Officialisation de tamazight, indépendance de la justice et la décentralisation sont autant de questions que la prochaine Constitution ne doit pas ignorer.
La prochaine révision de la loi fondamentale suscite moult interrogations parmi la classe politique et les spécialistes du droit constitutionnel, à commencer par le retard accusé par le projet.
Au-delà de ce retard, les observateurs se posent les questions de fond relatives au contenu du projet que les pouvoirs publics comptent soumettre à un vote parlementaire ou à un référendum populaire. L'option n'est pas encore définitivement tranchée, semble-t-il.
La nouvelle Constitution répondra-t-elle aux revendications populaires dont certaines attendent la satisfaction depuis des décennies' La première est bien entendue l'officialisation de la langue amazighe dont la problématique a été clairement et pacifiquement posée dans le cadre d'une revendication culturelle légitime depuis le Printemps berbère de 1980.
La reconnaissance du caractère national de cette langue, dans un amendement introduit en 2002 pour contenir une protestation populaire grandissante en Kabylie, ne suffit plus. Alors que l'Algérie était à la pointe du combat pour l'amazighité, durant les années 80, en Afrique du Nord ou Tamazgha, voilà qu'elle marque le pas depuis cette dernière décennie. Pour répondre de manière claire à cette revendication et rétablir une injustice historique, il faut que la constitutionnalisation ne soit pas une formalité mais qu'elle soit suivie d'effets concrets.
Les Algériens, qui ont lutté et se sont sacrifiés pour cette cause ont été surpris par la reconnaissance officielle de tamazight au Royaume du Maroc et un début de reconnaissance en Libye qui, comme premier pas, a inscrit Yennayer, Nouvel An amazigh dans la liste des journées nationales. L'Algérie, qui a tourné le dos à son identité, daignera-t-elle enfin se réconcilier avec son histoire' C'est ce qui est attendu dans la nouvelle Constitution.
L'autre question de fond que les observateurs veulent voir consacrée par la prochaine loi fondamentale est la séparation des pouvoirs, ou plus précisément, l'indépendance de la justice.
Accusée actuellement d'être un appendice du pouvoir exécutif, Dame Justice gagnerait beaucoup à s'en séparer pour servir le peuple et non appliquer les décisions prises en haut au nom de ce même peuple.
Dans son fonctionnement, cet appareil a atteint un niveau de délitement tel que des citoyens qui arrivent à solliciter l'arbitrage des tribunaux se cherchent des connaissances avec les juges.
Les uns pour se faire justice, les autres pour faire subir l'injustice à leurs vis-à-vis. Les juges méprisent parfois les justiciables en les déboutant pour des raisons insignifiantes, telles que la non-traduction en langue arabe d'une fiche de paie malgré que les mis en cause ne répondent même pas aux convocations de la justice.
C'est dire que l'indépendance de la justice, sans les conditions qui protègent les juges contre toute forme de corruption, aurait l'effet d'un coup d'épée dans l'eau.
La décentralisation du pouvoir ou la régionalisation est une autre question essentielle qu'il convient impérativement de régler pour bannir le régionalisme et mettre fin aux déséquilibres du développement des différentes régions du pays. Est-il concevable d'imposer les mêmes programmes et les mêmes décisions sur tout le territoire national dans un pays où la diversité du relief, de la culture et du climat est très prononcée'
La régionalisation comme moyen de décentralisation et d'autonomie de gestion régionale est nécessaire et cela pour plus d'efficacité.
Les observateurs se posent ces questions en attendant de voir ce qui sortira de la nouvelle Constitution que les laboratoires du système «mijotent» toujours. Ces
observateurs craignent que la révision de la loi fondamentale se limitera à quelques lifting pour faire durer le statu quo. Certains évoquent déjà le prolongement du mandat présidentiel à 7 ans, ce qui serait une régression dont seule la gérontocratie en profitera.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim AIMEUR
Source : www.lexpressiondz.com