Le dernier billet d'El Guellil du «Le Quotidien d'Oran» ne pouvait pas être aussi cafardeux, que ce que je garde dans la besace du dépit.Il y a déjà presque trois ans de cela, la presse nous annonçait un enfanticide, qui avait eu pour théâtre, le populeux quartier des Eucalyptus, dans la banlieue d'Alger. Les cris aigus du bébé attisés probablement par la faim, ne sont-ils pas la cause de leur réduction au silence ? Un biberon seul, pouvait-il assouvir la faim d'un enfant de plus de deux ans ? L'acte en lui-même est injustifiable, il peut toutefois être mis, sur le compte du geste démentiel incontrôlable. Tuer son enfant et jeter son corps à la décharge publique, participerait de la préméditation. Cette volonté délibérée de maquiller le crime, à l'effet de se prémunir du glaive de la justice, ne pouvait être qu'une transe démoniaque. La complicité de la maman était tristement avérée. Ce petit corps innocent, interpellera la conscience collective de toute la société, qui a réussi à enfanter ces aberrations chromosomiques monstrueuses. Et c'est peu dire ! Quels sont ces démons qui t'habitent ? Je me dois de comprendre, tu dois me l'expliquer ! Je te savais fratricide, je m'en désole, magnicide j'admets tes extrêmismes, encore que... Parricide, je m'en émeut et dénonce l'outrance ; infanticide et lâche, mon esprit se fige, déraisonne et ne trouve à ton geste, aucune humaine déraison. C'est ce que j'aurais dit à l'assasin infanticide, mais à l'autre, qui n'a apparemment rien à voir avec le crime, l'effet d'induction le place dans l'oeil du cyclone. Se peut-il que tu ne ressentes plus les tragiques soubresauts de ta communauté, déchirée par la détresse ? La solidarité ne peut être le seul fait de l'Etat, à la veille du mois sacré du Ramadhan, des familles entières sont désemparées. Certaines romperont le jeûne avec un plat de blettes ou de pâtes bouillies à l'eau. Tu as pourtant été à l'école, tu te dis instruit. La mosquée ne désemplit pas de ton assidue présence, tu es même exégète quand ton matérialisme t'accorde quelque répit. Faut-il te soumettre au psychiatre, au taleb ou à l'exorciste ? Tu étais pourtant fraternel au temps de la guerre, du typhus et des déchéances humaines. A dix-huit ans tu n'as pas aimé l'injustice, tu as pris les armes pour mourir et pour ne plus voir ton peuple souffrir. Au péril de ta vie, tu as sauvé tes frères jetés en octobre dans la Seine. Dis-moi pour quelle raison, soudain tu me hais...tu te hais, ne peux-tu pas respecter ta personne en respectant la mienne ? Tes gestes héroïques et salvateurs dans la houle de Bab El-Oued et dans les déchirures de Zemmouri, n'ont été que de la frime ? Narcissique jusqu'à n'aimer que ta personne. N'as-tu donc pas besoin de nous ? J'aurais dû le sentir, le jour où tu ne répondais plus à mes saluts... où tu intimais à tes enfants de snober les miens... gueux qu'ils étaient. Tu refusais d'habiter avec les enturbannés, les kabyles, les chaouïa, les mozabites... les bougnoules quoi ! A l'hôtel, tu ne parles que français, de crainte d'être reconnu. Tu te renies. Tu reconnais volontiers, un lointain cousin P.D.G... ton regard se dérobe et ignore le frère journalier. Tu es parabolé à l'ouest par T.P.S. bien sûr, tu fêtes tes joies dans les palaces, tu réveillonnes à Noël et au Nouvel an... tu célèbres, peut-être même, les Pâques... La Saint-Valentin c'est sûr ! Tu ne fréquentes plus ton quartier, au risque d'une méprise, qui te ferait prendre pour ce que tu n'es plus. Tu refuses de te rappeler de tes premières misères, lâche comme d'habitude, mais veule devant l'adversité, tu te caches la face. Tu habites les hauteurs présentement, toi qui courait les venelles de Soustara, Sidi-El-Houari ou Souika. Tu roules en 4/4, de grandes marques germaniques, à contre-sens parfois. Tu lorgnes la vieille guimbarde avec mépris et impatience, de peur qu'elle n'accroche ton mustang ou ne le contamine. Tu nous saoulais de « Hé ! mamia thaoura ziraya... » Réaliste, tu es maintenant un gros propriétaire terrien, tu hantes Boufarik et Bougara. Le port jadis, appartenait à plusieurs colons, aujourd'hui, il n'appartient qu'à toi seul ! Tu bénéficies des meilleurs soins gratuits à l'hôpital, avec une petite faveur cependant... une chambre individuelle ! Tu interpelles au téléphone des ministres par leurs prénoms pour en mettre plein la vue à l'entourage. Tu as parcouru le monde sous toutes ses latitudes, tu feras partie des pèlerins qui chaque année sont « tirés » au sort. Ta femme se coiffe à Paris et tes filles s'habillent à Rome. Quand il t'arrive de payer une Omra à ta vieille maman, tu ne cesseras pas d'en parler. Il est entendu que ce sera le chauffeur qui ira l'attendre à l'aérogare ; tout le monde comprend que tu es tellement pris, que tu n'as même pas un moment à toi. Tu es beaucoup plus à plaindre qu'à blâmer. Tu es la mercuriale... le nouveau monopole, tu as tout gagné. Tu n'as perdu qu'une seule chose et pas des moindres... l'humilité ! Tu organises fréquemment des Dhifas, autour de ta piscine qui fait partie des apparats de l'aisance. Les Turcs, les Thais et autres sous-secrétaires de chancelleries font partie désormais, de tes relations d'affaires. Te rappelles-tu de ce début de soirée d'été où, l'attention de tes convives était attirée, par « l'intrusion » d'un vieux couple chargé de ballots, qui débarquait visiblement d'un bled profond ? Ne manquant pas d'air, tu les dirigeais vers la cabane du jardinier. Offusqué, le seul compagnon que tu as réussi à garder depuis l'enfance, quittait les lieux. Il n'a pas admis que tu renies par la mystification, ta propre ascendance. Il s'agissait de Hadj Boudjemaa et khalti Kheira tes vieux parents, que tu voulais faire passer pour des domestiques. Honni aura été le jour où ils t'ont vu naître ! Tu aimes tellement tes enfants... qui ont un piano, deux ou trois caniches et jouent comme « tout le monde »... au tennis. D'autres enfants n'ont pas cette chance. - As-tu entendu parler de ce père qui a tué son bébé et jeté son corps à la décharge publique ? - Le monstre ! je ne le savais pas, ça s'est passé où ? - Aux Eucalyptus... - C'est là où on brûle les ordures... sur la route de l'aéroport ? - Oui à peu près... on ne peut rester que songeur, devant un tel reniement amnésique.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Farouk Zahi
Source : www.lequotidien-oran.com