Alger - A la une

Quelles garanties pour le «dialogue» '



A moins que les choses évoluent autrement dans les tout prochains jours, les tenants du pouvoir se retrouvent de plus en plus dans l'impasse, ce qui nécessiterait finalement de leur part des «concessions» allant dans le sens du règlement de la crise.Le chef d'état-major de l'ANP, Ahmed Gaïd Salah, a lancé avant-hier, dans un discours prononcé lors de la visite qu'il effectue à la 6e Région militaire, un appel à un dialogue «sérieux, rationnel, constructif et clairvoyant».
Hier, il a récidivé en ajoutant que «ceux qui tendent à exacerber la situation et faire perdurer cette crise sont ceux-là mêmes qui ?uvrent sciemment à répandre continuellement les rumeurs, les informations erronées et les mensonges à travers de nombreux médias, et ils ne peuvent en aucun cas contribuer à créer un climat d'entente mutuelle propice, voire un dialogue calme et serein, et cela induit que ceux qui recourent à de telles pratiques sont contre le dialogue sérieux et pondéré». La «précision» d'hier sonne comme une réaction anticipée à ceux, parmi les chefs et personnalités politiques, qui vont rejeter cette offre de dialogue, pour des raisons, objectives ou non, qui sont propres à chacun.
Déjà, quelques formations politiques ont exprimé leur refus de dialoguer avec les symboles de l'ancien régime, à savoir le chef de l'Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, et le Premier ministre, Noureddine Bedoui. Mais au-delà de cet écueil, il y a lieu de se demander si globalement les conditions pour un dialogue «sérieux, rationnel, constructif et clairvoyant» sont réunies en ce moment ' Si beaucoup parmi les manifestants rejettent, d'une manière viscérale quelquefois Bensalah et Bedoui, c'est parce qu'il y a une perte de confiance totale, en plus bien évidemment des raisons objectives, Bedoui par exemple ayant organisé, en tant que ministre de l'Intérieur, les législatives de 2017 sous le régime de Bouteflika.
De plus, en dehors de ces appels au dialogue, les citoyens ne voient arriver aucun geste d'apaisement. Au moment où le chef d'état-major prononçait son discours à Bordj Badji Mokhtar, un impressionnant dispositif de sécurité a été déployé à Alger pour empêcher les étudiants de marcher. Les manifestations sont de temps à autre réprimées dans la capitale. Vendredi dernier, en plus de l'usage du gaz lacrymogène, plusieurs manifestants ont été embarqués par la police. Ceci en plus du «bouclage» que subit la capitale tous les vendredis, interdisant l'accès à tous les véhicules non immatriculés à Alger.
D'autres «attitudes» des autorités, faisant rappeler, selon les militants, que le système est toujours là, ont été également relevées ces dernières semaines. On peut citer, à ce titre, les interdictions de conférences frappant certaines personnalités politiques, comme c'était le cas, la semaine passée, pour l'ancien Premier ministre Ahmed Benbitour, à M'sila ; l'avocat et militant des droits de l'homme Mustapha Bouchachi, à Annaba ; ou quelques jours plus tôt avec Nacer Djabi qui a été obligé de tenir finalement sa conférence dans un hall de l'université de Bab Ezzouar, la salle qui était prévue pour l'événement ayant été fermée.
Ce qui a été perçu aussi comme un indicateur de la volonté du pouvoir en place de «refermer la parenthèse» de ce soulèvement populaire est le traitement qui est accordé ces dernières semaines par les chaînes de télévision publique, et certaines relevant du secteur privé, aux manifestations. L'ouverture substantielle qu'ont connue les médias lourds étatiques quelques semaines après le début du hirak a vite disparu. Les dernières manifestations populaires n'ont connu que de brefs passages sur ces chaînes de télévisions. Et certains slogans ont carrément été occultés. Le pouvoir en place peut-il appeler au dialogue tout en reproduisant les réflexes ayant conduit la population à sortir, en masse, dans la rue '
La seule mesure prise jusque-là est celle annoncée au mois d'avril dernier par le Premier ministre relative aux agréments des partis politiques et des syndicats. Et là encore, certains y voient juste une man?uvre. La demande de l'UDS de Karim Tabou étant toujours rejetée. Présenter des gages de bonne volonté, en d'autres termes prendre des mesures d'apaisement, comme la libération des quelques prisonniers d'opinion, la levée des interdictions sur les marches et les sit-in publics, des conférences, n'est-il pas le meilleur moyen pour convaincre militants et classe politique de sa bonne foi '
Parce qu'il est difficile de concevoir que des partis ou personnalités politiques prennent part à des processus de dialogue alors que des citoyens, manifestant pacifiquement, se font interpeller dans la rue. Et pour l'instant, il n'y a aucun signe qui montre que les autorités en place disposent d'une volonté d'opter pour ces mesures d'apaisement. A moins que les choses évoluent autrement dans les tout prochains jours, étant donné qu'au fur et à mesure que le temps passe, les tenants du pouvoir se retrouvent de plus en plus dans l'impasse, ce qui nécessiterait finalement de leur part des «concessions» allant dans le sens du règlement de la crise.
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