Les appels au quatrième mandat n'ont eu de cesse de monter dans un ciel algérien qui, pour le moins que l'on puisse dire, n'est pas très clair à un an del'élection de 2014. Des «appels auxquels il a été fait appel» déjà, comme on le sait, pour le deuxième et le troisième mandat. Des associations, des partis, des institutions même, ont pris cette habitude, bizarre reconnaissons-le, de prier le Président en exercice de renouveler sa candidature. Jusque-là le subterfuge utilisé par ceux qui tirent profit du système a marché. Mais cette fois, les choses ne semblent plus de même. Depuis que Bouteflika a fait savoir qu'il est temps pour sa génération de se retirer, certains refusent l'idée même que des partis ou des associations ou autres officines commanditent des appels pour un quatrième mandat.
Les raisons du «non»
Au contraire, ces jours-ci, les voix qui s'élèvent, ce sont celles qui disent «non» à un quatrième mandat et, surtout, non à des appels préparés dans des coulisses dont tout échappe aux Algériens. Les arguments avancés sont multiples et, pour la plupart, irrécusables.
Le premier, c'est que c'est la démocratie qui le veut. Autrement dit, le principe de l'alternance, si cher et si important à tout exercice de la démocratie, doit être respecté et mis en avant. La démocratie ne peut être réduite à un simple processus de vote qui, on l'a vu, peut ne rien avoir de démocratique. Elle s'étend à beaucoup plus d'espaces et à beaucoup plus de niveaux. La liberté de contredire le pouvoir en proposant son propre candidat est, en Algérie, un droit constitutionnel depuis 1989 aussi bien pour les individus que pour les organisations politiques. Et tant que ce droit est empêché par les voix parasites qui brouillent le paysage, l'étendard de la démocratie que nous érigeons chaque matin au lever du soleil, perdra toute signification jusqu'à sa raison d'être.
Le second argument qui fait que des voix s'élèvent contre un quatrième mandat est aussi de nature démocratique. La démocratie, de manière caricaturée, est le cadre adéquat d'une offre de choix diversifiés à des citoyens, pour qu'ils aient la possibilité - et surtout la liberté - de choisir, en fonction de leurs besoins, de leurs convictions et même de leur humeur (pourquoi pas' celui ou celle qu'ils élisent pour une période donnée). Or, depuis 2004, l'Algérien n'a pas, pour ainsi dire, eu cette possibilité de choix. Des lièvres, des faux candidats, des candidats commandés, des pseudo-candidats, et l'on en passe, n'ont permis en fait que de donner l'illusion d'une course électorale en bonne et due forme. Ce qu'on appelle ailleurs une démocratie de façade.
Le troisième argument relève lui aussi de la nécessité démocratique. Ces voix qui appellent, le font certainement pour des raisons qu'il ne convient pas de discuter ici, mais pour des raisons qui ne sont surement pas celles de tous les Algériens. Mieux, ces voix ne représentent qu'une infime partie des Algériens, à supposer qu'elles sont des voix autonomes et sincèrement motivées. Or, en démocratie, c'est le principe de la majorité (malgré toutes ses faiblesses) qui a cours. Le fait, qu'un nombre infime de voix impose un choix à toute la population, n'est pas très démocratique.
Le quatrième argument est d'une toute autre nature. Lorsqu'on regarde où nous en sommes et où en sont les autres pays, on est poussés à changer la manière dont a été géré le pays, les hommes qui l'ont géré ainsi que les méthodes jusque-là appliquées. Car, ne nous endormons pas par nos propres histoires et ne gobons pas nos propres mensonges, nous avons cessé d'avancer depuis très longtemps et nous n'avons rien enregistré de bon ou presque depuis aussi longtemps.
La remontée d'égouts
Au contraire, et c'est là le cinquième argument, jamais l'Algérie n'a été dilapidée comme elle l'est de nos jours. Nul ne contredira le fait que tout est dilué, «vagabondisé», clochardisé dans une Algérie qui ne sait plus où donner de la tête. La corruption devenue notre concitoyenne, ne nous effraie plus. Les détournements' On s'y est habitués au point où c'est le jour où l'on ne nous signale pas de détournements que l'on est étonné. D'ailleurs, les journaux ne leur donnent plus leurs «unes» tellement cela rentre dans les faits divers. Les marchés douteux, les pots-de-vins, les peaux de bananes, la hogra, la harga, les rapts d'enfants, les assassinats, les viols, les vols...et toutes ces voix qui s'élèvent pour diminuer de l'importance des choses. N'est-ce pas que, à propos de Chakib Khelil, un ancien ministre, Temmar, nous lance en rigolant que c'est un acte isolé' Des hauts responsables de l'Etat aussi nous avaient gratifiés de la même réflexion.
Ces scandales dont la puanteur n'a cessé de polluer notre air n'ont malheureusement jamais été résolus. Quatre éternités après, nous en sommes toujours à juger l'affaire Khalifa!!! Des incendies douloureux ont brûlé, çà et là, des endroits qu'on croyait hors de portée, emportant documents, dossiers et preuves sans que l'on nous dise exactement ce qu'il y a eu, ni comment, ni pourquoi ces feux ont pris. Des visites nocturnes s'organisent dans des institutions qu'on croyait très bien surveillées et l'on se réveille avec la disparition de micro-ordinateurs avec tout ce qu'ils comportent comme documents, comme preuves, comme accusation...La douane a connu ce genre de visite, mais aussi la cour d'Alger où on nous raconte qu'un homme égaré, passait la nuit dans la cour avant de se réveiller et voler les micro-ordinateurs d'une institution pleine de caméras de surveillance et de surveillants!!!
Des partis naissent le matin, grandissent dans la journée et deviennent géants avant le crépuscule du même jour, défiant toutes les lois de la vie. Ces partis qui, on ne sait par quel miracle, se trouvent dotés, à leur naissance même, de députés et d'élus dans différentes instances, et dont le seul rôle est de soutenir un quatrième mandat, ont bien commencé à hurler depuis quelque temps, faisant fi du principe de base de la démocratie qui veut qu'une opposition s'oppose au pouvoir et, du moins, ne court pas laper dans son assiette.
Des chefs de partis d'opposition qui se transforment en porte-parole de l'Etat, et qui, pour certains d'entre eux, s'ingénient à théoriser à propos d'une révocabilité qui n'a aucun sens, ou qui, pour d'autres, nous tirent-on ne sait d'où, cette comparaison avec une reine Elizabeth qui, tout le monde le sait, ne dirige pas le pays et qui n'est pas soumise à un mandat électoral.
Entre-temps, la vie sociale en cette fin de mandat est devenue impossible. Chômeurs, jeunes, travailleurs, diplômés, fonctionnaires... tous crient à la mal-vie et, comme toujours, on veut résoudre les problème à la surface. Oui, juste à la surface car pour aller au fond, il faut avoir des compétences et des capacités, choses que le système actuel, n'a tout simplement pas. Un autre argument qu'avancent ceux qui sont contre un quatrième mandat.
Tous ces scandales et bien d'autres, qui se bousculent en cette fin du troisième mandat, donnent l'image d'un système qui traine ses casseroles, ce qui a fait que certains sont convaincus que c'est le moment de changer, non seulement les hommes qui dirigent le pays, mais aussi le système qui a fait que les choses se passent ainsi. Ce quatrième mandat sera-t-il cependant le point de divergence entre les Algériens' Pour l'instant rien ne le laisse supposer.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Aïssa HIRECHE
Source : www.lexpressiondz.com