structures mélodiques.
  • Le raï moderne (à partir des années 1970-1980), électrifié avec guitare électrique, synthétiseurs, trompette et batterie, porté par les « chebs » (jeunes) comme Cheb Khaled, Cheb Mami, Cheb Hasni ou Bellemou Messaoud (considéré comme le père du raï moderne).

Cette modernisation s’accompagne d’une urbanisation : du monde rural vers les cafés maures d’Oran, puis les cassettes pirates et les night-clubs. Les thèmes évoluent vers l’amour sentimental, la fête, la contestation sociale (notamment après les émeutes d’Octobre 1988), mais aussi la marginalité et les tabous.

Dans les années 1990, le raï connaît une tragédie : la guerre civile algérienne voit l’assassinat de figures comme Cheb Hasni (1994), menacé par des extrémistes pour ses chansons d’amour et ses gestes publics. Paradoxalement, cette période propulse le raï à l’international, via des artistes exilés en France.

Un ouvrage engagé contre les amalgames et les appropriations

Mohammed Kali aligne preuves historiques et musicales pour réfuter les confusions avec le bédoui (un genre plus ancien, poétique et codifié, datant du XVIe siècle) et défendre l’ancrage algérien du raï, reconnu par l’UNESCO en 2022 comme patrimoine immatériel de l’humanité.

Son livre, fruit d’une approche anthropologique et musicologique, replace le raï comme un miroir de l’histoire sociale algérienne : de la colonisation à l’indépendance, de la révolte à la mondialisation.

Cette conférence à l’Institut français d’Alger, ouverte à tous – passionnés de musique, curieux ou simples amateurs –, sera l’occasion idéale de découvrir ou redécouvrir ce patrimoine vivant. Le stationnement est facilité au parking Bounetta, à quelques minutes à pied.

Ne manquez pas cette rencontre qui promet de faire vibrer les cœurs au rythme du raï, cette voix de la déraison algérienne qui continue de résonner dans le monde entier.



Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)