« Des contraintes administratives... »
Radia Abed est éditrice de la maison Sedia. Interrogée sur l?opportunité qu?offre l?année de la culture arabe à Alger, l?éditrice émet quelques réserves. Qu?attendez-vous de l?année de la culture arabe en Algérie et quelle est votre participation, si participation il y a ? L?événement de l?année 2007 aurait pu être un fabuleux levier pour les auteurs et les éditeurs algériens, car elle avait deux objectifs principaux : le premier objectif était de susciter la production littéraire en langue arabe et le second objectif était la traduction, à partir des langues tamazight et étrangères, des ?uvres marquantes d?écrivains algériens. Il s?agissait de faire découvrir des ?uvres algériennes inaccessibles aujourd?hui à l?ensemble du lectorat à l?intérieur des frontières nationales et au-delà dans le monde arabe. Les objectifs initiaux sont nobles et j?y ai adhéré en acceptant de rejoindre la commission du livre du Commissariat de l?Année 2007. Mais aujourd?hui, je ne peux qu?émettre un « bémol » sur L?événement car la Sedia a été victime de décisions arbitraires de la part du ministère de la Culture. En effet, les éditions Sedia ont présenté une quinzaine d?ouvrages à la commission du livre dont trois (L?attentat de Yasmina Khadra, Mes hommes de Malika Mokeddem et Harraga de Boualem Sansal) sur lesquels la commission, dite « souveraine », s?est prononcée positivement. Quelques semaines plus tard, j?ai appris que le ministère de la Culture avait décidé de les retirer en évoquant comme raisons que l?Attentat était pro-israélien, que Boualem Sansal était persona non grata et sans aucune explication pour Mes hommes. Je ne peux que déplorer ces actes et constater qu?une aussi belle initiative de l?Etat soit entachée par de telles décisions. Quels sont les freins ou les difficultés que vous avez constatés dans le secteur ? Les freins et les difficultés sont nombreux. Tout d?abord pour importer, l?Etat exige à un importateur de livres, comme à un importateur de sucre, un capital minimum de 20 000 000 DA. De plus, les contraintes administratives à l?importation sont de plus en plus fortes : il est demandé un visa d?importation au ministère de la Culture, une domiciliation bancaire, un visa des impôts, plusieurs inspections aux douanes? Il est aujourd?hui difficile d?importer des livres, sachant qu?en face, il n?y a pas toujours de clients. En ce qui concerne l?édition, les principaux obstacles se situent au niveau de la problématique de la lecture. Pour qui publions-nous des livres ? Quel genre est le plus apprécié ? A quel prix ? Une fois ces problématiques résolues, l?éditeur est confronté aux problèmes de la distribution. Nous sommes en train d?appliquer le même schéma que d?autres pays en développement, en l?occurrence les ventes sont assurées par les Salons du livre ? qui ne devraient être que des outils de promotion ? et non pas par le réseau de distribution. Le tissu de libraires n?est pas suffisamment développé et la distribution pas assez fonctionnelle. Par ailleurs, l?exportation de nos livres et leur vente à l?étranger posent problème. Nous sommes sous-représentés dans les Salons internationaux à travers le monde et c?est l?une des raisons pour lesquelles nos auteurs publiant en Algérie cherchent à se faire publier ailleurs. Quelles solutions préconisez-vous ? Par ailleurs, sur un plan plus général, j?ai participé il y a de cela quelques années à l?état des lieux que l?Unesco a fait en 1999 puis en 2003 sur l?édition en Algérie ainsi qu?à l?élaboration des recommandations pour le développement du secteur du livre. Les principales recommandations sont toujours d?actualité, à savoir mettre en place des mesures de régulation afin de réussir le processus de privatisation des manuels scolaires dans le cadre de la réforme de l?école, revoir le fonctionnement de l?isbn et du dépôt légal, car il n?y a pas de données fiables sur le secteur et par conséquent pas de satisfactions, renforcer le réseau des bibliothèques municipales et scolaires existantes, exonérer les livres et les revues des droits et taxes à l?importation, exclure les importateurs de livres et presse de la disposition relative au capital de 20 millions de dinars, faciliter l?importation et l?exportation des livres en allégeant non seulement les taxes douanières, mais aussi en soutenant les crédits bancaires aux opérateurs, mettre en place des mécanismes de formation continue et initiale dans les métiers du livre, initier des recherches sur les habitudes de lecture afin d?agir activement. Sur cette base, l?ensemble des professionnels avaient participé à la rédaction de l?avant-projet de loi qui a été remis au ministère de la Culture l?année dernière. Nous attendons que la loi sur le livre soit maintenant votée Quel doit être le rôle de l?Etat ? Pour développer le secteur du livre, il faut impérativement le soutien de l?Etat. L?Etat doit en faire une priorité et cela peut prendre plusieurs formes : avant tout, voter la loi sur le livre qui protégera les opérateurs publics et privés, soutenir le prix du livre comme le fait la Tunisie en subventionnant le prix du papier destiné aux livres, exonérer des taxes douanières les livres et les revues, financer la traduction de nos auteurs algériens pour qu?ils soient enfin connus à l?étranger, assurer l?achat de livres pour les bibliothèques municipales et scolaires et pas seulement quand l?Algérie est à l?honneur (l?année 2003, l?année de l?Algérie en France ou l?année 2007, Alger capitale de la culture arabe). Il faudrait que l?Etat investisse ce secteur sur le long terme et pas seulement lors d?opérations ponctuelles.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Zineb A. Maiche
Source : www.elwatan.com