Sa dernière exposition en Algérie remonte à juin 2010 et s'est tenue à la galerie Mohamed-Racim. Rachid Nacib est de retour à Alger, où il propose une mini-rétrospective de ses œuvres à la galerie Art 4 You, quartier du Sacré-Cœur.
Placée sous le thème «Import- Export», cette exposition réunit 25 œuvres plus ou moins récentes (de 1999 à 2010) et résolument orientées vers l'art contemporain du XXIe siècle. Ce sont, pour l'essentiel, des photos graphiques conçues et réalisées comme des tableaux. Ici, l'artiste opère un «détournement d'image», réactive l'œuvre photographique pour aboutir à une synthèse dont il est aujourd'hui l'unique pionnier et représentant en Algérie. Cette expérience originale d'images picturales, son auteur l'a appelée «phototype » (en référence au cliché négatif servant au tirage des photocopies), surtout dans le sens où cela crée une valeur ajoutée. Parmi tous ces tableaux traités en phototype, quelques peintures sur toile et une œuvre mixte (relevée par du collage) pour rappeler que Rachid Nacib sait diversifier sa palette de créateur en phase avec l'art moderne. Sauf que le photographe d'art privilégie désormais le phototype, cette technique née des outils technologiques actuels et qu'il avait commencé à expérimenter dans les années 1990. «En fait, nous a-t-il confié, je ne produis plus de la peinture sur toile. Je me consacre exclusivement à cette démarche qui est la synthèse de mon travail et que j'appelle phototype. Il s'agit bien d'une photo détournée, sans médium rajouté. A partir d'un tel support, je crée une mutation, une fusion. Quelque part, il y a une disparition de la photographie et apparition de la peinture. Pour mémoriser cette opération qui ne dure que quelques secondes, j'immortalise la destruction de la photo, sans rien toucher. C'est le temps qui le fait pour moi. De la sorte, le phototype devient une valeur ajoutée.» Tout simplement, pareille technique est construite sur le modèle de surimpressions successives sur une photo-matrice tout en détruisant à chaque fois le tirage (l'acide) jusqu'à obtenir des tableaux. Telle pourrait être expliquée la démarche de Rachid Nacib, dont un échantillon de ses travaux est exposé à la galerie Art 4 You. Pour le public curieux de découvrir de nouvelles esthétiques en rapport avec les nouvelles tendances de l'art contemporain, le multimédia, la photographie et l'actualité, l'occasion est à ne pas rater. Cela peut permettre aux jeunes notamment (dont les artistes) de se réactiver à des œuvres dont les sujets sont en relation avec l'actualité, la technologie et même la spiritualité. Comme le souligne l'artiste, «il s'agit d'un travail interactif. Par exemple, tous les personnages qu'on voit ici n'ont pas vécu à la même époque, mais il y a un lien entre eux. C'est la force d'être d'un Emir Abdelkader, d'un Kateb Yacine avec Nedjma, d'un Mao-Tsé-Toung... Des personnages qui sont toujours contemporains». Il y a, là aussi, le portrait de Mick Jagger, celui d'Albert Camus, ou encore le fameux tableau de Manet Le déjeuner sur l'herbe revisité par Rachid Nacib (Edouard Manet est, ne l'oublions pas, l'initiateur du réalisme et de la peinture moderne). Autre clin d'œil, celui à Charles Baudelaire avec La feuille des poèmes interdits. Et cette œuvre intitulée Taleb ' «Ici, explique l'artiste, je soulève la question du confort psychologique et qui est une forme d'esthétique. Dans le fond de ma démarche, j'essaie à chaque fois de créer un lien entre la spiritualité populaire et la création artistique, moi-même étant un descendant de soufis.» Tous ces sujets porteurs et créateurs de sens (esthétique, poétique, spirituel, économique) s'inscrivent dans de nouvelles formes d'expressions multiples et libres, en rapport bien sûr avec l'art économique, le marché de l'art. Est-ce pour cela que Rachid Nacib a intitulé son expo «Import-Export» ' «Le thème, nous répond-il, est lié à des considérations plus prosaïques. Comme mes œuvres voyagent souvent avec moi, quoique je peux les contenir dans une toute petite clé USB, on me demande à chaque fois à la douane : “Tu es importateur ' Exportateur '“ Ils ne croient pas si bien dire, l'art étant aussi économique, il s'intéresse à l'économie et réciproquement. En Algérie, malheureusement, le marché de l'art n'existe pas. Nous sommes dans l'informel et l'art ne nourrit pas son homme. L'artiste reste un orphelin dans son pays. Ce sont les responsables de la logistique qui profitent de la production et des activités culturelles. Ici, les institutions censées jouer leur rôle ne le font pas et l'art est folklorisé par les festivals et la politique culturelle de bazar. Il n'existe même pas une salle de vente de tableaux à l'échelle nationale, seules de très rares galeries offrent la possibilité à l'artiste de vendre quelques toiles. Ces dernières années, les musées, les institutions et organismes culturels n'achètent plus les œuvres picturales. Il n'y a plus d'acquisitions, à commencer par le MaMa, le dernier-né de nos musées. En plus, les artistes plasticiens vivent en vase clos, il n'y a plus d'échanges et de rencontres. Une régression comparativement aux années 1980 où étaient organisées des expositions d'artistes étrangers. » Ce triste état des lieux, Rachid Nacib le dénonce avec force. «Naturellement », il s'est retrouvé marginalisé comme tous les artistes qui refusent les règles du jeu dictées par le circuit officiel des bureaucrates et autres fonctionnaires de la culture. Que faut-il faire alors pour qu'émerge enfin et se développe un marché de l'art en Algérie ' «Il faut déjà commencer par répertorier tous les artistes de valeur, acheter les œuvres, les éditer pour que l'artiste soit enfin reconnu comme un authentique acteur de la culture. Quand je pense que juste à côté, au Maroc, il existe un marché de l'art et tous les artistes répertoriés...» suggère-t-il. Et d'ajouter, amer : «Dans toutes les rencontres internationales, dont les foires et les biennales, l'Algérie est absente parce qu'il n'y a aucune galerie représentative. Les artistes algériens y exposent à titre individuel. Par exemple, Art Dubaï, qui est une foire annuelle d'art contemporain géré par des Français avec de l'argent émirati, à chaque fois devenu un rendez-vous raté pour l'Algérie.» Heureusement pour cet artiste indépendant, sa valeur est reconnue à l'étranger et il est coté sur le marché de l'art. Il s'envole d'ailleurs pour Marrakech où il participe à une exposition qui se déroule presque en même temps que celle d'Alger (il expose à Art 4 You du 22 octobre au 3 novembre 2011). Rachid Nacib est né en 1963 à Dar-El-Beïda, Alger. Diplômé de l'Ecole nationale des beaux-arts, puis de l'Ecole supérieure des beaux-arts, il a enseigné à l'Ecole des beaux-arts d'Azazga. Installé en France depuis 1994, il vit et travaille maintenant entre le sud de la France et Alger. Il a à son actif de nombreuses expositions récompensées par plusieurs distinctions, en Algérie et à l'étranger.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hocine T
Source : www.lesoirdalgerie.com