
Les factions ont choisi la voie de la surenchèreMalgré le revers de la médiation conduite par le représentant du secrétaire général de l'ONU et chef de la Minusma, Bernardino Leon, l'Algérie maintient sa conviction que la proposition de l'ONU est «consensuelle».Quelques jours seulement après la réunion à Alger du groupe de concertation sur la Libye composé de l'Algérie, l'Egypte et l'Italie, voilà que, mardi dernier, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a lancé un appel en direction de l'Otan pour demander une action destinée à «reconstruire la Libye», en proie à la violence depuis le renversement du régime de Maâmar El Gueddafi par cette même organisation.L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord n'est pas connue pour ses qualités de bâtisseur, et la requête du président Al Sissi, à la faveur d'un entretien accordé au quotidien britannique The Daily Telegraph, lors de sa visite à Londres, a de quoi laisser perplexe, surtout que l'objet du séjour londonien du chef de l'Etat égyptien concernait les questions de coopération sécuritaire abordées avec le Premier ministre britannique, David Cameron.«La Libye est un danger qui nous menace tous. S'il n'y a pas de gouvernement, cela crée un vide où les extrémistes peuvent prospérer», a expliqué le président égyptien au Telegraph. «La mission n'a pas été complètement menée. [...] Nous devons soutenir tous les efforts pour aider le peuple libyen et l'économie libyenne», soutient Al Sissi. «Nous devons arrêter le flux de fonds et d'armes et de combattants étrangers vers les extrémistes. Tous les membres de l'Otan - y compris la Grande-Bretagne - qui ont pris part au renversement de Kadhafi doivent apporter leur aide», a argué le président égyptien.Or, la ligne défendue par l'Algérie à laquelle adhère pleinement la communauté internationale ainsi que la médiation onusienne engagée depuis un an privilégie la solution du problème libyen par le dialogue politique inclusif entre les diverses parties au conflit, à l'exclusion des groupes terroristes. C'est cette démarche qui a été réitérée lors de la dernière réunion à Alger et c'est cette option que l'Egypte a faite sienne, étant également membre du Groupe des pays voisins de la Libye instauré en 2014, sous l'égide de l'Union africaine et sous la présidence de l'Algérie.Malgré le revers de la médiation conduite par le représentant du secrétaire général de l'ONU et chef de la Minusma, Bernardino Leon, dont le projet d'accord, pourtant fortement soutenu par le Conseil de sécurité ainsi que par l'Union européenne, a été rejeté tour à tour par Tripoli puis Tobrouk, l'Algérie maintient sa conviction que la proposition de l'ONU est «consensuelle» et qu'il convient de redoubler simplement d'efforts pour réunir le plus grand nombre possible de représentations libyennes autour de la table des négociations pour obtenir leur aval à la liste du gouvernement d'union nationale. La Libye est passée au cours des deux semaines écoulées à un stade de chaos et de menaces sécuritaires pour les pays voisins gravissimes. Les deux principales factions, à savoir Fadjr Libya à Tripoli et l'armée de Haftar à Benghazi et Tobrouk, ont non seulement rejeté les propositions de Bernardino Leon mais elles ont également choisi la voie de la surenchère dans les affrontements. Voici un mois, Haftar «bombardait» Tripoli par la voie aérienne puis, la semaine dernière, il visait un hélicoptère transportant des responsables des milices proches de Fadjr Libya, tuant une vingtaine de passagers. En guise de riposte, Fadjr Libya a porté des coups répétés à Benghazi, le fief du général Haftar dont elle exige la tête; par ailleurs, une des raisons qui ont annihilé la signature de l'accord promise à plusieurs reprises par Bernardino Leon.Si le président Al Sissi a lancé cet appel en direction de l'Otan, c'est vraisemblablement pour deux raisons. La première est que cet échec de la médiation, même momentané, met gravement en danger l'Egypte face à la menace des groupes terroristes de l'Etat islamique et d' Aqmi (Al Qaîda au Maghreb) qui sont fortement implantés à sa frontière sud, dans les zones de Derna et de Syrte à partir desquelles ils peuvent fomenter des attaques avant de regagner leur base de repli. La seconde raison est qu'il rappelle, de façon opportune, sa lourde responsabilité à l'Otan qui a provoqué sciemment le chaos libyen et fait mine désormais de s'en laver les mains, alors que les conséquences sont assumées tragiquement par le peuple libyen, d'abord, et par tous les pays voisins, ensuite, au Maghreb et au Sahel.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chaabane BENSACI
Source : www.lexpressiondz.com