A peine formé, le nouveau gouvernement est déjà la cible de lourdes critiques. Il alimente aussi et surtout les slogans de contestation qui se poursuit dans la rue. Les membres de l'exécutif mis en place démarrent sur des bases déjà bien fragiles.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - L'annonce de la formation du gouvernement Bedoui a donc fait l'évènement ce dimanche. D'une certaine manière, il a même détourné, un moment, les regards de la situation induite par la demande de l'application de l'article 102 par le chef d'état-major. Il faut dire que le Premier ministre avait réellement peiné à trouver preneur pour remplacer l'équipe laissée par Ahmed Ouyahia.
Les premières consultations se sont avérées infructueuses et les concernés (plusieurs syndicats surtout) ont tenu à rendre public leur refus d'adhérer à une démarche car étant contraire à la demande populaire d'opérer un changement fondamental au sein des cercles dirigeants. Bedoui s'est alors retrouvé face à une situation inédite. D'un côté, une grosse difficulté à convaincre les noms choisis pour figurer dans son gouvernement, mais aussi tenter de poursuivre la gestion des affaires courantes avec des ministres démobilisés car se sachant partants.
Ceci l'a d'ailleurs contraint à organiser une réunion (une sorte de Conseil des ministres) durant laquelle il a tenté de redonner souffle à l'équipe lui rappelant les responsabilités qui sont les siennes. Entre-temps, il poursuit les consultations. Elles aboutissent et permettent d'annoncer au grand public que le gouvernement de compétences souhaité par Abdelaziz Bouteflika a vu le jour. Sur fond de tensions et d'inquiétudes liées à l'entrée en scène de Gaïd Salah dans les enjeux politiques en cours, la liste des nouveaux ministres est dévoilée. Des figures nouvelles apparaissent. Parmi elles, certaines ont été, dit-on, actives au sein du mouvement populaire qui s'exprime depuis le 22 février dernier. Elles sont censées représenter ce changement auquel aspire la société. Mais cette dernière ne semble pas l'avoir pris tel quel.
De manière inattendue, des centaines de personnes sont sorties protester, la nuit au centre-ville, contre la nouvelle composante du gouvernement, et pour dire surtout que la rue est en attente de la satisfaction de ses revendications réelles.
Au cours des heures ayant suivi cette annonce, une série d'appels à renforcer la mobilisation du vendredi ont été lancés. L'échéance promet déjà de se transformer en évènement de grande ampleur. Au même moment, les partis d'opposition dénoncent une «mesure en décalage avec la réalité (?) de sauvetage du régime (?) et une course droit vers le mur». Et c'est dans cette atmosphère que les nouveaux ministres s'apprêtaient hier à prendre fonction.
Avant même que les passations de consigne ne s'effectuent, on apprenait déjà qu'ils avaient été instruits d'éviter toute déclaration publique pouvant envenimer la situation ou être mal interprétée. D'éviter surtout que d'éventuels faux-pas des nouveaux venus (peu rodés à la pratique politique) entraînent l'échec de tous les autres.
Mieux initiés, les secrétaires généraux des ministères savent, d'ores et déjà, que leur tâche sera encore plus grande dans ce contexte car ce sera à eux d'accompagner, sans doute même encadrer, leurs ministres dans leur mission délicate. Et tous s'interrogent justement aujourd'hui sur la teneur de cette mission. Les plus évidentes sont liées à la gestion des affaires courantes et la préparation des échéances à venir. Il y en a au moins deux : la préparation des examens nationaux (fin de cycles primaire, moyen et le bac) et le Ramadhan.
Le ministre de l'Enseignement supérieur aura, quant à lui, à gérer aussi l'après-coup de son prédécesseur qui a ordonné une mise en congé de toutes les universités pour tenter de freiner le grand «réveil» des campus. D'une manière générale, ce gouvernement va devoir travailler dans l'une des périodes des plus sensibles de l'Histoire post-indépendance de l'Algérie du moment qu'il a été mis en place sur «l'axe temps» dirigé vers le 28 avril.
Dimanche au soir, beaucoup ont assimilé l'annonce de la formation de l'exécutif aux enjeux en cours pour l'application de l'article 102. Les dispositions de la loi en vigueur rendent en effet impossible toute démission du président de la République en l'absence d'un gouvernement.
Or, l'annonce de sa formation est intervenue au moment où le chef d'état-major a haussé le ton pour que le 102 soit appliqué le plus rapidement possible. Dans ce contexte, son maintien au poste de vice-ministre de la Défense par Abdelaziz Bouteflika a été aussi perçu comme étant le fruit de négociations ayant abouti à un consensus pour une sortie honorable du président de la République. Depuis, des rumeurs allant dans ce sens ont circulé avec intensité, alimentées par des chaînes de télévision privées citant des sources sûres.
Avec l'annonce de la démission de Abdelaziz Bouteflika avant le 28 avril, les faits paraissent se confirmer. Ce gouvernement pourrait à présent avoir à charge de conduire une transition devant déboucher sur de nouvelles élections?
A.'c.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abla Chérif
Source : www.lesoirdalgerie.com