On manque de patates, on a de l'argent et on en importerachez les Canadiens. Et on continuera ensuite, après «la crise», à en importerde Hollande. Traduction quasi mécanique de ce fameux «dutch disease » (syndromehollandais), décrivant des économies où l'exportation des ressources entraîneun laminage des autres secteurs de l'économie.En Algérie, le syndrome empêche d'envisager des mesuresaussi simples - et peu coûteuses - que l'encouragement public de la productionde semence de pomme de terre. Les Hollandais, qui nous vendent beaucoup desemences à une seule multiplication et qui tiennent à leur marché algérien, n'ysont pour rien. Ce sont des vendeurs et nul ne peut leur reprocher de ne pass'inquiéter de la sécurité alimentaire de l'Algérie.C'est pour cela qu'il faut lire impérativement les proposde Brahim Hasnaoui, patron de la Sodea (voir l'enquête de Kamel Daoud): on ydécouvre, décrit avec beaucoup de pédagogie, les éléments, très algériens, quifabriquent la crise de la patate et qui, malheureusement, l'entretiennent.Le plus frappant est cette forme de mépris de soi qui faitcroire que les Algériens ne sont pas capables de produire de la semence dequalité. Une sorte d'écho lointain à ceux qui, hier, objectaient qu'on nepouvait arracher l'indépendance car «on n'est même pas capables de fabriquerune aiguille !». Un classique qui dure... Pourtant, preuve à l'appui, cettesacrée semence peut être produite en Algérie. Elle ne demande pas desinvestissements énormes: quelques millions de dollars dans un pays qui ne saitque faire de sa manne.Mais l'argent n'est pas tout, on s'en doute. Il faut levouloir d'abord. Des raisons de le vouloir ne manquent pas, dont la plusévidente est que la pomme de terre fait de plus en plus partie du menuquotidien des ménages algériens. Cette donnée simple devrait logiquement setraduire par une politique d'encouragement et d'incitation à la production desemences de qualité permettant plusieurs multiplications. Vouloir, dans ce cas,signifie que l'on casse des «habitudes» en menant une politique volontariste delocalisation de la production des semences. Cela revient en définitive beaucoupmoins cher.Mais vouloir implique qu'on s'attaque aux situations derente. Une bonne partie des importateurs privés de semences étaient hier desfonctionnaires qui se chargeaient de l'importation dans le cadre du monopole del'Etat. Il ne s'agit pas de leur jeter la pierre, ni de les incriminer, mais ilfaut juste constater qu'ils ne sont pas les plus enclins à abandonner la rentede l'importation. C'est là où les politiques publiques trouvent leur pertinencepour favoriser une substitution aux importations. A condition de décider - lavie quotidienne des Algériens y incite déjà - que la pomme de terre est unproduit essentiel. C'est aussi vieux que le monde: qui sème récolte et,pourquoi pas, exporte. Qui ne sème pas importe, tant qu'il a du pétrole pourcela. Le syndrome hollandais est bien algérien. La preuve est à nouveau faitepar la pomme de terre.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : K Selim
Source : www.lequotidien-oran.com